Discours de S.E.M. ZHAI Jun, Ambassadeur de Chine en France lors du XIIème Forum Chine-Afrique
(Annecy - le 25 novembre 2017)

Monsieur le Président MELLERIO,

Monsieur l'Ambassadeur MOREL,

Messieurs les Premiers Ministres,

Messieurs les Ministres, Excellences,

Mesdames, messieurs,

Tout d'abord je voudrais remercier son Excellence l'ambassadeur Pierre MOREL ainsi que le Président Olivier MELLERIO pour leur aimable invitation à ce XIIème Forum Chine-Afrique.

Aujourd'hui, sont présents parmi nous, des hommes politiques, des diplomates, des hommes d'affaires engagés depuis longtemps dans le développement de l'Afrique, ainsi que des représentants du monde académique. Permettez-moi donc de vous dire tout le plaisir et l'honneur que j'éprouve à me trouver en votre présence, pour parler de l'Afrique et de la relation sino-africaine.

De 2006 à 2014, avant de prendre mes fonctions en France, j'étais chargé au Ministère des Affaires étrangères, de l'Afrique et du Moyen-Orient. Ainsi, je peux dire que j'ai été le témoin du fantastique développement des relations sino-africaines au cours de ces dernières années. 2006 a été l'année du premier Sommet sino-africain. À l'époque, le commerce entre la Chine et l'Afrique ne représentait que 55 milliards de dollars. Puis, en 2014, il a quadruplé pour atteindre 220 milliards de dollars.

Depuis huit ans, la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique. Les investissements chinois cumulés y dépassent les 100 milliards de dollars et y représentent la troisième source de capitaux étrangers. La Banque Mondiale a souligné que la moitié de la croissance du continent africain était imputable au développement de ses infrastructures. Or, la contribution de la Chine pour ces infrastructures est évaluée à un huitième. Naturellement, beaucoup d'entreprises chinoises se sont renforcées tout au long de leur coopération avec l'Afrique. Ainsi, la célèbre société Huawei, qui s'est internationalisée à partir de l'Afrique, pour devenir une puissante multinationale.

Pour beaucoup, la rapidité du développement des relations sino-africaines a été une surprise. Cette vitesse s'explique principalement par quatre facteurs.

Tout d'abord, par une amitié solide et ancienne. Depuis longtemps, parce que nous avons vécu les mêmes expériences, avec les mêmes quêtes en matière de développement, une sympathie est née entre la Chine et de nombreux pays d'Afrique qui se sont rapprochés de nous. Comme on dit familièrement, nous nous entendons bien et nous nous retrouvons. Alors que la Chine traversait de grandes difficultés économiques, elle s'est serrée la ceinture pour aider l'Afrique à construire la liaison ferroviaire reliant la Tanzanie à la Zambie. Cette réalisation conserve aujourd'hui encore son caractère d'événement fondateur de la relation sino-africaine.

Deuxièmement, il existe entre nous une forte confiance politique. Chacun respecte les choix de l'autre en matière de modèle de développement. Chacun respecte l'autre dans ses intérêts fondamentaux et chacun sait se montrer compréhensif vis à vis de l'autre. Tout cela offre de part et d'autre des garanties politiques solides pour le travail en commun. Le Président Mao a dit que ce sont nos frères Africains qui ont porté la Chine à l'ONU. Aujourd'hui encore, le peuple chinois garde vivace le souvenir de ce puissant soutien.

Troisièmement, nos économies sont fortement complémentaires. L'Afrique regorge de matières premières et de main-d'œuvre. Elle se trouve à l'orée de son essor industriel. La Chine, elle, après trente ans de politique de réforme, d'ouverture et de croissance économique rapide, s'est déjà largement industrialisée. Elle possède les technologies, les équipements, les talents et les capitaux dont l'Afrique a besoin. La période de rapide développement des liens économiques sino-africains coïncide précisément avec la stratégie d'internationalisation des entreprises chinoises, ce que la réalité démontre parfaitement.

En quatrième lieu, la logique de coopération qui nous rapproche est réaliste et efficace.

La Chine, à partir de l'expérience de son propre développement, a tracé des voies de coopération spécifiques avec l'Afrique, largement centrées autour de la construction d'infrastructures et qui associe aides publiques, initiatives des entreprises, transfert de technologies et formation des hommes. Soucieuse tant des bénéfices tangibles que le renforcement des capacités des pays africains, cette approche donne de très bons résultats.

Le Gouvernement chinois fait de sa coopération solidaire avec les pays africains, la pierre angulaire de sa diplomatie. En 2013, lorsque XI Jinping est devenu Président de la République, sa première visite officielle à l'étranger a été pour l'Afrique. Lors du Sommet sino-africain de Johannesburg en décembre 2015, notre Président a fait part de son souhait de hisser le niveau de la relation sino-africaine au rang de partenariat stratégique global. Il a notamment alloué 60 milliards de dollars pour les « 10 grands programmes de coopération sino-africains » afin de hisser la relation sino-africaine vers une nouvelle dynamique mutuellement bénéfique et axée vers le développement commun.

Le Président XI a résumé en 4 mots sa vision de cette nouvelle étape : Réelle, Tangible, Proche et Honnête.

Réelle : cela signifie se comporter réellement en ami et se conduire en ami véritable.

Cela signifie chérir l'amitié traditionnelle sino-africaine, ne pas créer de hiérarchie selon la taille, la puissance ou la richesse des pays. Cela signifie traiter avec tous sur un pied d'égalité, ne pas opprimer le faible, ne pas imposer sa volonté à l'autre. De plus, en tant que pays en voie de développement, la Chine fait entendre pour l'Afrique la voix de l'équité et de la justice.

Tangible, car telle doit être l'action de la Chine vis-à-vis de l'Afrique. Nous devons être les initiateurs de coopérations win-win et plus encore, nous devons être des praticiens proactifs. Nos promesses doivent se traduire en actions. Nous n'imposons aucun prérequis politique. Nous jugeons la qualité de nos coopérations à l'aune de la rapidité avec laquelle elles permettent aux Africains de se développer et en fonction des bienfaits qu'elles apportent aux peuples africains.

Proche : car il s'agit de renforcer le sentiment d'intimité réciproque. Il faut une relation bilatérale tournée vers les peuples. Au travers des échanges humains, renforcer la connaissance et la compréhension mutuelle et étoffer la base sociale de notre amitié.

Honnêteté : c'est-à-dire, accepter de voir en face les problèmes qui peuvent survenir dans le cours de nos relations.

Nous sommes géographiquement éloignés, nous sommes tous deux en phase de croissance rapide et nous devons, pour nous comprendre, nous adapter à notre époque en faisant face avec honnêteté aux nouveaux contextes, aux nouvelles difficultés qui marquent nos relations tout en nous efforçant, dans un esprit de respect et de bénéfices mutuels, d'y remédier le mieux possible.

Oui, c'est vrai, en même temps que se développent rapidement nos relations, des problèmes sont survenus. Ainsi par exemple, certaines entreprises se livrent en Afrique à de la concurrence déloyale, violent les réglementations locales sur le travail ou l'environnement, ou même, profitent de vides juridiques pour se livrer à de la contrefaçon, de la corruption ou que sais-je encore ? Cependant, même si ces phénomènes sont rares et demeurent des cas isolés, le Gouvernement chinois accorde une attention croissante à la bonne conduite des entrepreneurs et des investisseurs chinois. Nous sommes confiants dans notre capacité à préserver le sain développement de nos échanges.

Tout récemment s'est tenu à Pékin le XIXème Congrès du Parti communiste chinois. Il s'agit d'un événement majeur dans l'Histoire de la Chine et de son Parti communiste. Lors de ce Congrès a été proclamé l'entrée dans une nouvelle ère du Socialisme aux caractéristiques chinoises et une nouvelle feuille de route y a été tracée pour parvenir au grand Rêve chinois de renaissance de la Nation.

Sur la base de notre objectif de création d'une société d'aisance moyenne, nous avons pour ambition, dans les trente prochaines années, c'est-à-dire pour le 100ème anniversaire de la création de la Chine Nouvelle en 2049, de faire de la Chine un pays socialiste moderne, à la fois riche, fort, démocratique, hautement civilisé, harmonieux et beau. Nous sommes prêts à partager, avec tous les pays africains, les occasions historiques qu'offre le développement de la Chine et à agir de concert pour créer ensemble une communauté de destin. La Chine entend renforcer sa coopération solidaire avec tous les pays africains et intensifier son aide, notamment envers les pays les plus défavorisés.

Je pense qu'un moyen efficace de rehausser le niveau de notre coopération est de le faire dans le cadre des « Nouvelles Routes de la soie ». Cette initiative est née il y a un peu plus de trois ans, et un nombre croissant de pays africains s'en font l'écho et y adhèrent. Au mois de mai dernier, des dirigeants de pays africains comme l'Ethiopie, le Kenya ou encore de l'Union Africaine, ont participé au Forum de coopération international sur les Nouvelles Routes de la soie traduisant le haut niveau d'intérêt de l'Afrique vis-à-vis de la concrétisation de ce projet. Depuis la mise en œuvre de l'Initiative, la coopération sino-africaine a changé de visage : le marché prend le relai des impulsions gouvernementales. La coopération industrielle se substitue au simple commerce de marchandises et les investissements opérationnels remplacent les anciens modes de sous-traitance.

En octobre 2016 la première ligne de chemin de fer électrifiée Addis-Abeba---Djibouti a été inaugurée. Au mois de mai 2017, c'était le tour de la ligne Mombassa---Nairobi. Ces deux grands chantiers du siècle ont considérablement réduit les délais de transport et les coûts logistiques pour les pays riverains. Ces avancées ont d'ailleurs été largement saluées par l'ensemble des pays africains. La Chine et l'Ethiopie travaillent ensemble à la construction d'un parc industriel. Avec l'Egypte, nous bâtissons la zone de coopération commerciale de Suez et d'autres parcs sont en projet ailleurs. Nous soutenons et encourageons la délocalisation des industries fortement consommatrices de main-d'œuvre, de Chine vers l'Afrique, afin de booster le développement économique africain et y créer d'importants bassins d'emploi.

Le concept des Nouvelles Routes de la soie suppose le respect des valeurs de dialogue, de co-construction et de partage. En tant que plateforme de coopération ouverte, la participation de la France et des pays africains y est la bienvenue. Nous sommes prêts, aux côtés des autres pays, dont la France, à contribuer par nos ressources et nos atouts, au développement de l'Afrique.

Lors de la visite officielle en France du Premier Ministre LI Keqiang en 2015, les deux Gouvernements ont publié une « Déclaration conjointe sur la coopération en pays tiers ». Il s'agit là non seulement d'une percée pour la France et la Chine, mais aussi d'une innovation en matière de modèle de coopération internationale. L'idée centrale est d'associer les capacités de production de moyen et haut de gamme chinoises avec les hautes technologies et l'esprit novateur des Français afin d'offrir aux pays-tiers des produits et des services haut de gamme au meilleur rapport qualité-prix et hautement compétitifs afin de réaliser une dynamique triplement gagnante.

Les perspectives de cette coopération Chine-France-Afrique sont vastes. La France connaît bien l'Afrique et près de la moitié du continent est francophone. Les entreprises françaises, technologiquement fortes dans l'énergie, l'environnement et la santé, ont une riche expérience des marchés africains et des services financiers sophistiqués. Les produits et technologies de la Chine sont bons, pas chers et très appréciés des Africains. Les investisseurs chinois sont également fortement attirés par le continent. Si Français et Chinois savent combiner leurs atouts, s'inscrire dans le sillage des besoins africains, parviennent à développer des coopérations en pays-tiers dans les infrastructures, l'énergie, les transports, l'agriculture, la santé le développement durable, cela favorisera non seulement le développement de leurs entreprises respectives mais aussi le développement économique et social de l'Afrique.

Bien sûr, s'agissant d'une nouveauté, ces coopérations en pays-tiers passeront inévitablement par des phases de tâtonnement, de rodage, d'apprentissage empiriques et d'évolutions graduelles. Mais pour garantir un bon démarrage de ces coopérations tripartites, il faut s'appuyer sur les principes suivants :

Tout d'abord, les Africains doivent être maîtres chez eux et doivent en tirer profit. C'est sur leur territoire que tout va se jouer, et si l'on veut des coopérations réussies, elles devront respecter pleinement les souhaits des pays africains et être en phase avec leurs objectifs de développement en élevant les niveaux d'appropriation locale.

Deuxièmement : les entreprises travaillent et les gouvernements impulsent. Très honnêtement, jusqu'à aujourd'hui, les entreprises chinoises et françaises en Afrique étaient surtout concurrentes. Or ces coopérations en pays-tiers supposent un changement d'état d'esprit de la part des entreprises pour dissiper les inquiétudes et rechercher ensemble, de manière proactive, des opportunités communes. A l'échelon gouvernemental, il faut s'atteler à parfaire l'écosystème de coopération en pays-tiers pour être plus efficace dans l'accompagnement et la coordination et créer un contexte favorable aux entreprises.

Troisièmement, il faut voir loin et être efficace. Il faut s'efforcer d'aller au-delà de la simple relation client-fournisseur pour développer des projets de construction de capacité et d'équipements industriels, et ainsi, aider autant que faire se peut l'Afrique à bâtir un meilleur outil productif. La Chine, la France et l'Afrique diffèrent par leurs contextes et leurs stades de développement respectifs. Les produits, les technologies et les standards que chacun développe chez soi ne se vendent pas forcément en Afrique et n'y sont pas toujours bien adaptés. Cela requiert des actions concertées pour offrir du sur mesure au continent africain.

Quatrièmement : bénéfices mutuels et tolérance. Il ne peut y avoir de coopération durable que si elle est mutuellement avantageuse. La montée en puissance des coopérations tripartites n'est possible que si chacun, au-delà de son propre intérêt, sait prendre en compte les préoccupations de ses partenaires.

Mesdames, messieurs, chers amis !

De par mon passé personnel, j'ai pour le continent africain un attachement particulier. Je me suis rendu dans tous les pays qui ont noué des relations diplomatiques avec la Chine. Je suis profondément conscient du fantastique potentiel de développement que recèle l'Afrique. Je sais aussi qu'il faudra un large concours extérieur en matière de financement, de technologies et de construction de capacités. La confiance politique entre la France et la Chine est élevée et l'innovation audacieuse a toujours été la marque de fabrique de nos relations bilatérales. Il nous faut aujourd'hui mettre ses atouts au service de la coopération en Afrique. Je souhaite de tout cœur que la Chine, la France et l'Afrique s'unissent pour bâtir ensemble des coopérations exemplaires en pays-tiers, que nous puissions aider à la réalisation des rêves d'essor de l'Afrique et que nous parvenions à fixer de nouveaux caps dans ce nouveau contexte de coopération sud-sud et sud-nord.

Merci de votre attention.

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