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M. KONG Quan, ambassadeur de Chine en France a récemment accordé une interview à « La Lettre Diplomatique » .
1) Monsieur l'Ambassadeur, la République populaire de Chine a célébré le 60ème anniversaire de sa fondation le 1er octobre 2009. Quel message votre pays a-t-il souhaité transmettre à la communauté internationale au travers de ces commémorations ? Au regard des profondes mutations qu'elle a accomplies, comment définiriez-vous l'héritage de la révolution communiste ?

La naissance de la Chine nouvelle, il y a 60 ans, signifie l'indépendance et la libération définitives de la nation chinoise après un siècle d'épreuves et de combat inlassables. Depuis lors, le peuple chinois n'a cessé de réaliser des exploits importants grâce à son dévouement et à son énorme travail.
C'est d'abord 60 ans de croissance économique rapide du pays:
-- PIB multiplié par 77, parvenant à la 3e position de l'économie mondiale;
-- volume du commerce extérieur multiplié par 2 200, pour être en 2008 le deuxième exportateur du monde ;
-- hausse considérable du revenu per capita: 3 000 US dollars (multiplié par 133)
Quand l'économie mondiale s'enlise aujourd'hui dans la récession, l'économie chinoise, dynamique et innovatrice, maintiendra toutefois une croissance d'environ 8% cette année.
C'est ensuite 60 ans de progrès social:
-- taux d'analphabètes réduit de 80% à 3.6% ;
-- espérance de vie de 35 à 73 ans en moyenne nationale sur 1.3 milliard d'habitants ;.
-- couverture sociale sans cesse améliorée, 1,2 milliard de Chinois couverts par l'assurance-maladie de base ;
-- législation continuellement renforcée : 213 lois, 600 règlements nationaux, 7000 règlements locaux en vigueur.
L'élection villageoise au suffrage universel direct s'applique dans 95% de plus de 600 000 villages administratifs à l'échelle nationale. Voilà une panoplie de garantie pour les droits civiques et la justice sociale. La Chine a réalisé de grands progrès dans les domaines politique, social, démocratique, et en matière de droits de l'homme et de l'État de droit.
C'est également 60 ans de son intégration dans le monde.
Nous avons noué des relations diplomatiques avec 171 pays et adhéré dans plus de 130 organisations intergouvernementales et aux plus de 300 traités multilatéraux. Après son entrée à l'OMC, la Chine ouvre davantage son marché. Avec l'organisation des Jeux olympiques de Beijing et de l'Exposition universelle à Shanghai, la Chine est de plus en plus intégrée dans le monde.
C'est finalement 60 ans d'effort pour la paix mondiale.
Nous avons maintenu la stabilité sociale et réalisé le développement d'un cinquième de la population mondiale, réduit de notre propre initiative 2 millions de l'effectif militaire, délimité de manière pacifique près de 20 000 km de frontières terrestres, résolu les questions de Hong Kong et de Macao grâce à l'application d'une politique d' « un pays, deux systèmes », et créé une bonne situation dans les deux rives du détroit de Taiwan. La Chine prend une part active au règlement des grands dossiers globaux et régionaux, en envoyant des bâtiments au large de la Somalie et participant aux opérations onusiennes du maintien de la paix, plus de 2 000 Casques bleus chinois présents en Afrique. La Chine d'aujourd'hui joue un rôle grandissant dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité internationales.
Malgré ces progrès, nous sommes conscients des difficultés à surmonter et de l'écart à rattraper.
La Chine demeure toujours au-delà du 100e en termes de PIB par tête d'habitant dans le monde. Marquée par de forts déséquilibres économique, social et régional, la Chine subit une énorme pression en matière de démographie, d'emploi, de ressources naturelles, d'énergies et d'environnement. Elle reste donc un pays en voie de développement.
La Chine poursuivra la voie du socialisme à la chinoise, tout en élargissant et en approfondissant son ouverture, en améliorant son système économique, en renforçant les échanges et la coopération économique et technique avec les autres pays et en continuant à promouvoir le développement de la planète par son propre développement pacifique.
2) Deux ans après l'organisation des Jeux olympiques, votre pays sera l'hôte de l'Exposition universelle qui se déroulera à Shanghai du 1er mai au 31 octobre 2010. Tenant compte de la présence de plus en plus active de la Chine en Afrique et en Amérique latine et de sa participation croissante aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, quel regard portez-vous sur l'évolution accélérée de son rayonnement politique et culturel ?
Durant ces trente dernières années écoulées, les relations entre la Chine et la communauté internationale s'avèrent toujours plus étroites. L'avenir de la Chine est lié avec celui de notre planète. Son développement rapide et continu constitue une opportunité pour le monde entier.
La culture, l'histoire et la réalité confirment toute la nécessité pour la Chine de poursuivre une politique extérieure d'indépendance et de paix, de s'engager fermement dans une voie de développement pacifique, de mettre en œuvre la stratégie d'ouverture pour le double gagnant et de coopérer avec tous les pays conformément aux cinq principes de la coexistence pacifique. La Chine était, est et sera une force militant pour la paix mondiale et pour le développement partagé.
3) Devenue la deuxième puissance économique mondiale, la Chine a acquis un rôle central dans la gestion de la crise financière mise en perspective par les sommets du G20 de Washington, de Londres et de Pittsburgh. Comment votre pays appréhende-t-il ces nouvelles responsabilités ? A l'aune des prises de positions chinoises sur la création d'une nouvelle devise de référence internationale, quelle vision entend-elle faire valoir sur la refonte du système de gouvernance économique mondial ?
Face à la crise financière et économique internationale, la Chine a adopté une batterie de mesures de relance. Sa croissance économique stable et relativement rapide a raffermi la confiance de la communauté internationale et contribué à la relance de l'économie mondiale.
Dans le contexte de la globalisation, tous les pays sont liés par leur destin commun. C'est pourquoi dès le début, la Chine a préconisé le renforcement de la coopération face à la crise.
Elle joint activement ses efforts aux ceux de la communauté internationale destinés à la recherche des issues de la crise, notamment par sa contribution aux sommets du G20. Grâce à leurs efforts conjoints, les participants au sommet de Pittsburgh sont parvenus à un consensus sur l'élévation, dans l'avenir, de la représentativité et de la voix des économies émergentes au sein des institutions financières internationales.
Par ailleurs, la Chine a signé avec des pays en développement des accords bilatéraux sur l'échange de devise, et créé le fonds de coopération et d'investissement Chine-ASEAN. En participant activement à la construction de la réserve de change régional en Asie de l'Est, elle a également fourni le soutien en matière de crédit aux pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghai.
En ce qui concerne la régulation du secteur financier, la Chine soutient les efforts de la communauté internationale pour renforcer la supervision et le contrôle fiscaux, attaquer la fuite fiscale et développer la coopération internationale en la matière.
4) Bien que la croissance du PIB chinois se maintienne au-dessus de 8% en 2009, l'effondrement du commerce international n'a pas épargné les secteurs exportateurs les plus dynamiques. Quel bilan provisoire faites-vous du plan de relance adopté en novembre 2008 en vue d'en atténuer l'impact économique et social ? Considérant la dépendance de la Chine à l'égard de ses marchés d'exportation, mais aussi des disparités de développement qui la caractérisent encore, quelle approche est-elle privilégiée en vue de favoriser l'essor d'un véritable marché intérieur ?
Les impacts de la crise sur la Chine sont considérables, se traduisant d'abord par une chute de l'exportation, moins de 21.3% pour les 9 premiers mois de cette année. Plus de 10 millions de travailleurs migrants ont été obligés de retourner à la campagne.
Devant cette situation extrêmement préoccupante, le gouvernement chinois a adopté 4 grandes lignes de mesures depuis novembre dernier :
-- augmenter les dépenses publiques. 420 milliards d'euros d'investissement, en deux ans, au niveau du gouvernement central. Pour garantir la fluidité financière, les banques ont de leur part augmenté de 600 milliards d'euros de crédits pendant les 5 premiers mois de 2009, soit 20% de plus par rapport à l'augmentation totale en 2008.
-- stimuler la consommation domestique, notamment par le soutien aux couches sociales les plus défavorisées et au monde rural.
-- renforcer l'agriculture, surtout à travers le perfectionnement des infrastructures agricoles, comme l'approvisionnement de l'eau potable, de l'électricité et de la voirie.
-- réformer les structures économiques. Le gouvernement a élaboré un plan d'ajustement et de relance trisannuel (2009-2011) pour les dix secteurs les plus importants (sidérurgie, construction d'automobile et de bateau, pétrochimie, industrie légère, textile, métallurgie non ferreuse, équipement, informatique et logistique).
Ces mesures sont efficaces, à en juger par:
-- le taux de croissance qui a réalisé 7,7% pour les trois premiers trimestres sera de 8% pour toute l'année.
-- les investissements en capital fixe qui ont augmenté de 33% pendant les trois premiers trimestres de 2009.
-- la consommation domestique qui s'accélère : la hausse de la vente au détail des biens de consommation sociale est de 17% pendant la même période.
-- la valeur ajoutée de l'industrie qui a augmenté de 8,7% pour les 9 premiers mois de l'année.
À côté de ces signes encourageants, nous restons toujours vigilants vis-à-vis des défis: dépendance excessive de l'exportation; déséquilibre entre les régions Est et Ouest, entre les régions urbaines et rurales ; création annuelle et indispensable de 20 millions nouveaux emplois ; protection de l'environnement en vue d'un développement durable.
Mais nous sommes confiants en raison des atouts que la Chine possède :
-- un long processus d'industrialisation et d'urbanisation qui nécessitera par exemple 2000 kilomètres de ligne de métro d'ici 10 ans dans 19 grandes villes, et plus de 3000 avions de moyen et de long courrier.
-- une solide base au terme de 30 ans de réforme et d'ouverture, les ressources humaines sont riches, de bon marché et qualifiées. La situation financière est en bonne santé, avec un solde de dettes publiques qui représente seulement 20% du PIB en 2008. Le système financier est stable, les épargnes dans les banques commerciales sont de 5400 milliards d'euros.
-- la stabilité politique et sociale sans laquelle nous ne pouvons pas appliquer des programmes à long terme.
5) L'augmentation rapide des échanges commerciaux entre la Chine et les marchés occidentaux a entraîné une multiplication des conflits commerciaux. A l'image de l'augmentation des droits de douane américains sur l'importation de pneus chinois ou des mesures anti-dumping adoptées récemment par l'UE, comment les mécanismes de concertation dans ce domaine pourraient-ils être renforcés ? Quels progrès votre pays a-t-il accomplis en matière de protection de la propriété intellectuelle ?
La libéralisation du commerce constitue la force motrice de la croissance économique et apporte d'énormes avantages à tous les pays. La Chine s'en tient fermement à sa politique de réforme et d'ouverture. Depuis l'adhésion à l'OMC, son degré d'ouverture s'est accru considérablement.
Sachant que l'exportation chinoise est réalisée a hauteur de 60% par les investissements étrangers en Chine,il est claire que l'économie de la Chine d'une part, celles des Etats-Unis, de l'Europe d'autre part, fournissent mutuellement de nombreuses opportunités. Au protectionnisme, nous privilégions toujours la concertation et le dialogue pour résoudre les différends en matière commerciale.
La Chine est déterminée a la protection de la propriété intellectuelle, conforme à ses propres intérêts. Le système juridique de propriété intellectuelle ne cesse de se compléter et le gouvernement chinois a élaboré de 2006 à 2008, trois plans d'action annuels pour protéger la propriété intellectuelle, et a pris 717 mesures concrètes. «Le Programme stratégique d'Etat sur la propriété intellectuelle» a été mis public en 2008 montrant la volonté du gouvernement de poursuivre ce chemin.
La protection de la propriété intellectuelle ne peut pas se passer de la coopération internationale. La Chine est prête à renforcer sa coopération avec le reste du monde pour favoriser le développement de la coopération économique et commerciale.
6) Marquant la première sortie dans l'espace d'un astronaute chinois, le succès de la mission Shenzhou VII en septembre 2008 a confirmé la percée technologique de votre pays. A l'image du secteur spatial, quelle stratégie le gouvernement met-il en œuvre en vue d'accroître les capacités d'innovation technologique de l'économie chinoise ? Compte tenu des efforts engagés pour améliorer sa maîtrise de l'énergie, quelles propositions votre pays compte-t-il présenter au sommet de Copenhague, en décembre 2009, pour enrayer le réchauffement climatique ?
Grâce au développement rapide économique, social, scientifique et technologique de ces trente dernières années, la Chine possède aujourd'hui une capacité d'innovation autonome, lui permettant des résultats de portée mondiale dans les domaines scientifique et technique avancés.
En 2006, la Chine est à la sixième place mondiale, derrière les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France et l'Angleterre, en termes de montant d'investissement des recherches. En 2008, 450 milliards d'euros ont été investis dans la recherche, soit 32 fois plus qu'en 1991.
Dans le plan de relance économique de 400 milliards d'euros, 22 milliards d'euros seront investis dans la promotion des secteurs innovants, tels que la protection de l'environnement, les nouvelles énergies, etc.. 3,5 milliards d'euros seront débloqués pour démarrer les projets de nouvelles technologies, comme la nouvelle génération de télécommunication mobile à haut débit, la dépollution de l'eau, les avions moyen et long courriers etc..
Au sommet de l'ONU sur le changement climatique, le Président HU Jintao a souligné que le changement climatique est non seulement un problème environnemental, mais aussi un problème de développement.
Le gouvernement chinois y accorde une haute attention et les efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ont déjà abouti à des résultats remarquables. Par exemple, des mesures ont été adoptées pour le démantèlement progressif des centrales thermiques de petite dimension particulièrement gourmandes en énergie, l'équivalent de plus de 54 millions de KW de puissance a déjà été démantelé depuis 2006. Et la Chine est en train de prendre des mesures plus ambitieuses :
-- économiser l'énergie et améliorer l'efficacité énergétique, pour une réduction notable de son émission de gaz carbonique par unité du PIB avant 2020, par rapport au niveau de 2005 ;
-- développer vigoureusement l'énergie renouvelable et l'énergie nucléaire, et augmenter à 15% la part des énergies non fossiles dans la consommation énergétique primaire en 2020 ;
-- augmenter la couverture forestière de 40 millions d'hectares en 2020 ;
-- développer l'économie verte, l'économie à bas carbone et l'économie circulaire.
Mais le changement climatique est un défi commun pour tous les pays. Une coopération internationale sincère et des efforts conjoints qui respectent le principe de "responsabilité commune, mais différenciée" sont nécessaires pour y faire face. Les pays industrialisés, vu leur responsabilité historique dans l'accumulation du CO2 dans l'atmosphère, doivent réduire au plus vite et le plus que possible leurs émissions, avec en même temps le transfert de la technologie dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto. La Chine est prête à œuvrer de manière active et constructive pour que la Conférence de Copenhague donne des résultats positifs.
7) Les manifestations au Tibet de l'été 2008 et, plus récemment, les émeutes dans le Xinjiang en juillet 2009 ont mis en lumière la persistance de certaines tensions ethniques au sein de la société chinoise. Au-delà de ces évènements, quelles dispositions le gouvernement chinois a-t-il adopté dans la perspective de renforcer la cohésion nationale ? Dans quelle mesure le lancement le 13 avril 2009 d'une feuille de route en vue d'améliorer les droits de l'homme en Chine peut-elle contribuer à cet objectif ?
La Chine est un pays multiethnique, qui se relie par un engagement d'unité, de prospérité et d'harmonie. L'unité est enracinée dans le sang de tous les Chinois.
La Chine compte 56 ethnies. La politique ethnique du gouvernement chinois met l'accent sur l'égalité et l'unité ethniques, l'autonomie des ethniques minoritaires et la prospérité commune de tous les groupes ethniques. La réalité a prouvé que cette politique est adaptée à la situation du pays et qu'elle a correspondu aux intérêts fondamentaux des Chinois de toutes les ethnies.
Le gouvernement chinois a fait des efforts pour le développement économique et social des ethnies et des régions peuplées d'ethnies minoritaires, en leur accordant une assistance politique, financière, ainsi que des ressources humaines et techniques. Ces mesures comprennent entre autres la priorité accordée aux projets de base pour les infrastructures, l'assistance aux finances locales, l'écologie et la protection environnementale, le soutien à l'application de la politique d'ouverture, l'organisation du soutien des régions développées aux régions d'ethnies minoritaires et l'attention accordée aux besoins spécifiques des ethnies et des régions d'ethnies minoritaires.
Ces politiques et mesures ont accéléré le développement des régions d'ethnies minoritaires et y ont élevé considérablement le niveau de vie de la population. La Région autonome du Xinjiang, où les différents groupes ethniques habitent côte à côte depuis des siècles, a connu une croissance économique à deux chiffres durant six années consécutives et le PIB du Tibet a été multiplié par 56 fois par rapport à celui de 1959.
Par ailleurs, le gouvernement chinois a adopté une série de mesures visant à protéger et faire valoir le patrimoine culturel de toutes les ethnies minoritaires. Leurs langues sont parfaitement pratiquées dans les régions autonomes, où les services publics utilisent deux ou plusieurs langues et écritures, et les élèves ont le droit d'etre scolarises dans des écoles qui utilisent les langues minoritaires pour l'enseignement. La croyance et les activités religieuses normales sont protégées par la loi.
Quand aux émeutes au Tibet en mars 2008 et celles au Xinjiang en juillet 2009, des preuves solides ont montré qu'ils ont été orchestrés par les séparatistes depuis l'étranger. Quel que soient ces quelques agitations, le gouvernement continue à œuvrer à la promotion de la solidarité et du développement des différentes ethnies, et à l'unité nationale. Il s'oppose fermement à toute ingérence étrangère sur les questions ethniques chinoises, sous prétexte de « problèmes ethniques ou religieux » ou encore de droits de l'homme.
En ce qui concerne les droits de l'homme, après sa fondation en 1949, la Chine nouvelle a réalisé des progrès remarquables dans ce domaine. Surtout depuis la réforme et l'ouverture, il y a 30 ans, le gouvernement chinois a fait du respect et de la protection des droits de l'homme un principe important de la gouvernance, inscrit dans la Constitution. Il a pris des mesures efficaces pour la promotion des droits de l'homme, l'amélioration de la vie matérielle et culturelle de son peuple et la garantie de ses droits et intérêts sur les plans politique, économique, culturel et social.
Mettant l'homme à la primauté et en vertu du principe de « respect et garantie des droits de l'homme par l'Etat », disposition de la Constitution, le gouvernement chinois a élaboré le « Plan d'action national sur les droits de l'homme (2009-2010) ». Ce plan enregistre le pas en avant du gouvernement chinois dans la promotion et la garantie des droits de l'homme, sa ferme détermination et l'orientation de ses efforts, et donne une forte impulsion à l'implantation dans toutes les administrations, dans tous les métiers et dans toute la société de la notion du respect et de la garantie des droits de l'homme, et au développement de la cause des droits de l'homme.
La Chine est un pays en voie de développement avec 1,3 milliard d'habitants, caractérisée par des ressources disponibles par habitant encore faibles, un développement économique et culturel déséquilibré. L'amélioration des droits de l'homme sera un long chemin à parcourir face à l'ampleur des tâches.
8) Un an après l'inauguration de liaisons aériennes directes et quotidiennes entre la Chine et Taiwan, le Président Hu Jintao a salué la réélection de M. Ma Ying-jeou à la présidence du Kuomintang en juillet 2009. Tenant compte de l'intensification de la coopération économique inter-détroit, quelles nouvelles orientations sont-elles fixées au dialogue entre Pékin et Taipei ? Comment évaluez-vous les retombées de ces avancées sur le plan géostratégique ?
Promouvoir le développement pacifique des relations entre les deux rives du Détroit et réaliser la solidarité, l'harmonie et la prospérité de toute la nation chinoise est une aspiration commune des peuples de la partie continentale et de Taiwan. La réalisation des trois liaisons (postale, commerciale, maritimes et aérienne directes) entre les deux rives marque le progrès important des relations entre les deux rives. L'amélioration et le développement de ces relations ont non seulement apporté de réels bénéfices à nos compatriotes des deux rives, mais aussi contribué à la stabilisation de la situation dans le Détroit. Cette évolution a été largement soutenue et approuvée par les Chinois des deux rives et saluée par la communauté internationale.
La partie continentale de Chine va prendre davantage de mesures pour stimuler la coopération économique avec Taiwan, tout en encourageant ses résidents à visiter l'île, dont le nombre pourrait dépasser 600 000 cette année.
Depuis le mois de juin dernier, les autorités de Taiwan autorisent les entreprises de la partie continentale à investir sur l'île. Nous espérons qu'elles pourront leur garantir un environnement égalitaire et fonctionnel.
Conformément à l'esprit d'« établir une confiance mutuelle, mettre de côté les litiges, rechercher des terrains d'entente par-delà les divergences et créer ensemble une situation gagnant-gagnant », nous œuvrerons au développement des relations interdétroit. Nous chercherons le moment opportun et la manière appropriée pour régler progressivement les questions politique, militaire et sécuritaire sensible.
Le gouvernement chinois s'en tient au principe d'une seule Chine. Tout en représentant les intérêts fondamentaux de la nation chinoise, le développement pacifique des relations interdétroit et la réunification de la Chine, loin de nuire aux intérêts des autres pays, ne pourront que contribuer à la prospérité et à la stabilité de la région Asie-Pacifique ainsi que du reste du monde et permettre au peuple chinois d'apporter une nouvelle contribution à la paix et au développement de l'humanité.
9) Illustrant le poids croissant de la diplomatie chinoise sur la scène internationale, la visite à Pyongyang du Premier Ministre Wen Jiabao du 3 au 6 octobre 2009, a été marquée par l'annonce d'une reprise des négociations multilatérales sur le programme nucléaire nord-coréen. Quelles sont les marges de manœuvre pour parvenir à un compromis sur la dénucléarisation de la Corée du Nord ? Quelle contribution décisive Pékin peut-il apporter en vue de son aboutissement ?
La dénucléarisation de la Péninsule à travers le dialogue et les discussions et la préservation la paix et la stabilité en Asie du Nord-Est constituent un consensus de toutes les parties concernées et les pourparlers à six sont un mécanisme efficace pour atteindre cet objectif.
La dénucléarisation de la Péninsule, qui touche aux intérêts des différentes parties, nécessite des efforts communs de tous. La Chine est depuis toujours favorable au dialogue bilatéral entre la RPDC et les Etats-Unis qui leur permet de renforcer la compréhension et la confiance mutuelles. En même temps, la Chine estime que toutes les parties doivent poursuivre le processus des pourparlers à six et déployer des efforts communs en vue de sa reprise dans les meilleurs délais.
La Chine entend travailler, tout comme par le passé, conjointement avec les parties concernées, pour apporter une contribution active à la dénucléarisation de la Péninsule et à la préservation de la paix, de la stabilité et du développement en Asie du Nord-Est.
10) Six ans après sa création, le sommet trilatéral réunissant la Chine, le Japon et la Corée du Sud s'est tenu le 10 octobre 2009 à Pékin. Quelles priorités ont-elles été fixées au renforcement de ce mécanisme de coopération ? Considérant le projet de « Communauté asiatique de l'Est » promu par le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama, comment la Chine envisage-t-elle d'approfondir l'intégration régionale ? Quelle analyse faites-vous des inflexions introduites par ce dernier à la politique nippone à l'égard de la Chine ?
La force motrice pour approfondir la coopération entre les trois pays consiste à renforcer la coopération mutuellement bénéfique visant à améliorer la vie des peuples des trois pays. De ce point de vue, ils ont décidé, pendant le sommet trilatéral, de renforcer leur coopération en prenant des mesures efficaces de coopération dans les domaines du commerce, des investissements, de la finance, des transports, de l'information, de la protection de l'environnement, de l'économie verte et de la santé publique. En même temps, ils continueront à soutenir l'intégration de l'ASEAN et renforceront la coopération régionale et sous-régionale.
La création d'une communauté d'Asie de l'Est, pour promouvoir le développement socio-économique global et coordonné, et assurer la paix durable dans la région, représente un objectif a long terme de la coopération en Asie de l'Est et un consensus partagé par l'ASEAN, la Chine, le Japon et la République de Corée. La Chine travaille ensemble avec les pays de la région, pour approfondir la coopération et avancer sans cesse vers l'objectif de la création de cette communauté.
11) Plaidant pour la recherche d'une solution pacifique aux tensions que suscite le programme nucléaire iranien, votre pays demeure réticent à de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran. Alors qu'une reprise des pourparlers avec les Etats-Unis et l'AIEA semble s'amorcer, quels sont, de votre point de vue, les paramètres d'une issue à ce contentieux ? Comment décririez-vous dans ce contexte les enjeux de l'approfondissement de la coopération énergétique mise en place entre Pékin et Téhéran ?
La Chine soutient le système de non-prolifération nucléaire international et préconise un règlement adéquat de la question nucléaire iranienne par les négociations, pour le maintien de la paix et de la stabilité régionales. Nous espérons que toutes les parties concernées pourront travailler davantage afin d'apaiser la situation et résoudre le problème au lieu de faire le contraire. Nous estimons que les sanctions et la pression ne sont jamais une solution et qu'elles ne facilitent pas les efforts diplomatiques actuels dans le but de régler la question nucléaire iranienne.
La Chine continuera à jouer un rôle constructif pour un règlement pacifique du problème nucléaire iranien. Elle respecte depuis toujours les résolutions faites par le Conseil de Sécurité de l'ONU et par l'AIEA, sa coopération énergétique avec l'Iran se développe aussi dans le cadre des principes internationaux.
12) Si les responsables chinois récusent l'idée d'un « G2 », l'interdépendance des économies chinoise et américaine forme aujourd'hui la clé de voûte de la mondialisation. Quelles sont vos attentes à l'égard de la visite que doit effectuer le Président Barack Obama en Chine en novembre prochain ? Quelles priorités doivent-elles, selon vous, figurer en tête du dialogue stratégique sino-américain ?
La visite d'Etat du président Obama en Chine est un événement important pour les relations sino-américaines. Les deux parties vont continuer de mettre en œuvre le consensus sur l'établissement au 21e siècle d'une relation positive et complète basée sur la coopération.
Certains prétendent que les affaires mondiales seront dirigées seulement par la Chine et les Etats-Unis. Nous pensons que ce point de vue est sans fondement et erroné. La multipolarisation et le multilatéralisme représentent la plus grande tendance et la volonté des peuples. Il est impossible à ces deux pays seuls ou à un groupe de grandes puissances de résoudre toutes les questions globales.
La Chine est attachée à une politique étrangère indépendante de paix et poursuit une stratégie d'ouverture mutuellement gagnante, elle est prête à développer des relations d'amitié et de coopération avec tous les pays et elle ne cherchera jamais une hégémonie. Parallèlement, elle défend fermement le multilatéralisme et la multipolarisation, qui ouvrent la voie pour une coopération plus large avec les autres pays.
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13) Avec des échanges commerciaux dépassant un volume de 400 milliards de dollars, l'UE reste le plus grand partenaire commercial et le plus grand marché d'exportation de la Chine. Comment ce partenariat, pourrait-il être, selon vous, davantage orienté vers une concertation politique sur les enjeux de la stabilité internationale ? Au regard de l'effort conséquent entrepris pour la modernisation de l'Armée Populaire de Libération, quelles perspectives pourrait offrir la levée de l'embargo de l'UE sur les ventes d'armes à la Chine en vue de consolider la coopération d'armement et de défense sino-européenne ?
La Chine soutient depuis toujours l'intégration européenne et accorde une grande importance à la coopération avec l'UE. Le développement des relations sino-européennes illustre la coopération mutuellement avantageuse entre le plus grand pays en développement et le plus grand groupe de pays développés, les échanges fructueux entre deux vieilles civilisations et le dialogue constructif entre les systèmes sociaux différents.
Notre coopération économique et commerciale a atteint un niveau record ces dernières années. L'UE est maintenant le premier partenaire commercial de la Chine, le plus grand exportateur, le premier fournisseur de technologies et le 4e grand investisseur. Pendant les cinq dernières années, le volume de l'exportation de l'UE vers la Chine a connu une augmentation annuelle de plus de 20%. De plus, les fréquentes consultations politiques, la multiplication des échanges du personnel et l'intensification de la coopération scientifique, sociale et culturelle reflètent la diversité, la largeur et la profondeur de cette relation stratégique globale établie il y a six ans.
La Chine et l'UE partagent les idées similaires sur un grand nombre de dossiers internationaux. Face à la crise financière, la Chine et l'UE, qui ont des intérêts communs et de larges convergences de vues, doivent conjuguer leurs efforts pour surmonter les difficultés et contribuer à la reprise rapide de l'économie mondiale.
Nous estimons que l'UE doive assouplir ses restrictions sur l'exportation des produits de haute technologie vers la Chine, pour créer de nouveaux points de croissance dans leur coopération économique. En matière de politique macroéconomique et dans le domaine financier, la Chine est prête à renforcer le dialogue et la concertation avec l'UE afin de faire avancer ensemble la réforme du système financier international. Nous espérons que l'UE reconnaîtra au plus tôt possible le statut d'économie de marché à la Chine et lèvera l'embargo sur la vente d'armes, cela est dans l'intérêt aussi bien de la Chine que de l'UE et favorise les relations sino-européennes.
Le respect mutuel, l'égalité réciproque et la non-ingérence dans les affaires intérieures sont toujours le fondement des relations sino-européennes. Dans la situation internationale actuelle marquée par la complexité et de profonds changements, les deux parties doivent tenir comptes des préoccupations majeures respectives pour que les relations sino-européennes ne soient pas affectées par les incidents de parcours. La Chine souhaite travailler avec l'UE pour un résultat gagnant-gagnant ainsi que l'harmonie et le développement durable du monde.
14) Ancien stagiaire de l'Ecole nationale d'administration, vous multipliez les interventions publiques en France depuis votre nomination en qualité d'Ambassadeur de Chine. Quelle est votre appréciation de la compréhension mutuelle entre les deux pays ? A la veille de la visite en Chine du Premier ministre François Fillon en novembre prochain et dans le contexte du 45ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, comment le partenariat stratégique sino-français pourrait-il s'enrichir au-delà des nombreux secteurs auxquels il s'étend déjà ?
L'année 2009 marque le 45e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Le Général de Gaulle et le Président Mao Zedong ont pris, en 1964, par clairvoyance, la décision d'établir des relations diplomatiques, ce qui a fait de la France le premier grand pays occidental à avoir noué des relations diplomatiques avec la Chine nouvelle.
Les 45 dernières années ont vu la multiplication des échanges et l'approfondissement de la connaissance mutuelle et de l'amitié entre les peuples chinois et français :
-- 4000 visites bilatérales par jour, contre 3000 par an en 1964 ;
-- 65 jumelages entre des villes chinoises et françaises ;
-- 100 mécanismes de dialogue et d'échanges (gouvernement, parlement, partis politiques, jeunesse, femme, collectivités territoriales) ;
-- 30 000 étudiants chinois en France, 7 000 étudiants français en Chine ;
-- 700 000 touristes chinois en France, 400 000 français en Chine en 2008.
Dans le domaine économique et commercial, la coopération sino-française connaît également des succès encourageants, tant en ampleur qu'en profondeur. En 1964, le commerce bilatéral se limitait à 100 millions d'USD par an. Aujourd'hui, il se chiffre à plus de 100 millions d'USD par jour. De nombreuses entreprises françaises sont fortement intégrées dans l'économie chinoise, et de plus en plus d'entreprises chinoises s'installent en France.
Sur le plan culturel, scientifique, éducationnel ainsi que d'autres, les échanges et la coopération se sont multipliés toujours davantage, par des visites échangées plus nombreuses et des activités et festivités culturelles plus diversifiées et plus dynamiques.
À la suite des deux rencontres entre le président Hu Jintao et son homologue français Nicolas SARKOSY respectivement à Londres et a New York, les relations entre la Chine et la France se sont rapidement rétablies et accélérés. Il y aura d'ors et déjà une série d'importantes visites qui se succèdent de part et d'autre, ce qui a va contribuer à l'amélioration de la confiance politique mutuelle et au renforcement de la coopération bilatérale dans divers domaines.
En 2010, Shanghai accueillera pendant 6 mois l'Exposition universelle et attendra environ 70 millions de visiteurs. La France y aura un grand pavillon sans précédent dans l'histoire de l'Expo, à côté d'un pavillon régional de Rhône-Alpes. Je suis convaincu que ces pavillons seront la meilleure plate-forme pour les échanges et coopérations sino-français et je leur souhaite dorénavant le plein succès.
Le gouvernement chinois attache une grande importance aux relations sino-françaises. Face à une nouvelle situation internationale marquée par des opportunités à saisir comme des défis à relever, nous tenons à oeuvrer avec la France, dans un esprit de respect mutuel, de prise en considération des intérêts majeurs de l'autre, et de coopération réciproquement avantageuse, pour pousser les relations bilatérales à un nouveau pallier plus élevé.
Au moment du Nouvel An 2010, je vous souhaite, et à travers votre magazine à tous les lecteurs, joyeuse fête, bonne année et bonne santé.
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