Discours de S.E.M. l'ambassadeur ZHAI Jun à la réception donnée en l'honneur de son départ
2019/06/26

Monsieur le Président, Cher Laurent Fabius,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les représentants des instances et entreprises chinoises,

Mesdames et Messieurs les représentants de la communauté chinoise en France,

Très chers collègues,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Bonjour à tous !

Inexorablement, le temps s'écoule. Depuis mon arrivée en France et ma prise de fonctions en janvier 2014, insensiblement, cinq années et demi ont passé. Au seuil de mon retour en Chine, je voudrais vous dire combien je suis heureux de me retrouver une nouvelle fois en présence de mes amis du monde sino-français, d'horizons si divers. Je vous remercie de votre présence et je garderai longtemps le souvenir de votre amitié.

En cet instant précis reviennent à ma mémoire des bribes de souvenirs de ces années de vie et de travail en France. Je revois aussi le président Xi Jinping, juste avant ma prise de fonctions, me rappelant combien était importante, au-delà des différences entre nos deux pays, la relation sino-française et combien il était nécessaire, dans un esprit de respect mutuel, de rechercher des convergences, de préserver et de développer notre relation bilatérale. Et c'est précisément dans cet esprit que j'ai travaillé depuis mon arrivée.

Depuis cinq ans et demi, en dépit des bouleversements intervenus sur la scène internationale comme dans nos pays respectifs, notre relation bilatérale n'a cessé de se développer avec constance et hauteur, rythmée par de fréquentes visites croisées de haut niveau, dans un contexte de confiance politique mutuelle chaque jour renforcée. Le président Xi Jinping s'est rendu trois fois en France et le président Hollande deux fois en Chine. Après quoi, ce fut, au début de l'année dernière, le grand succès de la première visite d'Etat du président Macron en Chine, qui prévoit d'y retourner avant la fin de l'année.

Une série de grands projets sino-français ont pris corps. Ainsi, le premier laboratoire P4 de Chine, construit à Wuhan, la centrale nucléaire de Taishan, 1er réacteur EPR au monde à être exploité, et la centrale de Hinkley Point, emblème de la coopération euro-chinoise en pays-tiers.

Du cinquantenaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France célébré en 2014, au 55e anniversaire de ce même événement, jusqu'au 100e anniversaire du mouvement des Etudiants-ouvriers chinois en France, nos échanges humains ont volé de succès en succès. La coopération sino-française en matière de gouvernance mondiale a franchi un nouveau palier, comme l'illustre symboliquement le grand succès de la Conférence de Paris sur le climat.

J'ai eu le privilège, comme témoin et acteur engagé, d'assister à ces instants historiques. C'est pour moi une grande fierté que d'avoir pu, à ma mesure, fait avancer la cause initiée par le président Mao Zedong et le général De Gaulle, et contribuer ainsi au développement des relations sino-françaises.

Durant mon mandat s'est aussi produit un événement inédit : la naissance du bébé Panda Yuanmeng, qui très vite est devenu le nouvel ambassadeur de l'amitié sino-française.

En cet instant précis, je suis submergé par un sentiment d'infinie gratitude. Si j'ai pu accomplir ma tâche dans d'aussi bonnes conditions, c'est grâce à l'aide des administrations de nos deux pays et des solides soutiens émanant de toutes parts.

Je voudrais avant tout adresser mes plus sincères remerciements aux services de l'Elysée, de Matignon, du Quai d'Orsay, ainsi qu'autres services centraux de l'Etat français pour leur grande disponibilité à mon égard.

En dépit d'analyses parfois divergentes dues à des contextes différents, nos deux pays sont tous deux pleinement conscients de l'importance de la relation sino-française et sont également animés d'un souci commun d'amélioration du bien-être de leurs citoyens. J'ai constamment pu apprécier le caractère compréhensif et respectueux de mes collègues français. La coordination avec mes services a toujours été d'une grande fluidité et j'ai toujours admiré la grande qualité, le professionnalisme et l'ouverture d'esprit de mes interlocuteurs.

Je voudrais également remercier de tout cœur mes amis parlementaires, les collectivités locales et leurs habitants. Depuis plus de cinq ans, j'ai sillonné votre territoire, me rendant dans 13 régions et sept départements et territoires d'outre-mer. Partout, j'ai fait l'objet du plus chaleureux des accueils et j'ai pu ressentir combien, dans vos territoires et dans vos régions, les Autorités comme la population sont désireuses de renforcer leurs liens avec la Chine. J'ai ressenti la force de nos complémentarités et l'ampleur des possibles. A ce jour, nos deux pays sont liés par plus de 100 jumelages entre villes et provinces, chiffre record en Europe. Je suis convaincu que si l'arbre de la relation sino-française parvient à s'enraciner profondément dans le terreau fertile des collectivités locales, alors, ses fruits seront magnifiques.

Je voudrais aussi remercier tous les amis ici présents, de tous horizons. En tant que premier ambassadeur non francophone en poste à Paris depuis bien longtemps, ma nomination ici était un nouveau défi susceptible de rendre ma tâche plus difficile. Mais en fait, depuis tout ce temps, à aucun moment je ne me suis senti mal à l'aise. Bien au contraire, grâce à l'aide de chacun, j'ai pu tisser d'innombrables amitiés mémorables. Cela montre, s'il en était besoin, que le dialogue entre les esprits peut surmonter la barrière de la langue.

Bien sûr, lors de chacun de mes discours, je m'efforce d'articuler quelques mots de français, et ma plus grande fierté est de parvenir à prononcer, sans trop l'écorcher, le nom de votre illustre écrivain Saint-Exupéry, ce qui me vaut à chaque fois la haute considération de mes collègues chinois admiratifs.

Enfin, qu'il me soit permis ici de remercier chaleureusement mes collaborateurs de tous les services de l'ambassade, mes plus fidèles « compagnons d'armes ». Depuis plus de cinq ans, chaque succès remporté dans mon travail est le fruit d'une collaboration et d'efforts conjoints, accomplis par vous tous, à tous les échelons et avec dévouement. Chacun de mes écrits, chacun de mes discours est nourri de votre labeur. Chaque année, nous recevons ici des centaines de délégations et le succès de chacune de ces visites est indissociable de votre travail acharné.

En cet instant précis, je ressens aussi une certaine tristesse. Hemingway disait : « Paris est une fête. Une fois que vous y avez vécu, il ne vous quittera jamais pour le reste de votre vie ».N'est-ce pas vrai aussi pour la France dans son ensemble ?

J'emporte, de mon expérience française, quantité de souvenirs merveilleux. De mes innombrables passages près de la tour Eiffel scintillante, aux plages de sable blanc de la Nouvelle Calédonie où j'admirais le reflet du ciel serein dans la mer transparente, en passant par cette polyphonie improvisée, en Corse, où en compagnie d'un vieux couple de Français nous entonnions « Le plus beau tango du monde » ; mes généreuses libations avec les paysans du Limousin découvrant le Moutai ; ma visite des chaines de production d'Airbus, fleuron de l'industrie française, celle de l'un des grands foyers de l'innovation européenne, le pôle de compétitivité de Grenoble...

Cinq ans et demi… ! C'est certes court et bien insuffisant pour connaître la France en profondeur. Mais, c'est suffisant pour tomber amoureux de ce pays pleins de charmes, de vitalité et d'humanité.

En cet instant précis, je suis plus confiant que jamais en l'avenir des relations sino-françaises. Il y a plus d'un demi-siècle, la Chine et la France, se sont rapprochées par leur conception unique de la civilisation et par leur quête incessante d'indépendance et de souveraineté. Elles ont brisé à elles deux le glacis de la guerre froide pour constituer ensemble un modèle emblématique de coexistence pacifique et d'avantages réciproques entre l'Orient et l'Occident.

Certes, aujourd'hui est très différent d'hier. Mais ce qui demeure intact, c'est notre sens du devoir et notre sollicitude à l'égard du monde. Face aux graves menaces que font planer l'unilatéralisme et le protectionnisme, l'humanité, une fois de plus, se trouve à la croisée des chemins de son Histoire. En tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies et grandes puissances mondialement influentes, nos deux pays doivent défendre la justice et le droit, guider le monde avec courage et détermination vers l'ouverture, le progrès et la coopération gagnant-gagnant. C'est là le choix inéluctable de deux civilisations anciennes comme la Chine et la France, qui par nature, sont vouées à la grandeur.

En mars de cette année, lors de la visite d'Etat du Président Xi Jinping en France, nos deux dirigeants ont procédé à un échange de vues approfondi sur les relations sino-françaises et sur une série de grands dossiers internationaux. L'ampleur de leurs convergences a envoyé au monde un signal fort en faveur du multilatéralisme et de l'amélioration de la gouvernance mondiale, insufflant ainsi une positivité, ô combien précieuse dans notre monde actuel, si incertain et instable.

Je suis convaincu que, mû par le respect mutuel, la recherche de terrains d'entente et d'une approche gagnant-gagnant, nos relations bilatérales pour la nouvelle ère resteront à l'avant-garde des relations qu'entretiendra la Chine avec les autres pays occidentaux !

Mesdames et Messieurs,

Bientôt, je m'en irai, emportant avec moi tous ces merveilleux moments de votre pays et l'affectueux souvenir de tous mes amis.

À l'avenir, où que je sois, jamais la France ne me quittera. Je serai pour toujours ami du peuple français. Je demeurerai attentif aux relations entre nos deux pays et ferai mon possible pour contribuer à leur bon développement.

Longue vie à l'amitié sino-française !

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