Discours de S.E.M. ZHAI Jun, Ambassadeur de Chine en France à la réception célébrant le 55e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France
2019/01/23

Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

C’est une grande joie pour moi que d’être parmi vous pour célébrer le 55ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Le 27 janvier 1964, les Gouvernements chinois et français ont publié un communiqué conjoint proclamant l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. La France devenait ainsi la première puissance occidentale à établir des relations diplomatiques au niveau d’ambassadeurs avec la Chine nouvelle. Cet événement historique a eu un impact majeur sur l’évolution de l’échiquier international et a ouvert une nouvelle page des relations sino-françaises.

Au cours des 55 dernières années, par-delà les évolutions respectives des deux pays et par-delà les vicissitudes de la vie internationale, nos relations ont poursuivi leur progression, dans le sillon tracé par nos grands hommes. En 2018, le volume des échanges entre nos deux pays a atteint environ 60 milliards de dollars américains et le nombre de touristes chinois en visite en France a dépassé les 2,3 millions, chiffres qui constituent tous deux de nouveaux records.

Actuellement, 46 000 étudiants chinois étudient en France et 110 000 élèves et étudiants français apprennent le chinois. Chaque semaine, des dizaines de vols relient les villes de nos deux pays. Jamais la relation entre la Chine et la France n’a été aussi étroite et jamais nos deux peuples n’ont eu autant envie de se comprendre et de se rapprocher qu’aujourd’hui.

Ainsi, à l’occasion de ce 55ème anniversaire, permettez-moi de rendre un hommage solennel aux fondateurs des relations sino-françaises, le président Mao Zedong et le général De Gaulle, ainsi qu’à tous les dirigeants chinois et français qui les ont suivis, et à tous ceux, qui par leur amitié, leur soutien et leur engagement, ont veillé à leur bon développement. A tous, j’adresse ici mes plus sincères remerciements.

Mesdames et Messieurs,

Chaque génération est porteuse d’une mission. Aujourd'hui, comme il y a 55 ans, nous nous trouvons de nouveau au carrefour de l'Histoire. Cette commémoration est l’occasion de nous rappeler le chemin parcouru ensemble, de maintenir vivace notre aspiration initiale, de développer plus avant nos relations, mais aussi de puiser dans l’histoire inspiration et motivation, d’unir nos efforts pour offrir à nos peuples et au monde entier un avenir meilleur.

Je suis convaincu que les trois principes qui sous-tendent la relation sino-française sont cruciaux pour notre monde et qu’il faudra à l’avenir leur donner une plus grande résonnance.

Le premier principe, c’est le respect mutuel. Aujourd’hui, l'information circule très vite et les pays sont interconnectés comme jamais auparavant. Cependant, les distances entre les individus ne sont pas abolies. Bien au contraire. On voit surgir, ici et là, des «murs» tangibles et intangibles. Le populisme relève la tête, révélateur des craintes et des angoisses que suscite la mondialisation.

Quand on repense aux années 60, assombries par le climat de guerre froide, si la Chine et la France, en dépit de visions géopolitiques, de réalités propres et de systèmes politiques différents, ont trouvé le courage de se rapprocher, cela s’explique par des intérêts communs, une quête partagée de l’indépendance nationale, mais surtout un même sentiment d’humilité et de respect pour la civilisation. Nos relations sont la preuve quotidienne, pour le monde entier, qu’il n’y a pas de contradiction entre demeurer soi-même et respecter l’autre. Ce n’est qu’en renonçant aux préjugés et aux disputes artificiels, ce n’est qu’en se respectant mutuellement du fond du cœur, ce n’est qu’en bâtissant sur les convergences sans s’attarder sur les différences, que chacun pourra être lui-même, que chaque pays sera plus solide sur ses bases et que le monde sera plus pacifique.

Le deuxième principe est le gagnant-gagnant. La France a été le premier pays occidental à participer, puis à bénéficier du processus de réforme et d'ouverture de la Chine. Tout récemment, lors de la grande cérémonie de célébration du 40e anniversaire de la Réforme et de l'Ouverture, Alain MERIEUX, président de la Fondation qui porte son nom, a été le premier des dix lauréat étrangers distingués de la médaille de la Réforme et de l’Amitié, à monter sur scène pour la recevoir. Qu’il s’agisse de la coopération bilatérale globale dans le nucléaire, du développement du groupe AIRBUS en Chine, ou encore du CLUB MED avec son actionnaire chinois, les exemples de nos coopérations gagnant-gagnant sont innombrables. Dans le contexte actuel de résurgence du protectionnisme et de jeux à sommes nulles, le succès de notre coopération est la preuve que les échanges internationaux ne sont pas une lutte à mort avec forcément un gagnant et un perdant, mais que des solutions mutuellement avantageuses existent bel et bien. Mais encore faut-il le vouloir.

La Chine est désireuse d’intensifier, dans un esprit de bénéfices réciproques, les coopérations dans les domaines stratégiques traditionnels comme le nucléaire, l’aéronautique, le spatial, tout comme elle souhaite travailler davantage avec la France sur l’agriculture, le numérique, la santé, le développement durable, l’intelligence artificielle et les autres secteurs émergents. Nous souhaitons profiter avec les Français de l’initiative des Nouvelles routes de la soie pour doper les coopérations en pays-tiers, partager les occasions de développement qu’apportent les temps nouveaux et construire ensemble cette communauté de destin que nous appelons de nos vœux.

Le troisième principe est la responsabilité. La Chine et la France sont deux puissances influentes sur la scène mondiale et héritières d’une histoire ancienne. Toutes deux sont animées par leur sens des responsabilités au service du bien public. En 2015, nous avons travaillé ensemble pour parvenir à l’« Accord de Paris » sur le climat. Or, à l’heure où certains se retirent de l’Accord et dans un climat international d’inquiétude, la Chine et la France non seulement n’ont pas réduit leurs engagements sur le climat mais, bien au contraire, les ont renforcés. Ainsi, en octobre dernier a été lancé le satellite océanographique sino-français CFO-SAT, en même temps que le lancement officiel de l’année sino-française de l’environnement. La coopération sino-française tous azimuts en matière d’environnement et de climat est non seulement utile à l’humanité dans son exploration des voies du développement durable, mais de plus, est stimulante pour la coopération en matière de gouvernance mondiale. Dans un contexte international complexe et mouvant, le multilatéralisme est remis en cause et la communauté internationale perd ses repères. L’Histoire a déjà prouvé que, unies, la Chine et la France pouvaient changer le monde. Aujourd’hui comme hier, le monde a encore besoin d’une relation sino-française forte et ambitieuse.

Mesdames, messieurs,

Il y a 55 ans, c’était en qualité d’élève du primaire que j’ai vécu l’établissement de nos relations diplomatiques. Aujourd'hui, en tant qu’Ambassadeur de Chine en France, c’est avec une profonde fierté que je constate ses importants succès.

L'ancien Premier ministre français, Edgar FAURE, a cité dans son livre intitulé « Le serpent et la tortue » un extrait d’un poème du président Mao pour exprimer ses attentes concernant l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Aujourd'hui, alors que nos relations entrent dans une nouvelle ère, je voudrais à nouveau faire référence à ce poème pour leur exprimer mes meilleures vœux : « Entre l’Est et l’Ouest, jetterons-nous un pont, afin qu’un jour, les hommes ne se souviennent plus qu’il y avait là, autrefois, un abîme infranchissable »

Vive l’amitié sino-française !

Suggest To A Friend
  Print