Un temps nouveau, des besoins nouveaux, des actions nouvelles
2018/04/06

Présentation de S.E.M. l'Ambassadeur ZHAI Jun

Ambassadeur de Chine en France

devant le Groupe d'amitié France-Chine du Sénat

sur les deux assemblées

(Paris – le 4 avril 2018)

Monsieur le Président du Groupe d'Amitié France-Chine du Sénat,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames et Messieurs.

C'est un plaisir pour moi que de revenir au Palais du Luxembourg pour y rencontrer mes amis les sénateurs. Il existe déjà entre l'Assemblée Populaire Nationale et le Sénat français un mécanisme d'échanges régulier. L'Ambassade de Chine est prête à maintenir des liens réguliers et étroits avec le Sénat français afin de poursuivre le développement de notre compréhension mutuelle et de notre coopération.

Comme chacun le sait, au mois d'octobre dernier s'est tenu à Beijing le XIXème congrès du Parti communiste chinois où a été élue la nouvelle direction collective du Parti, rassemblée autour du Secrétaire général Xi Jinping, et qui a établi la nouvelle ère du socialisme aux caractéristiques chinoises comme pensée directrice du Parti. Il a proclamé l'entrée du socialisme à la chinoise dans une nouvelle ère et a fixé une feuille de route en trois étapes pour faire de la Chine un pays moderne et puissant à l'horizon 2050.

La mission principale des deux assemblées qui ont clôturé leurs travaux il y a deux semaines, était précisément de mettre en œuvre l'esprit du XIXème Congrès, de préparer sur les plans idéologique, institutionnel et organisationnel la réalisation de cette nouvelle ère socialiste chinoise et de planifier les prochaines étapes du développement du pays.

I. Parmi les principaux succès des deux assemblées, on notera :

En premier lieu, l'introduction dans la Constitution de nouvelles théories majeures de Xi Jinping, dont celle sur la nouvelle ère du Socialisme aux caractéristiques chinoises, ainsi que l'élection d'une nouvelle équipe dirigeante. XI Jinping a été réélu aux postes de chef de l'Etat, et de Président de la Commission militaire centrale. Avec le renouvellement de l'Assemblée et la formation d'un nouveau gouvernement, la jeune génération de dirigeants a pris la relève des anciens.

Deuxièmement, une réforme institutionnelle d'une ampleur inégalée depuis ces dernières années a été entreprise. Ne serait-ce qu'au niveau du Conseil des Affaires d'Etat, 8 instances de niveau ministériel et 7 de niveau vice-ministériel ont été supprimées. L'objectif était de faire progresser le système de gouvernance et de mieux gérer la modernisation des capacités. Auparavant, la répartition des prérogatives entre les différentes instances gouvernementales était imprécise et mal découpée. Aujourd'hui, le principe est simple : confier, autant que possible, la gestion des différentes catégories de dossiers aux services dédiés. Ainsi, la prévention de la pollution aquatique revenait auparavant au Ministère du Territoire et des Ressources, au Ministère de la Protection de l'Environnement, au Ministère de l'Agriculture, au Ministère des Ressources en Eau et au Bureau des Affaires maritimes. Autant dire, une véritable « armée mexicaine ».

Désormais, tout sera géré par le Ministère de l'Environnement. Parallèlement, on a rajouté ou renforcé certains services comme, par exemple, la constitution d'une Commission nationale de la Supervision, chargée de la mise en place d'une administration intègre et de la lutte contre la corruption. Nous avons fusionné la Commission de supervision bancaire et la Commission de contrôle des assurances afin de prévenir plus efficacement la survenue de risques financiers systémiques.

Le troisième point concerne la mise en œuvre pratique des nouveaux concepts de développement proposés par le XIXème Congrès, la définition des objectifs et les orientations de travail, avec pour ambition de réaliser une croissance de qualité. En premier lieu, en poussant fortement les secteurs d'avenir comme la 5G, les moteurs d'avion, les véhicules à énergies nouvelles, les nouveaux matériaux et d'autres secteurs industriels modernes, en développant le Big Data, l'intelligence artificielle, l'Internet+ et autres secteurs innovants. Ensuite, en continuant résolument de sabrer les capacités obsolètes dans la sidérurgie, le charbon et la production d'électricité. Troisièmement, en intensifiant l'ouverture, y compris en ouvrant totalement le secteur les filières manufacturières générales, mais aussi en ouvrant les télécoms, la santé, l'éducation, les services au 3ème âge et les véhicules à énergies nouvelles. Nous voulons harmoniser les règles d'accès au marché pour les banques chinoises et étrangères, assouplir ou abolir les limitations de l'actionnariat étranger pour les banques, les sociétés boursières ou de gestion d'actifs financiers. Il s'agit aussi de baisser les tarifs douaniers sur les automobiles et sur une partie des produits de consommation courante.

II. Je voudrais également vous faire part de mon sentiment sur l'avenir du développement de la Chine.

Premièrement, notre pays, qui est entré dans une phase d'essor crucial, a besoin d'un pouvoir central fort. Nous fêtons le 40ème anniversaire du lancement de notre politique de Réforme. Depuis 40 ans, la Chine a connu un développement fantastique et la Réforme a impacté en profondeur notre société. Les réformes faciles ont toutes été accomplies et nous avons mangé notre pain blanc. Il ne nous reste désormais que du pain noir et dur. La route est encore bien longue et pour un combat de longue haleine et exigeant, il faut un pouvoir central fort et stable pour rassembler, unir et mobiliser l'ensemble du Parti et le pays tout entier.

Deuxièmement, il n'existe pas de recette préconçue à laquelle se référer pour moderniser un pays de 1,4 milliard d'habitants. Vu la complexité de la réalité chinoise, quelle que soit l'ampleur des succès enregistrés, ils apparaissent bien dérisoires dès lors qu'on les divise par 1,4 milliard. A l'inverse, la moindre difficulté, multipliée par 1,4 milliard, peut devenir gigantesque. La Chine est le pays qui compte la plus vaste classe moyenne au monde. Mais c'est aussi le pays où des dizaines de millions de gens gagnent moins d'un dollar par jour. Si des villes chinoises comme Pékin ou Shanghai peuvent rivaliser avec n'importe quelle autre grande métropole mondiale, les problèmes d'accès à l'eau potable demeurent pour de nombreuses régions de l'ouest. Si, compte tenu de la complexité de notre contexte particulier, il est envisageable de nous inspirer des bonnes pratiques de tel ou tel pays pour résoudre tel ou tel problème, il est exclu de copier tel ou tel modèle pour notre développement.

Troisièmement, le développement de la Chine doit s'appuyer sur la fixation d'objectifs à long terme, accompagnés d'exigences précises sur chacune des étapes qui y conduisent. Ainsi, le XIXème Congrès a fixé la feuille de route qui doit mener au « Rêve chinois » du redressement de la Nation à travers trois étapes articulées autour de 2020, 2035 et 2049. Elles visent à réaliser sur tout le territoire une société d'aisance moyenne et à bâtir une société relativement moderne dans un pays puissant. Le rapport d'activités du Gouvernement adopté lors des deux assemblées porte aussi sur cette feuille de route porteuse d'une série d'objectifs quantitatifs pour l'année à venir.

Prenons par exemple le cas bien connu des surcapacités de production d'acier : pour parvenir à une croissance davantage qualitative, la Chine a déjà réduit ses surcapacités de production sidérurgiques de 100 millions de tonnes et les réduira encore cette année de 30 millions supplémentaires. L'impact que cette politique aura sur le reclassement de presque un million de travailleurs n'entamera pas la détermination du Gouvernement. Comme l'a dit le Président XI, nous devons aller jusqu'au bout de notre projet.

Quatrièmement, la Chine souhaite sincèrement partager avec les autres pays les opportunités générées par son développement.

Pour un pays de la taille de la Chine, la modernisation ne passe que par le biais de coopérations mutuellement avantageuses. L'égoïsme de l'un se heurtera fatalement à la réprobation de tous et c'est pourquoi nous parlons de communauté de destin pour l'humanité ainsi que de l'initiative des Nouvelles routes de la soie. En seulement 4 à 5 ans, les investissements chinois dans les pays situés sur son trajet ont atteint plus de 50 milliards USD, générant ainsi pour ces pays plus d'un milliards USD de recettes fiscales et des centaines de milliers d'emplois. Ces Nouvelles routes de la soie sont désormais devenues un bien important appartenant à l'ensemble de la planète, en faveur duquel plus de 100 pays et organisations internationales ont manifesté leur attachement.

Récemment les Etats-Unis ont annoncé, suite à l'enquête dite « 301 », la hausse brutale des taxes sur l'importation des produits chinois. La Chine désapprouve fortement ce type de mesure unilatérale et protectionniste.

Le déséquilibre commercial entre la Chine et les USA est dû principalement aux différences de spécialisations industrielles des uns et des autres à l'échelle mondiale. Ainsi, le prix de revient d'un Iphone X est de 400 USD dont 110 USD pour l'écran fabriqué en Corée du sud et 45 USD pour Toshiba qui fabrique la puce au Japon. La Chine, elle, ne tire son revenu que de l'assemblage de l'appareil, soit environ 5% de son prix de revient. Et pourtant, les statistiques export de la Chine prennent en compte la valeur quasi totale de l'appareil. Nous avons toujours appelé à la raison et au dialogue pour surmonter les différends commerciaux entre les USA et la Chine. Personne ne sortirait gagnant d'une guerre commerciale et un conflit de ce type entre les deux plus grandes économies du monde ne serait bonne pour personne. Mais si c'est la volonté de l'Amérique, la Chine fera face car nous sommes déterminés à préserver nos droits et nous en avons les moyens.

III. Au début de cette année, le Président MACRON a effectué une très belle visite en Chine. Les deux chefs d'Etat sont parvenus à d'importantes convergences de vues pour développer une nouvelle ère dans leurs relations bilatérales. Peu après la clôture des deux assemblées, le Président français a téléphoné au Président XI pour le féliciter pour sa réélection. Chacun d'eux souhaite mettre en pratique les convergences de vue, renforcer le partenariat bilatéral et international, enrichir et dynamiser encore davantage notre partenariat stratégique global. Après les deux assemblées, les perspectives de développement des relations franco-chinoises sont encore plus vastes.

Tout d'abord, nous pouvons intensifiant nos échanges en matière de gouvernance. Cette année, la Chine va entreprendre d'importantes réformes structurelles touchant notamment les entreprises d'Etat, la fiscalité, la finance, la société et l'écologie. Nombre de ces réformes ont été accomplies en France de longue date pour s'attaquer à des questions depuis résolues. La France est un bon modèle d'inspiration. Nos deux pays ont décidé d'établir un mécanisme de dialogue sur les questions juridiques et judiciaires pour approfondir nos échanges en la matière, et vous, amis Elus, êtes les bienvenus pour prendre votre part à l'enrichissement de ces échanges.

Deuxièmement, nos deux pays ont de vastes perspectives de coopération pour améliorer la qualité de la croissance. Les filières industrielles de pointe françaises sont modernes, et dans certains secteurs tels que le nucléaire et l'aéronautique, nombre de technologies sont extrêmement sophistiquées. Notre coopération sur l'aval du combustible nucléaire et sur les avions civils gros-porteur progressent rapidement. La France possède d'importants atouts en matière d'intelligence artificielle et de technologies numériques. Si on réussit à créer des synergies entre le projet français des « Industries du futur » et le programme chinois « Made in China 2025 », nous multiplierons les effets de notre coopération. Sur le volet Environnement, nos deux pays pourront capitaliser sur l'Année sino-française de l'Environnement qui débutera bientôt afin de renforcer notre coopération contre le changement climatique et la pollution et dans le domaine des parcs nationaux.

Troisièmement, l'intensification de l'ouverture du marché chinois aux produits et aux services français offrira davantage d'opportunités. La Foire des importations qui se tiendra cette année offrira une plateforme importante aux entreprises françaises. Celles du secteur de l'agroalimentaire, de la santé, de l'éducation, de la silvereconomy et d'autres encore, pourront profiter du vent printanier d'ouverture pour se développer sur notre marché. Par ailleurs, en 2017, le tourisme chinois en France a fortement redémarré pour de nouveau franchir la barre des 2 millions de personnes. Ce rythme devrait se poursuivre cette année.

Quatrièmement, les coopérations en pays tiers dans le cadre des Nouvelles routes de la soie sont bien prometteuses. Lors de sa visite en Chine du Président MACRON, les deux chefs d'Etat sont convenus d'explorer des projets de coopération concrets dans ce domaine. Je souhaite que chacun, avec enthousiasme et pragmatisme, dynamise cette coopération, qu'elle soit rapidement féconde et montre ainsi le rôle moteur du lien franco-chinois dans la relation entre la Chine et l'Occident.

Je vous remercie de votre attention.

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