Le développement de la Chine et la coopération sino-européenne apportent une énergie positive au monde
--Discours du Conseiller d'État Yang Jiechi à l'Institut français des Relations internationales
2016/04/14

Monsieur le Président Thierry de Montbrial,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Bonjour ! C'est pour moi un grand plaisir de revenir à Paris, une ville magnifique, pour le dialogue stratégique sino-français. Hier, dès mon arrivée, j'ai été reçu par le Président François Hollande et eu un entretien avec le Ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault. Ce matin, avec le Conseiller diplomatique du Président français Jacques Audibert, nous avons tenu une consultation franche, approfondie et fructueuse et nous sommes parvenus à un large consensus sur les relations sino-françaises et les grandes questions internationales et régionales.

L'Institut français des Relations internationales (IFRI) est l'un des plus prestigieux think-tanks en France et en Europe. Aux membres de l'IFRI et aux experts et universitaires ici présents ayant tous contribué, par leur engagement actif, au renforcement de la connaissance et de la compréhension mutuelles entre la Chine et la France et entre la Chine et l'Europe, j'adresse toute mon estime et mes sincères remerciements.

Lorsque je suis venu à l'IFRI il y a six ans, la crise financière internationale se mutait, le problème des dettes souveraines européennes se propageait, et l'économie mondiale était sous la menace d'une récession profonde. La Chine, l'une des premières économies à rebondir, et l'Europe ont envoyé un message d'engagement commun pour surmonter ensemble les difficultés et renforcé leur coopération stratégique marquée par la confiance mutuelle approfondie, l'égalité et le bénéfice réciproque.

Six ans après, l'économie mondiale ne se remet pas totalement de la crise et reste confrontée à de multiples défis dans la voie vers une croissance forte. L'économie chinoise est entrée dans une « nouvelle normalité », marquée par des restructurations et des réformes, et l'économie européenne, dans une nouvelle phase de stabilisation et de croissance. La Chine et l'Europe, chaque jour plus interdépendantes, font face plus que jamais à des défis communs.

Comme le dit un adage chinois, c'est dans les adversités que l'on reconnaît ses vrais amis. C'est dans la lutte commune contre la crise financière et les défis planétaires que s'est créée une « alchimie » positive entre la Chine et l'Europe. Notre communication s'intensifie et nos cœurs se rapprochent. Les Européens sont toujours plus nombreux à montrer un intérêt croissant sur la Chine et à souhaiter la connaître et l'écouter davantage.

Aujourd'hui, la conjoncture économique chinoise retient une attention générale. Si la majorité des personnes dans le monde sont optimistes à ce sujet et préconisent un regard objectif et une adaptation active à la « nouvelle normalité » de l'économie chinoise, certaines autres ont des idées fausses ou préconçues, craignant le scénario d'un « atterrissage brutal » de l'économie chinoise susceptible de pénaliser l'économie mondiale.

Alors, quelle est la réalité ? J'aimerais avant tout vous donner un chiffre fraîchement publié au début d'avril par le Bureau national des Statistiques de Chine. L'Indice des directeurs d'achat (PMI) de l'industrie manufacturière de la Chine en mars 2016 est remonté au-dessus du seuil symbolique de 50% . Ces derniers temps, les investissements en capital fixe et le marché immobilier chinois sont repartis à la hausse, et l'économie chinoise présente des signes de stabilisation et d'amélioration.

Certes, des pressions baissières sont encore présentes, et la transformation et la montée en gamme de l'économie chinoise s'accompagneront de douleurs. Mais nous allons au-devant des défis avec toute la confiance sans chercher à éluder les problèmes ni à nier les difficultés. D'un point de vue objectif et global, l'économie chinoise reste et restera un ancre de stabilité et une source de croissance pour l'économie mondiale et y apportera une énergie positive durable.

Cette énergie positive résulte de la grande contribution de la Chine à l'économie mondiale. L'année dernière, le PIB chinois a augmenté de 6,9%, un rythme plus modéré sous l'effet des restructurations engagées en Chine. La croissance aurait pu être plus rapide si l'ancien mode de développement était maintenu. Mais pour nous, la qualité l'emporte sur la vitesse. Cela dit, la croissance chinoise demeure l'une des plus fortes parmi les principales économies du monde et en valeur absolue, elle se classe au premier rang mondial, équivalant au PIB annuel d'un pays de taille moyenne. Selon les estimations du FMI, la Chine aura contribué à hauteur de 30% à la croissance mondiale d'ici 2020. Et il est à noter que la Chine est en train de devenir une source du dynamisme de la consommation et des investissements dans le monde. Pendant trois ans consécutifs, elle est le premier pays émetteur de tourisme au monde en termes de nombre de touristes et de dépenses touristiques à l'étranger. En 2015, les importations chinoises de vins, dont la plupart en provenance de la France, ont augmenté de 34% en glissement annuel pour atteindre un niveau record de deux milliards de dollars US. Dans les cinq ans à venir, la Chine importera plus de 10 000 milliards de dollars de marchandises et investira plus de 600 milliards de dollars à l'étranger. Cette année, nous travaillerons, ensemble avec les différentes parties, à faire réussir le Sommet du G20 à Hangzhou et à faire avancer activement la gouvernance économique et financière mondiale. Sur fond d'une reprise atone de l'économie mondiale, la Chine est-elle un « fardeau » ou un « contributeur » ? La réponse est claire.

Cette énergie positive résulte des progrès notables enregistrés dans l'approfondissement de la réforme en Chine. Guidés par un concept de développement innovant, coordonné, vert, ouvert et partagé, nous travaillons à promouvoir continuellement les réformes structurelles et à donner un exemple de restructuration économique au monde. Les faits montrent que les réformes donnent progressivement leurs effets. La consommation a dépassé l'investissement pour devenir le principal moteur de croissance en Chine. Le secteur tertiaire pèse plus de la moitié du PIB. L'augmentation du revenu des habitants et celle du niveau de consommation des ménages, désormais plus rapides que le rythme de croissance du PIB, illustrent notre objectif fondamental d'un développement au profit du peuple et sont devenues de nouveaux indicateurs de l'économie chinoise. Sous l'impulsion de l'initiative sur « la démocratisation de l'entrepreneuriat et de l'innovation » lancée par le gouvernement chinois, sont enregistrées chaque jour en moyenne 12 000 nouvelles entreprises, dont beaucoup se spécialisent dans les domaines de la « nouvelle économie » tels que « Internet + », Internet des objets et le commerce électronique. Dans les cinq ans à venir, 50 millions d'emplois seront créés en Chine, ce qui nous permettra d'assurer un quasi plein-emploi malgré une modération du rythme de croissance. Les réformes du côté de l'offre, mises en œuvre avec énergie en Chine, libéreront davantage le potentiel de croissance. Je vous cite un exemple : la Chine qui abrite un cinquième de la population mondiale ne compte qu'un douzième des aéroports civils du monde, d'où une énorme marge de progression dans les domaines des infrastructures et des services. Des observateurs font remarquer que des changements structurels sont en cours dans l'économie chinoise et que les méthodes d'analyse économique conventionnelles, axées trop sur les statistiques industrielles, ne conviennent plus pour décrire avec exactitude tous les aspects de l'économie chinoise en pleine transformation. Une remarque plutôt pertinente.

Cette énergie positive résulte de la détermination et de la sincérité de la Chine dans l'élargissement de son ouverture sur l'extérieur. Jamais la Chine ne refermera sa porte ni ne fera marche en arrière, car nous sommes pleinement conscients que cela n'aura pas d'avenir. Actuellement, nous œuvrons activement à une nouvelle configuration de l'ouverture sur tous les plans. Les marchés chinois seront plus ouverts et les systèmes seront sans cesse améliorés. Ces deux dernières années, le gouvernement chinois s'est attelé à la décentralisation et à la simplification administratives sur une grande échelle dans le but de faire jouer au marché le rôle décisif dans l'allocation des ressources. La zone de libre-échange de Shanghai marque un nouveau point de départ dans la réforme et l'ouverture de la Chine, avec la mise en place de la « liste négative », de la « liste des responsabilités » et de la « liste des pouvoirs » en ce qui concerne l'approbation administrative, une nouvelle mesure d'ouverture facilitant énormément le commerce et qui sera généralisée dans les régions du Centre et de l'Ouest de la Chine. Nous élargirons de manière coordonnée l'ouverture dans les services, la finance et d'autres secteurs en assouplissant les conditions d'accès au marché et faciliterons les échanges et la coopération avec les entreprises, institutions et individus étrangers. Soyez convaincus que nous ferons toujours mieux dans ces domaines. Les entreprises françaises sont parmi les premières à entrer sur le marché chinois au lendemain du lancement de la politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur et leurs activités en Chine ne cessent de s'accroître à mesure que la réforme et l'ouverture gagnent en ampleur. Des entreprises françaises du nucléaire civil comme EDF et AREVA opèrent en Chine depuis plus de trois décennies. Elles ont non seulement acquis une part importante sur le marché chinois du nucléaire civil, le plus grand au monde, mais aussi entraîné directement le développement d'un grand nombre de PME françaises. La centrale nucléaire de Taishan, dont les travaux de construction seraient achevés en 2017, abritera le premier réacteur de troisième génération du monde. PSA Peugeot Citroën, après l'entrée dans son capital du Dongfeng Motor Group en 2014, a vu sa part de marché en Chine augmenter rapidement et ses chiffres d'affaires progresser considérablement pour renouer avec la rentabilité en 2015. Toutes ces coopérations ont bénéficié à la fois à la Chine et à la France.

En résumé, le développement chinois, réalisé avec l'apport du monde extérieur, est profitable au monde entier, en lui apportant des dividendes de développement et des opportunités de coopération.

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Avec le développement de la Chine et de son intégration en profondeur dans le monde, la communauté internationale suit de près non seulement l'évolution de l'économie chinoise, mais aussi l'orientation de la diplomatie chinoise. Surtout ces dernières années, la Chine, de plus en plus active dans ses actions diplomatiques, œuvre à développer les relations d'amitié avec les différents pays et à fournir plus de produits publics internationaux de meilleure qualité, ce qui est salué par l'ensemble de la communauté internationale. Néanmoins, certains estiment que la Chine a des soi-disant « visées stratégiques ». En réalité, les intentions stratégiques de la Chine sont très claires, à savoir réaliser les objectifs des « deux centenaires » et le rêve chinois du grand renouveau national, promouvoir la paix et le développement dans le monde, et construire avec les autres pays une communauté de destin de l'humanité. Le développement de la Chine contribue toujours au renforcement de la force en faveur de la paix et apporte davantage d'énergie positive au monde.

Nous sommes résolus à suivre la voie du développement pacifique. En tenant compte des intérêts nationaux et du courant de notre époque que sont la paix, le développement et la coopération gagnant-gagnant, nous sommes déterminés à suivre une nouvelle voie du développement pacifique de grand pays, qui consiste à réaliser le développement à travers la préservation de la paix mondiale et à mieux préserver la paix mondiale grâce à la montée en puissance du pays. Inscrite dans la continuité de l'histoire et de la culture chinoises et des bonnes expériences diplomatiques de la Chine nouvelle, cette voie correspond aux conditions nationales de la Chine et s'adapte au courant du monde. Nous sommes clairement conscients que dans un monde globalisé où les pays sont de plus en plus interdépendants, seul le développement pacifique permettra à la Chine de réaliser son objectif grandiose du renouveau national et d'apporter une contribution plus importante au monde. Non seulement la Chine, mais aussi les autres pays du monde sont appelés à suivre la voie du développement pacifique. La Chine œuvre à promouvoir le développement pacifique, mais non au prix de ses droits et intérêts légitimes ni au détriment de ses intérêts vitaux.

Nous sommes résolus à promouvoir la coopération gagnant-gagnant. La Chine préconise la construction d'un nouveau modèle de relations internationales axé sur la coopération gagnant-gagnant pour promouvoir la solidarité et le développement commun de tous les pays. Un développement commun et durable est un développement véritable et de qualité. La communauté internationale doit s'efforcer de se frayer une voie de développement équitable, ouverte, globale et innovante, en vue de réaliser le développement de tous. Pour ce faire, la Chine a avancé l'initiative de « la Ceinture économique de la Route de la Soie et de la Route de la Soie maritime du 21e siècle », travaillé activement à développer la coopération internationale en matière de capacités de production industrielle, et approfondi sur tous les plans la coopération mutuellement avantageuse avec les autres pays dans les domaines de l'économie, du commerce, de l'investissement, de l'industrie et des infrastructures, ce qui a permis d'aider les pays concernés à renforcer leurs capacités d'auto-développement et d'apporter des opportunités de développement à plus de pays. Nous avons signé avec plus de 30 pays étrangers, y compris des pays européens, des accords intergouvernementaux sur la construction conjointe du projet « Ceinture et Route ». Nous avons développé avec la France les partenariats en marchés tiers, créant une nouvelle modalité de coopération Nord-Sud. Des projets de coopération tripartite et multiforme sont en cours de discussion ou d'exécution par des entreprises chinoises et françaises dans des pays africains comme le Nigéria, l'Ouganda, le Mozambique et la Guinée. La centrale nucléaire de Hinkley Point que des entreprises chinoises et françaises vont construire ensemble est une nouvelle illustration des vastes perspectives et du grand potentiel de marché de la coopération en marchés tiers.

Nous sommes résolus à construire des partenariats avec les autres pays sous diverses formes. Dans le monde d'aujourd'hui, les pays voient leurs intérêts s'imbriquer et leurs destins étroitement liés. Nous devons construire des partenariats riches en contenu sous différentes formes aux niveaux international et régional. Ces partenariats sont établis sur un pied d'égalité. Les partenaires jouissent des mêmes droits et assument les mêmes devoirs, et aucun pays n'est supérieur aux autres. Ces partenariats sont établis en faveur de la paix sans viser un ennemi imaginaire ni aucune partie tierce. Ces partenariats sont établis dans l'esprit d'inclusivité entre pays animés des mêmes idéaux ou entre pays à la recherche d'un terrain d'entente par-delà les divergences. Ayant établi jusqu'à présent des partenariats de différents types avec plus de 80 pays, régions ou organisations régionales, la Chine s'efforce d'ouvrir un nouveau chemin de relations interétatiques, celui de développer le dialogue et le partenariat et de renoncer à la confrontation et à l'alignement.

Nous sommes résolus à régler les différends par les moyens pacifiques. Tant sur les dossiers d'actualité internationale comme le Moyen-Orient que sur les questions relatives à la souveraineté territoriale et aux droits et intérêts maritimes, la Chine œuvre depuis toujours au règlement des différends à travers le dialogue et les négociations. Ensemble avec les pays européens et les autres parties, nous avons contribué à la conclusion d'un accord global sur le dossier nucléaire iranien et nous participons activement au processus de règlement politique de la question syrienne. Comme les faits l'ont démontré, le dialogue et les négociations constituent le moyen le plus durable, le moins coûteux avec le moins de séquelles pour régler les différends.

Sur la question nucléaire de la péninsule coréenne, la Chine estime toujours qu'il faut réaliser la dénucléarisation, préserver la paix et la stabilité de la péninsule, et régler les problèmes concernés à travers le dialogue et les négociations. La situation actuelle dans la péninsule coréenne étant complexe et sensible, toutes les parties doivent appliquer intégralement les résolutions relatives à la RPDC adoptées par le Conseil de Sécurité de l'ONU, s'abstenir de toute parole et de toute action susceptibles d'aggraver les tensions, et se garder de toute mesure de nature à affecter les intérêts sécuritaires des autres pays et l'équilibre stratégique dans la région. La Chine ne permet jamais la guerre ni le chaos dans la péninsule coréenne. Elle n'admet jamais que certains pays portent atteinte à ses intérêts stratégiques sous le prétexte des sanctions. Nous avons avancé l'idée de faire progresser en parallèle la dénucléarisation de la péninsule coréenne et le remplacement de l'accord d'armistice par un mécanisme de paix, et nous travaillons à rétablir la confiance entre les différentes parties et à relancer le dialogue et la communication sur la base des consensus dégagés dans le cadre des Pourparlers à Six, afin de ramener la question nucléaire de la péninsule coréenne dans la voie de négociations et d'en assurer la contrôlabilité.

Je voudrais également dire quelques mots sur la question de la Mer de Chine méridionale . La Mer de Chine méridionale est une artère maritime vitale pour la survie et le développement des pays en Asie-Pacifique. La Chine accorde plus d'importance que tout autre à la préservation de la paix, de la tranquillité et de la liberté de navigation dans ces eaux. Sur la question de la Mer de Chine méridionale, il convient d'établir ses jugements d'après les faits sans se laisser tromper par les spéculations malintentionnées.

La Chine a été le premier pays à découvrir, à exploiter et à administrer les îles Nansha. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en vertu des documents internationaux tels que la Déclaration du Caire et la Déclaration de Potsdam, le Japon a restitué à la Chine les territoires dont il s'était emparé, et la Chine a recouvré en vertu du droit international les îles Nansha envahies et occupées par le Japon. Jusqu'aux années 1970, la communauté internationale, y compris les pays riverains de la Mer de Chine méridionale, reconnaissait ou acceptait de différentes manières que les îles Nansha faisaient partie du territoire chinois. Pourtant, après la découverte d'hydrocarbures en Mer de Chine méridionale, certains pays ont commencé à empiéter sur les îles Nansha de Chine. Ils y ont mené de grands travaux, construit des installations de toutes sortes et déployé des armes offensives comme positions d'artillerie et missiles. Sur la question de la Mer de Chine méridionale, la Chine est la plus grande victime.

Les travaux de construction que la Chine entreprend actuellement sur des îles et atolls sous son contrôle ne sont pas contraires au droit international. La souveraineté de la Chine sur les îles Nansha et les eaux adjacentes s'est formée au fils du temps et possède des fondements juridiques solides. Nous avons construit des installations défensives nécessaires sur des îles et atolls. C'est un droit légitime que le droit international confère à la Chine en tant qu'État souverain. Aucun pays étranger n'a le droit de s'y ingérer ou de tenir des propos irresponsables. La plupart des installations que la Chine a construites sur les îles et atolls sont pour garantir la liberté de navigation dont jouissent les pays au titre du droit international et mieux s'acquitter de sa responsabilité comme le plus grand pays riverain de la Mer de Chine méridionale.

La Chine estime qu'il faut résoudre les différends en Mer de Chine méridionale par les négociations et consultations entre les pays directement concernés, ce qui est conforme au droit international et aux normes fondamentales régissant les relations internationales. La non-acceptation et la non-participation de la Chine vis-à-vis de l'arbitrage sur la Mer de Chine méridionale initié unilatéralement et arbitrairement par les Philippines consistent justement à agir dans le respect du droit. Cet arbitrage concernant la Mer de Chine méridionale touche au fond à la question de la souveraineté territoriale et de la délimitation maritime. En vertu de l'Article 298 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les États Parties peuvent faire des déclarations sur les questions telles que la délimitation maritime. Déjà en 2006, le gouvernement chinois a publié la déclaration à la lumière de la convention. Un grand nombre de pays ont fait des déclarations similaires. Nous appelons certain pays à renoncer aux illusions, à cesser les provocations politiques sous le couvert juridique et à ne pas se servir du droit international pour en réalité le compromettre. Nous l'appelons à revenir à la table de négociations le plus tôt possible, à mettre en application effectivement la Déclaration sur la conduite des Parties en Mer de Chine méridionale (DOC) signée par la Chine et les pays de l'ASEAN et à résoudre pacifiquement les différends concernés par des négociations et consultations dans le respect des faits historiques et du droit international, afin de préserver ensemble la paix et la stabilité en Mer de Chine méridionale.

Malgré les différends territoriaux et en matière de droits et intérêts maritimes entre la Chine et certains pays de l'ASEAN, la coopération Chine-ASEAN s'est accélérée au lieu de s'arrêter. Des échanges de visites de haut niveau sont intenses chaque année entre la Chine et des pays de l'ASEAN. L'année dernière, des échanges de visites au plus haut niveau ont été réalisés entre la Chine et le Viet Nam, l'Indonésie et Singapour. Les chefs d'État du Laos, du Cambodge, du Myanmar et du Timor Leste se sont rendus en Chine pour assister aux commémorations le 3 septembre. Les échanges non-gouvernementaux et culturels entre la Chine et les pays de l'ASEAN s'élargissent et s'approfondissent. L'année dernière, plus de 23 millions de déplacements ont été réalisés entre les deux côtés. C'est un record historique. La Chine et les pays de l'ASEAN ont développé une coopération pragmatique efficace dans tous les domaines. Des projets de connectivité, y compris des projets de train à grande vitesse, ont été successivement lancés par la Chine et des pays de l'ASEAN. La coopération financière et en matière de capacités de production industrielle de la Chine avec la Malaisie, Singapour, l'Indonésie et le Viet Nam progresse continuellement. Les négociations pour la mise à niveau de la zone de libre-échange Chine-ASEAN ont été conclues dans d'heureuses conditions. L'année dernière, la Chine a organisé la première réunion informelle des ministres de la Défense Chine-ASEAN et le premier dialogue ministériel Chine-ASEAN sur l'application de la loi et la coopération sécuritaire. Il y a peu de temps, la Chine a organisé avec succès le premier Sommet Lancang-Mékong, permettant d'apporter une nouvelle dimension à la coopération Chine-ASEAN. Cette année marque le 25e anniversaire de l'établissement des relations de dialogue Chine-ASEAN. La Chine travaillera à la lumière des principes « amitié, sincérité, bénéfice mutuel et inclusivité » pour approfondir l'amitié et la coopération avec les pays de l'ASEAN et apporter une nouvelle contribution à la prospérité et à la stabilité en Asie et dans le monde.

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Quels que soient les changements de la situation internationale, l'Europe reste toujours une force majeure sur la scène internationale. Bien qu'elle soit confrontée à des difficultés et défis, l'Europe montre un engagement ferme pour promouvoir son intégration au-delà des perturbations de toutes sortes. Et l'économie européenne maintient la dynamique de la reprise. Pleinement confiants en l'avenir du développement de l'Europe, nous avons toujours fait de nos relations avec l'Europe une des priorités de la diplomatie chinoise et soutenu fermement le processus de l'intégration européenne ainsi que le rôle accru d'une UE solidaire, stable et prospère dans les affaires internationales.

Cette année marque le début de la cinquième décennie des relations Chine-UE. Durant les quarante dernières années, d'immenses changements se sont produits en Chine et en Europe, deux forces majeures internationales. L'ancienne Communauté européenne du charbon et de l'acier s'est transformée en une union de 28 pays, forte de 500 millions de citoyens. La Chine, quant à elle, est passée d'un État appauvri et affaibli à un pays engagé sur la voie de la réforme et de l'ouverture, réalisant d'énormes progrès. Ces quatre décennies ont vu les relations sino-européennes progresser considérablement et montré l'importance de l'égalité, du bénéfice mutuel et de la coopération gagnant-gagnant dans le développement régulier et sain de ces relations. Il y a 40 ans, la Chine et l'Europe ont commencé à développer une relation politique, non sans difficulté en raison des différences idéologiques ; et aujourd'hui, liées par un partenariat global stratégique, elles ont intensifié les échanges de haut niveau et abordent tous les sujets sans tabou à travers plus de 70 mécanismes de dialogue et de consultation dans les différents domaines et aux différents niveaux. Il y a 40 ans, le volume des échanges commerciaux sino-européens n'atteignait pas encore 3 milliards de dollars US ; et aujourd'hui, ce chiffre a été multiplié par 200 et s'élève à près de 600 milliards de dollars US. Autrement dit, en deux jours, on fait le volume annuel des échanges d'autrefois. L'UE est le premier partenaire commercial de la Chine pendant 12 ans consécutifs, et la Chine, le deuxième partenaire de l'UE pendant 13 ans consécutifs. Il y a 40 ans, rares étaient ceux qui voyageaient entre la Chine et l'Europe et la Chine n'était pour la plupart des Européens qu'une légende lointaine de l'Orient ; et aujourd'hui, 6,41 millions de personnes circulent entre la Chine et les 28 pays membres de l'UE chaque année, la mobilité entre les deux côtés est sans cesse facilitée et la base populaire des relations sino-européennes se consolide davantage.

À l'heure actuelle, les relations sino-européennes font face à des opportunités historiques pour aller de l'avant et progresser rapidement. En 2014, le Président Xi Jinping a déclaré, lors de sa visite au siège de l'UE, que les deux parties devaient travailler la main dans la main à construire les partenariats pour la paix, la croissance, la réforme et la civilisation, donnant ainsi un nouveau cap stratégique aux relations sino-européennes. Fin mars dernier, le Président Xi Jinping a effectué une visite réussie en République tchèque. C'est la première fois qu'il se rend en visite en Europe centrale et orientale en tant que Président chinois. Cette visite a insufflé de nouvelles dynamiques à la coopération Chine-PECO et émis le message clair que la Chine accorde de l'importance à l'Europe et entend œuvrer à un développement plus rapide et meilleur des relations sino-européennes. À cet égard, j'aimerais avancer les propositions suivantes :

Premièrement, consolider la base de la confiance politique mutuelle sino-européenne. La Chine et l'Europe ont des différences en matière de stade de développement, de système idéologique et de régime social. Seuls la confiance réciproque et le respect mutuel leur permettront d'assurer le développement régulier de leurs relations et l'approfondissement durable de leur coopération. Il convient que les deux parties voient et renforcent leur coopération avec une vision stratégique de long terme pour agrandir le gâteau des intérêts communs et protéger l'intérêt général de la coopération contre les incidents de parcours. Des dirigeants étrangers dont le Président français François Hollande et plusieurs autres dirigeants européens se rendront en Chine pour participer, sur l'invitation du Président chinois Xi Jinping, au Sommet du G20 à Hangzhou. Cette année seront organisés une série d'événements importants tels que le 18e Sommet Chine-UE et la conférence de Riga des 16+1. Le Premier Ministre chinois Li Keqiang procédera à des échanges de vues approfondis avec des dirigeants de l'UE et de pays européens. Ces échanges de haut niveau et les mécanismes de dialogue aux différents niveaux nous permettront de renforcer la communication et la concertation sur les sujets de préoccupations respectives et d'approfondir la confiance politique mutuelle sino-européenne.

Deuxièmement, promouvoir inlassablement la coopération pragmatique sino-européenne. La Chine et l'Europe représentent un tiers du PIB mondial. La bonne santé de leurs économies joue un rôle important pour conforter la reprise économique mondiale. Plus la conjoncture économique internationale est difficile et complexe, plus nous devons nous ouvrir, coopérer, et rejeter ensemble le protectionnisme commercial sous toutes ses formes. Il nous faut accélérer les négociations sur l'accord d'investissement Chine-UE et lancer dans les meilleurs délais une étude de faisabilité conjointe sur l'instauration d'une zone de libre-échange Chine-UE afin de libérer les potentiels des échanges économiques et commerciaux et des investissements entre les deux parties. Il convient d'associer les initiatives de la Chine sur « Ceinture et Route », la coopération internationale sur les capacités de production industrielle et les stratégies de développement de l'UE, d'établir rapidement la plate-forme du fonds d'investissement conjoint sino-européen, et de promouvoir la concrétisation et la mise en service rapides des projets dans divers domaines tels que le train à grande vitesse et l'énergie nucléaire. Nous devons approfondir la coopération financière sino-européenne, multiplier les échanges en matière de politiques budgétaires, financières et monétaires, favoriser l'utilisation des monnaies locales dans le règlement des transactions, et approfondir la coopération dans les cadres de la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Il faut promouvoir sur tous les plans la coopération entre la Chine et les institutions européennes, les États membres de l'UE et les sous-régions, afin d'assurer un développement équilibré des relations sino-européennes sur une base solide.

Troisièmement, renforcer la coopération en matière de gouvernance mondiale. À l'heure actuelle, l'Europe est confrontée à de graves menaces du terrorisme. La partie chinoise entend renforcer les échanges techniques avec la partie européenne et promouvoir la coopération dans les domaines tels que le partage d'informations et de renseignements. Fin 2015, la coopération sino-européenne et notamment la coopération sino-française a permis de conclure l'Accord de Paris sur le climat qui ouvre un nouveau processus de la coopération internationale contre le changement climatique. La Chine entend continuer à travailler avec la partie européenne pour promouvoir la mise en œuvre de l'Accord de Paris et faire aboutir la coopération internationale contre le changement climatique à de nouveaux progrès. La Chine et l'Europe, acteurs importants de la gouvernance mondiale l'une comme l'autre, doivent également approfondir leur coopération en matière de maintien de la paix mondiale, d'amélioration de la gouvernance économique, de développement durable, de cybersécurité et de lutte contre la corruption, et notamment renforcer leur concertation et leur coopération autour du Sommet 2016 du G20 à Hangzhou afin d'en assurer le succès et de contribuer par là au développement de l'économie mondiale.

Quatrièmement, approfondir les échanges et la coopération socioculturels sous diverses formes. La Chine et l'Europe sont deux forces importantes pour le progrès de la civilisation humaine. Dans le cadre du dialogue de haut niveau Chine-UE sur les échanges socioculturels, la Chine travaillera avec la partie européenne pour mieux planifier et organiser les échanges et la coopération en matière technico-scientifique, éducative, culturelle, sanitaire, touristique et sportive et entre les jeunes et les femmes, faire avancer solidement les grands chantiers et développer des projets phares. Cette année, nos actions prioritaires consistent à bien organiser les dialogues de haut niveau sur les échanges humains sino-européen, sino-français et sino-britannique, l'Année des échanges entre les jeunes chinois et allemands ainsi que l'Année des échanges humains et culturels entre la Chine et les pays d'Europe centrale et orientale.

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

La France, forte de son influence exceptionnelle sur la scène internationale, est un pionnier de la construction européenne. Elle est aussi le premier grand pays occidental à avoir établi des relations diplomatiques au niveau d'ambassadeur avec la Chine nouvelle. Depuis de longues années, dans l'esprit d'indépendance et de respect mutuel, la Chine et la France ont établi une confiance politique mutuelle de haut niveau et développé une coopération mutuellement bénéfique fructueuse et de grande qualité, jouant ainsi un important rôle pilote et exemplaire pour le développement des relations sino-européennes. Les relations sino-françaises, qui se distinguent par leurs caractères stratégique et pionnier et par leur influence mondiale, offrent des horizons plus vastes et un contenu plus riche et profond aux relations sino-européennes.

En 2014, la visite réussie du Président Xi Jinping en France a permis d'inaugurer une nouvelle étape du partenariat global stratégique sino-français étroit et solide. De nombreuses visites croisées ont été réalisées entre les chefs d'États et de gouvernement chinois et français, et la coopération bilatérale dans les domaines du nucléaire civil, de l'aéronautique, de la finance et des échanges humains et culturels réalise sans cesse de nouvelles percées. La France est désormais une destination de premier choix des investissements chinois en Europe, et aussi une des destinations préférées des touristes chinois qui sont toujours plus nombreux à s'y rendre. Les deux pays ont des communications excellentes et fructueuses sur les grands dossiers internationaux comme la gouvernance mondiale, le changement climatique, la lutte contre le terrorisme et la question nucléaire iranienne.

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

À l'avenir, dans la construction des partenariats sino-européens pour la paix, la croissance, la réforme et la civilisation, les relations sino-françaises occuperont encore et toujours une place importante et particulière. Nous entendons travailler ensemble avec la France et les autres pays européens à approfondir la compréhension mutuelle, à intensifier la coopération dans tous les domaines et à perfectionner sans cesse les mécanismes de dialogue et de coopération tous azimuts, à différents niveaux et dans divers domaines entre la Chine et l'UE, de manière à insuffler une dynamique durable au partenariat stratégique global sino-européen et à apporter plus d'énergie positive à la paix et à la prospérité dans le monde.

Je vous remercie.

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