Discours de S.E.M. l'Ambassadeur Lu Shaye à la cérémonie d'ouverture du "Dialogue Franco-Chinois 2019"
2019/10/05

Monsieur Président de la CCI Paris Ile-de-France, Didier Kling,

Monsieur Président de la Chambre de commerce et d'industrie de Chine en France, Nhay Phan,

Monsieur Président européen du CEIBS, Dipak Jain,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je suis très honoré de participer au Dialogue Franco-Chinois 2019 et de prendre la parole devant vous. Tout d’abord, je voudrais exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à la CCI Paris Île-de-France ainsi qu’au CEIBS, pour leur engagement durant toutes ces années, au service de la coopération pragmatique sino-française. En voyant tant d’entrepreneurs réunis aujourd’hui, je prends une fois de plus la mesure de votre intérêt et de votre enthousiasme en faveur du renforcement de la coopération avec la Chine. Je suis donc très heureux de saisir ici cette occasion pour vous parler de l’économie chinoise et de la coopération sino-française dans le nouveau contexte.

Depuis un certain temps, on constate que certains pays s’obstinent dans des logiques unilatéralistes et protectionnistes, prenant même le risque de déclencher une guerre commerciale et de provoquer d'énormes incertitudes et pressions baissières sur l’économie mondiale. Le dernier rapport de l'OCDE montre que pour cette année et pour l'an prochain, les prévisions de croissance économique ont été ramenées respectivement à 2,9% et 3,0%, c’est-à-dire au plus bas niveau depuis la crise financière de 2008. Mais malgré cela, l'économie chinoise s’est montrée résiliente face à ces pressions exogènes. Nous venons de célébrer le 70ème anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine et on peut dire sans exagérer qu'après 70 ans d'efforts acharnés, l'économie chinoise est passée de l’échelle d’un étang à celle d’un océan et qu’elle est aujourd’hui capable de résister à toutes sortes de cataclysmes.

Sur long terme, les perspectives de la croissance chinoise demeurent bien orientées. La Chine dispose d’un immense vivier de ressources humaines, maîtrise la chaîne de valeur industrielle la plus complète. Elle possède le meilleur écosystème industriel et les meilleures infrastructures au monde et est engagée dans un processus de développement simultané en matière d’industrialisation de type nouveau, informatisation, urbanisation et modernisation agricole. C’est ce qui explique que, malgré les vents contraires, la Chine soit parvenue à maintenir un rythme de croissance de 6,3%, avec ses principaux indicateurs économiques contenus dans des fourchettes raisonnables. Le taux de chômage urbain stagne autour de 5%. Les ventes au détail ont augmenté de 8,4%. Il se crée en moyenne environ 18 900 entreprises par jour et nous déposons 7 brevets par minute. La Chine demeure donc une source de stabilisation et d’alimentation de l’économie mondiale.

La modernisation de l’économie chinoise s'accélère. Pendant cinq années consécutives, la consommation a été le principal moteur de l’économie et au cours du premier semestre de cette année, cette même consommation a contribué pour plus de 60% à la croissance. Les industries de pointe et les services, tout autant que les industries stratégiques émergentes, conservent un rythme de croissance soutenue. Depuis sept années consécutives, nous restons le N° 1 mondial pour le nombre de brevets déposés. L’évolution des habitudes de consommation, alimentée par l’appétence croissante des Chinois pour une qualité de vie meilleure, est en train de créer des opportunités commerciales inédites, faisant de la Chine un marché véritablement mondial. Les Galeries Lafayette réfléchissent à une nouvelle implantation à Shanghai et la première collection du nouveau Directeur de la Création du groupe Lanvin, présentée au printemps dernier en Chine, a remporté un formidable succès qui mérite d’être salué.

Le rythme de l'ouverture, loin de se ralentir, s’accélère. Le président Xi Jinping a répété maintes fois que "l’ouverture de la Chine est irréversible et ne fera que s’accentuer". La Chine a pris, à cette fin, une série de mesures ainsi que d’autres, destinées à accélérer la mise en place d’un environnement des affaires plus respectueux du droit, plus international et plus pratique. Parmi les 160 sous-secteurs des 12 principales catégories de services définies par l'OMC, la Chine en a ouvert près de 120, dépassant le niveau moyen des engagements des pays développés à en ouvrir 108. La Loi sur les investissements étrangers, qui entrera en vigueur au début de l'année prochaine, octroie le traitement national avant établissement aux capitaux étrangers, et conditionne les investissements au régime de la Liste négative. La loi, insiste sur la parfaite égalité de traitement entre capitaux chinois et étrangers, qui seront encouragés de la même manière. Pour finir, elle met un fort accent sur la protection de la propriété intellectuelle. Dans sa dernière mouture, la Liste négative est passée de 48 chapitres à 40 et devrait continuer à se réduire. Les mesures d'ouverture dans le secteur de la finance se succèdent. Grâce à l'amélioration constante de l'environnement des affaires et malgré le fort ralentissement de la circulation des capitaux transnationaux, l'utilisation réelle des capitaux étrangers par la Chine a augmenté avec régularité.

La Chine défend le multilatéralisme et le libre-échange par des actions concrètes. L’initiative de la “Ceinture et Route” est devenue l’un des biens d’utilité publique international les plus populaires, et la vision qu’elle véhicule remporte une adhésion croissante. La Chine accomplit avec rigueur ses engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique : l'année dernière, nos émissions de carbone par unité de PIB ont diminué d'environ 45,8% par rapport à 2005. Parallèlement, la Chine s'efforce de sauvegarder le système commercial multilatéral et de pousser la réforme de la gouvernance mondiale, y compris à l’OMC. La part de l’excédent commercial chinois ramenée à son PIB est tombée à 1% et la moyenne de ses tarif douaniers est descendue à 4,4%, ce qui est tout à fait comparable au niveau des pays développés comme les États-Unis ou ceux de l’Union européenne. Les produits agricoles sont taxés à 15,2%, soit seulement un quart du niveau moyen qui les frappe à l’international. Pour mémoire, notre taux maximal sur les produits agricoles est de 65%, alors qu’il atteint 408% dans l’Union européenne, 440% aux États-Unis et 1706% au Japon.

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Nous avons fêté cette année le 55ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Le partenariat stratégique, global, étroit et durable entre nos deux pays est entré dans une nouvelle ère et je ne doute pas que notre coopération, elle aussi, amorce une nouvelle dynamique prête à accueillir de nouvelles opportunités.

Premièrement, notre confiance politique mutuelle a atteint un nouveau palier. Au mois de mars dernier, le président Xi Jinping a effectué une deuxième visite d'Etat en France particulièrement réussie. Le président Macron se rendra à nouveau en Chine d’ici la fin de l’année, et la France sera l’Invitée d’honneur de la deuxième édition de l’Exposition internationale d’importation de la Chine. Ces visites croisées de nos deux chefs d’Etat dans la même année traduisent une nouvelle fois la singularité et le haut niveau des relations sino-françaises. Cela facilite la concertation sur les dossiers stratégiques, permet de renforcer la compréhension mutuelle et l’amitié entre nos deux chefs d’État, et offre de solides garanties politiques pour la coopération tous azimut entre nos deux pays.

Ensuite, je suis convaincu que la coopération win-win permettra de nouvelles percées. Nos domaines de coopération ne cessent de s’élargir avec de belles réussites à notre actif. Si la centrale nucléaire de Taishan, le satellite sino-français d’observation océanique, l’usine d’assemblage final d'Airbus à Tianjin, ainsi que d'autres projets représentent le visage le plus noble de notre coopération bilatérale, le cochon et le bœuf français qu’on voit dans les assiettes d’un nombre croissant de Chinois, les articles de mode dont la Chine raffole tant, et nos légions de touristes qui se rendent toujours plus nombreuses en France, représentent pour leur part, un aspect plus terre-à-terre de notre coopération.

Troisièmement, en faisant jouer nos complémentarités, nous pouvons conquérir de nouveaux espaces. L’industrie de pointe, la santé, l'environnement, les économies d’énergie, le numérique, les services financiers, le sport, les loisirs et d’autres filières d’excellence françaises sont en train de devenir de nouvelles pépites pour notre coopération. Notre implication conjointe dans l’édification de la “Ceinture et Route”, tout comme la recherche de projets sino-français en marchés tiers, constituent autant de nouvelles plateformes de collaboration. Le rapport de la CCI Ile-de-France publié en Mai dernier et intitulé « Les Nouvelles routes de la soie : Enjeux et opportunités économiques », montre bien le potentiel immense et particulièrement encourageant que recèle une coopération pragmatique dans ce cadre particulier.

Mesdames et messieurs, chers amis,

L'avenir de notre coopération, assurément, est promis à de grands succès. De part et d’autre, la volonté de travailler ensemble est manifeste. Néanmoins, transformer cette volonté en résultats tangibles nécessitera les efforts de tous.

Tout d’abord, nous devrons préserver l’excellent climat qui préside à notre relation. Pour les Chinois « une atmosphère détendue est toujours le prélude à de bonnes affaires ». Les turbulences qui étaient passées auparavant nous enseignent combien est précieux un bon climat de coopération, et combien lorsqu’il est mis à mal, il est difficile à restaurer. En effet, les dégâts peuvent affecter non seulement la coopération en cours, mais aussi son avenir. Gouvernements ou entreprises, le respect mutuel et la recherche de terrains d'entente doivent prévaloir en toute circonstance, ainsi que le souci constant de comprendre l’autre, ses intérêts fondamentaux et de s’abstenir de faire quoi que ce soit qui puisse le blesser.

Deuxièmement, nous devons enrichir ensemble le contenu de notre coopération bilatérale. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais bien que la Chine soit beaucoup plus ouverte aujourd’hui qu’il y a 40 ans, on entend beaucoup plus de critiques sur son ouverture aujourd’hui qu’il y a 40 ans. Cela tient surtout au fait que, si le marché chinois est plus ouvert, nos entreprises sont maintenant plus compétitives et objectivement, il est devenu plus difficile pour les entreprises étrangères de se maintenir et de consolider leurs positions sur notre marché. Cela oblige les entreprises étrangères à renoncer à l’espoir de l’argent rapide et facile qui les animait lorsqu’ils sont arrivés en Chine, au tout début de l’ouverture. Loin de ce schéma, il faut maintenant raisonner à long terme avec une approche stratégique, en creusant patiemment et profondément son sillon, détenir un solide savoir-faire, un produit ou un service hautement compétitif, et sortir leurs bottes secrètes pour espérer se faire une place au soleil sur un marché fortement concurrentiel.

Troisièmement, nous devons ensemble créer de nouveaux relais de croissance pour notre coopération. Il nous faut porter le win-win à plus haut niveau et pour cela, l’innovation est cruciale. Je souhaite aussi que nos entreprises aillent au-delà d’une simple relation client-fournisseur et nouent entre elles des liens de partenariat stratégique. Il faut travailler ensemble sur l’intégralité des chaînes de valeur industrielles, dans le nucléaire, l’aéronautique et l’agroalimentaire, mais aussi dans les filières innovantes telles que l’intelligence artificielle et l’économie numérique, en se projetant également ensemble sur les marchés tiers pour pouvoir garantir le ressort nécessaire à notre coopération.

Enfin, il nous faut préserver l’image positive que renvoie au monde la coopération sino-française.

Notre relation bilatérale doit être sous-tendue par l’adhésion de nos deux peuples. Or aujourd’hui, il existe chez beaucoup de gens des incompréhensions ou des préjugés sur la coopération sino-française. Certains craignent d’en être les perdants, d’autres la critiquent avec cynisme et vont même jusqu’à discriminer ou faire des difficultés aux entreprises chinoises. Cela nous oblige à nous exprimer davantage en mettant en valeur les aspects positifs et les success stories de la coopération sino-française pour laisser se déliter les discours mensongers, permettre aux gens de mieux discerner de quel côté est la vérité et ainsi, rallier davantage de compréhension et de soutien à notre cause commune. A cet égard, notre rencontre d’aujourd’hui tombe à point nommé.

Nous sommes aujourd’hui exactement à un mois de l’ouverture de la deuxième Exposition internationales d’importation de la Chine. Je voudrais donc, pour finir, souhaiter tout le meilleur aux entreprises françaises participantes, leur souhaiter de revenir avec plein de commandes. J’espère de tout cœur qu’elles contribueront à la notoriété et à la visibilité des produits français en Chine tout autant qu’au développement des relations sino-françaises et à la vitalité de notre coopération gagnant-gagnant.

Merci à tous.

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