S.E.M. ZHAI Jun, Ambassadeur de la République populaire de Chine en France répond aux questions de Jeune Afrique sur les relations et les coopérations sino-africaines
2018/08/28

L'ambassadeur de la République populaire de Chine en France répond pour Jeune Afrique à ceux qui s’inquiètent de la perte de souveraineté impliquée par la charge de la dette dans certains pays africains, notamment du fait des prêts accordés par Pékin.

Actuellement ambassadeur de la République populaire de Chine en France, Zhai Jun a été secrétaire général du Comité préparatoire de la partie chinoise du sommet du Focac en 2006, ministre assistant des Affaires étrangères entre 2006 et 2009, puis vice-ministre des Affaires étrangères en charge des affaires de l’Asie de l’Ouest et d’Afrique du Nord, des affaires d’Afrique et des affaires de l’Information entre 2009 et 2013.

Q : Les 3 et 4 septembre prochains se tiendra à Pékin le 7e Forum sur la coopération sino-africaine. Quelles annonces ou initiatives pouvons-nous en attendre ?

R : Ce sera un moment phare et faste dans l’histoire des relations entre la Chine et l’Afrique. Le thème de ce forum sera : « Chine et Afrique : vers une communauté de destin encore plus solide via la coopération gagnant-gagnant». De part et d’autre, nous nous efforcerons de lier ce thème à différents agendas comme « Chine et Afrique sur les Nouvelles routes de la soie », « l’Agenda ONU 2030 pour le développement durable », « L’agenda 2063 de l’Union Africaine », des stratégies de développement des différents États africains.

Nous nous efforcerons de franchir, un nouveau palier dans la coopération gagnant-gagnant. Notre vœu le plus cher est que la rencontre prochaine de Beijing entre les dirigeants chinois et africains, puisse porter notre partenariat stratégique global à un niveau encore supérieur.

Q : Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent de la perte de souveraineté qui pourrait découler d’une charge trop importante de la dette dans certains pays africains, et notamment à cause des emprunts contractés auprès de la Chine ?

R : Aucun pays africain ne s’est encore plaint de ce que sa coopération avec la Chine l’avait plongé dans une crise de la dette. Les analyses partiales de certains médias ne reflètent pas la réalité et ne peuvent se substituer aux jugements des gouvernements et des populations locales.

La question de la dette africaine est le résultat de causes historiques complexes combinées à un contexte particulier. On ne peut la réduire à un simple problème économique et financier alors qu’elle est le résultat d’un ordre économique international injuste et anormal. La Chine n’y est pour rien.

Bien au contraire, la Chine choisit soigneusement ses projets de coopération en évitant aux différents États d’aggraver leurs risques d’endettement et de peser sur leurs finances publiques. À en juger par les résultats, la présence chinoise en Afrique a plutôt contribué à améliorer l’environnement économique et les filières locales, à créer de l’emploi et à élever le revenu des populations.

La liaison ferroviaire Nairobi-Mombasa en est la meilleure illustration. Ce projet a créé 46 000 emplois, a permis d’acheminer 1,58 million de passagers, 112.000 containers standards, réduisant ainsi de 79 % les coûts du fret et de 40 % les frais commerciaux. Les coopérations économiques et financières sino-africaines sont très appréciées, tant par les dirigeants africains que par leurs populations.

Q : Des critiques s’élèvent contre un manque de transparence de la part des autorités chinoises sur les montants et l’utilisation des prêts octroyés aux pays africains. Que pouvez-vous leur dire pour les rassurer ?

R : Cette coopération se déroule au grand jour et n’a rien à cacher : depuis plusieurs années, le gouvernement chinois a publié un certain nombre de documents tels que « La politique africaine de la Chine » ou encore le « Livre blanc de la coopération économique et commerciale sino-africaine ».

Notre relation avec l’Afrique est fidèle au principe dit de « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise ». Nous facilitons par exemple des transitions allant de projets dirigés par les gouvernements vers des projets dirigés par le marché. À ce jour, la Chine a également envoyé en Afrique environ 25 000 personnels de santé qui ont procédé à 300 millions d’actes. Lorsque le virus Ebola faisait rage, c’est la Chine qui en premier a proposé son aide. Depuis 2016, nous avons aussi accordé des aides alimentaires d’urgence à 18 pays du continent. Je pense que quiconque avec un minimum d’honnêteté intellectuelle ne peut nier que la coopération sino-africaine est faite pour les peuples et par les peuples.

Q : Le Swaziland est le dernier pays d’Afrique à maintenir des «relations diplomatiques» avec Taïwan. Espérez-vous qu’il les rompe bientôt ?

R : Il n’existe qu’une seule Chine, et Taiwan est une partie inaliénable de son territoire. Le principe de l’unicité de la Chine constitue pour tout État la condition sine qua non et la pierre angulaire politique de toute relation diplomatique.

À ce jour, en Afrique, seul un pays n’a pas établi les relations diplomatiques avec la Chine. Je voudrais dire ici que la porte de la grande famille sino-africaine est largement ouverte. Je pense que personne n’a envie de rater l’occasion historique de monter à bord du train-express du développement chinois pour rester tout seul sur le quai.

Q : Une perception répandue de l’action de la Chine en Afrique est qu’elle cherche d’abord et avant tout sur le continent à se fournir en ressources naturelles (pétrole, gaz, minerais…). Est-ce selon vous une vision juste ?

R : Cela ne tient pas debout. D’abord, parce que le premier secteur d’investissements et de crédits concerne les infrastructures et non pas les matières premières. Ensuite, parce que les ressources pétrolières et minières sont majoritairement contrôlées par les entreprises occidentales qui parfois sont même en situation de monopole. La Chine achète certes de l’énergie et des matières premières à l’Afrique, mais n’est que très rarement propriétaire des structures qui les produisent.

Nous avons des coopérations énergétiques en Angola, au Tchad ou au Soudan, mais afin d’aider à l’intégration de l’amont et de l’aval de la filière pétrolière. Tous ces pays, qui étaient autrefois importateurs de pétrole, sont maintenant producteurs et exportateurs de produits de raffinage. Avant nous, aucun pays ne leur avait à notre connaissance proposé une aide de cette nature.

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