Conférence de presse du 22 janvier 2019 tenue par la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Hua Chunying
2019/01/22

Q: Selon des reportages, le Président de la Confédération suisse Ueli Maurer aurait affirmé, dans un article, que les relations sino-suisses avaient une longue histoire et que la connaissance et la compréhension mutuelles, ainsi que la coopération entre les deux pays, se développent régulièrement. Dans un monde pluraliste, complexe et interdépendant, la Chine et la Suisse ont donné un bon exemple pour relever les différents défis planétaires. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

R: La Chine apprécie l'attitude positive du Président Maurer. Actuellement, les relations sino-suisses se développent favorablement. Vous vous souvenez peut-être qu'au début de 2017, le Président Xi Jinping a effectué une visite d'État en Suisse, pendant laquelle les deux parties ont dégagé une série de consensus importants. Les deux pays se voient offrir de nouvelles opportunités de développement pour la coopération dans les domaines de l'initiative « la Ceinture et la Route », de l'économie, de la finance, du libre-échange et des échanges socioculturels.

Dans le contexte international actuel, marqué par un grand nombre de facteurs d'instabilité et d'incertitudes, la coopération sino-suisse mutuellement avantageuse et amicale a apporté des avantages tangibles aux deux peuples, favorisé le développement des relations Chine-Europe et donné une voix active pour la préservation en commun du multilatéralisme et du libre-échange.

Vous savez tous que le Vice-Président Wang Qishan est en visite en Suisse. Cette visite marque le début des échanges de haut niveau entre la Chine et la Suisse en 2019. La Chine espère que cette visite permettra aux deux pays de poursuivre la mise en œuvre du consensus important dégagé lors de la visite du Président Xi Jinping en Suisse, maintenir les échanges étroits de haut niveau entre les deux pays, renforcer la confiance politique mutuelle, approfondir le partenariat stratégique innovant sino-suisse et raffermir la coopération aux niveaux bilatéral et sino-européen.

Q: Aujourd'hui, d'anciens diplomates et chercheurs d'une dizaine de pays ont adressé une lettre ouverte à la partie chinoise, demandant à la Chine de libérer les deux citoyens canadiens détenus depuis peu en Chine. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

R: J'ai noté la lettre que vous avez évoquée. Elle viendrait du Canada et de certains de ses alliés. Les auteurs sont d'anciens diplomates de sept pays et des chercheurs de quelques autres pays ; ils ont commis au moins deux erreurs:

Premièrement, ils comparent ceux qui entreprennent des recherches et des échanges normaux entre la Chine et d'autres pays avec les deux Canadiens contre lesquels les organes chinois de sûreté nationale ont pris des mesures contraignantes pour leurs activités portant atteinte à la sécurité nationale de la Chine. C'est un très grand manque de respect pour les personnes qui s'engagent à promouvoir les échanges normaux et amicaux entre la Chine et le reste du monde.

Deuxièmement, ils interfèrent avec la souveraineté judiciaire de la Chine. Ils tentent de faire pression sur la Chine en faisant publiquement une demande de libération des deux Canadiens faisant l'objet d'une enquête, conformément à la loi, par les départements chinois compétents. C'est un manque de respect pour la souveraineté judiciaire de la Chine et l'esprit élémentaire du droit.

Je tiens à souligner une fois encore que les citoyens étrangers, y compris les anciens diplomates, les chercheurs et la population de base, sont les bienvenus pour mener des échanges normaux et amicaux en Chine. Ils n'auront pas à s'inquiéter pourvu qu'ils respectent les lois et les règlements chinois.

Q: Depuis décembre dernier, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes soudanaises contre le Président Omar al-Bashir. L'ONU estime que le gouvernement soudanais a fait un usage excessif de la force contre les manifestants. Quel est l'avis de la Chine à ce sujet ? Un responsable de la Mission permanente de la Chine auprès de l'ONU a récemment appelé le Conseil de Sécurité à envisager de réduire les sanctions contre le Soudan. Quelle est la position de la Chine sur cette question ? Pensez-vous que la réduction des sanctions va exacerber dans une certaine mesure la répression des manifestants par le gouvernement soudanais ?

R: Le Soudan est un pays ami de la Chine. Nous respectons les efforts déployés par le gouvernement soudanais visant à régler les questions concernées en vertu de sa législation nationale. Nous espérons que le gouvernement soudanais pourra résoudre adéquatement les problèmes et maintenir la stabilité et la paix dans le pays.

En ce qui concerne la déclaration du responsable de la Mission permanente de la Chine auprès de l'ONU, la Chine estime toujours que les sanctions elles-mêmes ne sont pas un but. Nous espérons que tous les pays pourront maintenir la paix et la stabilité.

Q: Selon des informations, l'ambassadeur du Canada aux États-Unis a déclaré dans une interview que la partie américaine avait informé le Canada qu'elle formulerait une demande officielle pour l'extradition de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei. Le Canada n'aime pas que les États-Unis traitent l'affaire Meng Wanzhou par des moyens judiciaires, car c'est le Canada qui sera puni. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

R: La Chine a maintes fois indiqué sa position juste et ferme sur l'affaire Meng Wanzhou. Tous ceux qui ont une capacité normale de jugement peuvent voir que la partie canadienne a commis une grave erreur sur cette question depuis le tout début. L'affaire Meng Wanzhou n'est évidemment pas une affaire judiciaire ordinaire. Le Canada et les États-Unis, qui abusent arbitrairement de leur traité bilatéral d'extradition, portent gravement atteinte à la sécurité et aux droits et intérêts légitimes des citoyens chinois. Nous exhortons la partie canadienne à libérer immédiatement Mme Meng Wanzhou et à garantir ses droits et intérêts légaux et légitimes. Nous exhortons aussi vivement la partie américaine à corriger immédiatement son erreur, à retirer son ordre d'arrestation à l'encontre de Mme Meng Wanzhou et à s'abstenir de demander formellement son extradition à la partie canadienne.

Q: Si les États-Unis présentent une demande officielle d'extradition de Meng Wanzhou, la Chine pense-t-elle que le Canada devrait poursuivre ses procédures judiciaires, comme l'exige le traité d'extradition conclu entre le Canada et les États-Unis ?

R: Je pense que tous les pays, y compris le Canada, doivent vraiment respecter l'esprit du droit. La Chine a clairement exprimé sa position solennelle à plusieurs reprises. L'affaire Meng Wanzhou est une grave erreur depuis le début. Ce n'est évidemment pas une affaire judiciaire ordinaire, mais un abus par les États-Unis et le Canada de leur traité d'extradition bilatéral.

Q: Dans leur lettre ouverte adressée à la partie chinoise, d'anciens diplomates du Canada et d'autres pays ont indiqué qu'ils pensent que des recherches politiques et des actions diplomatiques sont non seulement impopulaires en Chine, mais comportent même des risques. Vous venez de dire que la Chine invite les citoyens étrangers à mener des échanges amicaux en Chine, à condition qu'ils respectent les lois et les règlements chinois. Mais est-ce que vous vous inquiétez du fait que les gens ne pensent pas ainsi ?

R: Savez-vous combien de chercheurs, de diplomates et d'anciens diplomates font actuellement des va-et-vient entre la Chine et les autres pays du monde pour faire de la recherche, promouvoir la compréhension mutuelle et la coopération entre la Chine et le reste du monde ? Je crois que la réponse concerne bien plus que les deux Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, et aussi bien plus que ces anciens diplomates de sept pays et chercheurs de quelques autres pays. Ils ne sont donc pas qualifiés pour s'exprimer au nom de ceux qui pratiquent les échanges normaux et amicaux entre la Chine et le reste du monde.

La Chine est le pays le plus sûr du monde. La sécurité et la liberté ne posent aucun problème en Chine tant qu'il n'y a pas d'infraction aux lois et réglementations chinoises. Ces gens-là créent délibérément un sentiment de panique. Sont-ils menacés en Chine? Veulent-ils se mettre du côté des deux personnes qui font l'objet de l'enquête des départements chinois de la sécurité nationale pour soupçon de participation à des activités nuisant à la sécurité nationale de la Chine ? Si la réponse est non, alors ils font exprès de mettre une chose à la place d'une autre par tromperie.

Ces gens-là ont publié cette lettre pour faire pression sur la partie chinoise. Souhaitent-ils qu'une lettre ouverte signée par les 1,4 milliard de Chinois soit adressée au dirigeant canadien ? Je crois que la voix du peuple chinois en faveur de la justice sera beaucoup plus forte que la voix de cette centaine de personnes.

Q: L'ancien chef du renseignement du Canada a appelé son pays à interdire Huawei, indiquant que le traitement réservé par la Chine aux deux Canadiens arrêtés donne à penser que la Chine pourrait abuser de l'accès aux infrastructures de télécommunications canadiennes. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

R: Je ne veux vraiment plus faire de commentaires sur ces propos sans fondement.

J'ai lu des messages écrits par des internautes étrangers disant d'un ton ironique que les États-Unis et le Canada sont tellement obsédés par la répression des entreprises chinoises de haute technologie et tellement inquiets des activités d'« espionnage » des entreprises chinoises qu'ils soupçonnent que des fourchettes fabriquées en Chine puissent être utilisées à des fins d'espionnage. Je me demande simplement s'ils peuvent aller encore plus loin en mettant en avant une logique aussi ridicule.

Nous sommes toujours d'avis qu'il faut laisser parler les faits quand il s'agit de la question de la sécurité. Les États-Unis, le Canada et certains de leurs soi-disant alliés cherchent toujours à semer un sentiment de panique dans le monde entier, faisant penser que quiconque utiliserait du matériel de télécommunications chinois de pointe serait mis sur écoute par la Chine. Mais ont-ils des preuves ?! Non. S'ils ne peuvent apporter aucune preuve, ils feraient mieux de s'arrêter de tenir des propos absurdes aux yeux de tous.

Q: Si les États-Unis extradent formellement Meng Wanzhou, la Chine exercera-t-elle des représailles?

R : S'agissant de cette question, le 9 décembre 2018, le Vice-Ministre des Affaires étrangères Le Yucheng a donné une réponse explicite lorsqu'il a convoqué l'ambassadeur américain en Chine. L'acte des États-Unis, de par sa nature flagrante, porte gravement atteinte aux droits et intérêts légaux et légitimes d'une citoyenne chinoise. La Chine s'y oppose fermement. Nous exhortons la partie américaine à prendre au sérieux la position chinoise juste et ferme, à adopter des mesures pour corriger son erreur et à retirer son ordre d'arrêt contre la citoyenne chinoise. La Chine réagira davantage suivant le comportement de la partie américaine.

Q: Vous avez dit que le Canada et les États-Unis abusaient du processus d'extradition. D'après vous, quelle serait leur motivation pour cela ? Et quel serait leur but ?

R: Vous êtes un journaliste chevronné. Vous me posez une question en sachant parfaitement la réponse, non?

Toute personne ayant une capacité normale de jugement comprend la nature de cette affaire. L'histoire montrera que la répression flagrante et injustifiée visant les entreprises chinoises de haute technologie est erronée. Je crois que l'équité et la justice finiront par arriver.

Q: Si Meng Wanzhou est extradée vers les États-Unis, cela aura-t-il des conséquences sur les négociations commerciales sino-américaines ?

R: Comme je viens de le dire, cette affaire est une grave erreur et nous exhortons les États-Unis à corriger immédiatement leur erreur.

Q: Certains pensent que le Canada fera face à des conséquences très graves s'il ne libère pas immédiatement Meng Wanzhou. Les États-Unis s'exposeront-ils également à des conséquences graves s'ils se livrent à l'extradition de Meng Wanzhou?

R: Chacun doit assumer la responsabilité de ce qu'il fait, et il en va de même pour un pays. Que ce soit le Canada ou les États-Unis, ils doivent comprendre la nature grave de l'affaire et prendre des mesures pour corriger leurs erreurs.

Q: Il semble y avoir de plus en plus de pression sur la Chine en raison de la détention de deux Canadiens. La Chine est-elle prête à en supporter les conséquences si d'autres pays renforcent leur pression diplomatique sur le pays ?

R: À ce sujet, j'ai déjà dit il y a plusieurs jours que la question de la pression accrue sur la Chine n'existe pas. S'agissant de la lettre ouverte mentionnée tout à l'heure par le journaliste de The Globe and Mail du Canada, quelques anciens diplomates de sept pays – le Canada et ses six alliés – et des chercheurs de certains pays ne peuvent en aucun cas représenter la voix dominante de la communauté internationale. Combien de pays et de personnes y a-t-il dans le monde? La Chine à elle seule compte 1,4 milliard d'habitants. La justice est du côté chinois.

J'espère que ces anciens diplomates et chercheurs pourront avoir la capacité élémentaire à comprendre la nature des choses et à respecter l'esprit du droit, ce qui est une exigence minimale pour eux. Sans ce minimum d'honnêteté, comment peuvent-ils faire des recherches ? Pourrons-nous croire que les résultats de leurs recherches sont factuels ?

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