Discours de S.E.M. l'Ambassadeur Lu Shaye au séminaire de haut niveau sur le 70ème anniversaire de la République populaire de Chine
2019/10/11

Monsieur le Ministre, cher Hubert Védrine,

Cher Monsieur Joël RUET , président du Bridge Tank,

Chers invités,

Mesdames et messieurs, chers amis,

Bonjour à tous !

Je suis très heureux d'assister au séminaire d'aujourd'hui. Cette année 2019 marque le 55ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Mardi dernier, 1er octobre, le peuple chinois a solennellement célébré le 70ème anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. En ce moment important, organiser un séminaire tel que celui-ci pour évoquer les relations entre la Chine et la France et au-delà, entre la Chine et le monde, me semble particulièrement utile et nécessaire. Je voudrais ici remercier le Bridge Tank pour la grande qualité de son travail, ainsi que chacun d'entre vous pour votre présence.

Les 7 décennies d'existence de la Chine nouvelle sont pour le peuple chinois celles de la maîtrise de son destin et celles d'extraordinaires mutations. En se redressant, en s'enrichissant, puis en devenant puissante, la nation chinoise a accompli un pas de géant vers l'avenir glorieux que représente sa grande renaissance. La Chine est désormais la deuxième plus grande économie du monde, la première puissance industrielle. Elle est N°1 pour le commerce de marchandises et pour les réserves de devises. Elle est la deuxième destination pour les investissements étrangers et est en passe de devenir le 1er marché de produits de consommation au monde.

La Chine a aussi établi le plus vaste système de sécurité sociale au monde, au service de la plus nombreuse population. Ce système couvre l'assurance retraite, l'assurance maladie, le revenu minimum, le logement et l'éducation. Il y a 70 ans, l'espérance de vie moyenne en Chine était de 35 ans. En 2018, elle a atteint 77 ans, bien au-delà des 72 ans qui constituent l'espérance de vie moyenne dans le monde. Au cours des 40 dernières années de réforme et d'ouverture, nous avons sorti plus de 800 millions de Chinois de la pauvreté, soit plus de 70% du nombre total d'individus dans la même période. Nous avons ainsi mis un point final historique à la misère extrême qui a hanté la Chine tout au long de ces millénaires et écrit un chapitre de légende du développement humain.

Au cours de ces 70 dernières années, en comptant sur ses propres forces et par ses efforts acharnés, la Chine s'est développée avec un succès prodigieux, trouvant empiriquement un modèle de développement socialiste aux caractéristiques chinoises convenant à sa réalité propre, et tout cela, principalement grâce à la direction du Parti communiste chinois.

La modernisation d'un grand pays de près de 1,4 milliard d'habitants est un phénomène inédit dans l'histoire de l'humanité. Nous ne pouvions attendre que quiconque nous procure le mode d'emploi et il n'était pas envisageable de copier les recettes de développement de tel ou tel autre pays. La Chine se devait donc de suivre sa propre voie, et pour ce faire, elle a pu compter sur une direction centralisée, unifiée et forte, dotée d'une détermination et d'un courage indispensables pour exécuter jusqu'au bout sa feuille de route. Sans cela, non seulement tout développement serait impossible, mais de plus, le pays risquerait de sombrer dans la division et l'effondrement, ce qui serait catastrophique pour le monde entier.

Ces 70 années de la Chine nouvelle ont également été 7 décennies de développement et de progrès communs pour la Chine et le reste du monde. En tant que plus grand pays en développement peuplé du cinquième de l'humanité, la Chine est un ardent défenseur de la paix et de la stabilité dans le monde. En même temps qu'elle embrasse le monde par ses liens et ses interactions avec le reste de la planète, elle s'inspire du monde et elle contribue au monde.

Nous sommes aujourd'hui un important stabilisateur au service de la paix à l'international, le deuxième plus grand contributeur au budget des opérations de maintien de la paix comme au budget ordinaire de l'ONU. Nous sommes le membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies qui fournit le plus important contingent aux forces de maintien de la paix de l'ONU. Au cours des 70 dernières années, la Chine n'a jamais été à l'origine de la moindre guerre ou du moindre conflit. Nous n'avons jamais envahi un pouce du territoire d'autrui. Aujourd'hui, notre pays est devenu la principale source du développement de la planète : entre 2013 et 2018, notre contribution à la croissance mondiale a dépassé les 28%. D'ici les 15 prochaines années, la valeur des biens et des services importés par la Chine dépasseront respectivement 30 000 milliards et 10 000 milliards de dollars. D'ici 2040, le rapprochement de la Chine et des autres économies du monde devrait créer une valeur de 22 000 à 37 000 milliards de dollars américains, soit entre 15% et 26% de l'économie mondiale.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Au cours de notre développement sont apparues diverses théories sur la « menace chinoise ». Celle brandie avec le plus de force aujourd'hui est celle du "basculement de l'hégémonie des Etats-Unis vers la Chine" ou encore de la "lutte sino-américaine pour l'hégémonie". Ces analyses démontrent une méconnaissance de la stratégie chinoise comme de la tendance générale que poursuit le développement dans le monde.

Historiquement, notre culture traditionnelle a toujours valorisé l'introversion et la modestie. L'hégémonisme ne fait pas partie de l'ADN chinois. La Chine reste le plus grand pays en développement avec un PIB par habitant ne se situant qu'au 72ème rang mondial. Pour nous, le développement demeure la priorité des priorités. Nous n'avons aucun goût pour les "jeux de pouvoir" sur la scène internationale. Nous aimons les partenariats mais tenons à rester non-alignés, car dans une alliance, il y a toujours un leader et un suiveur. A l'inverse, un partenariat suppose toujours l'indépendance et l'égalité des parties.

La voie, la théorie, le système et la culture du socialisme aux caractéristiques chinoises sont en constante évolution. Il s'agit-là d'une contribution de la sagesse chinoise à la modernisation des pays en développement. Mais, la Chine se garde bien de tout prosélytisme et de toute posture de donneur de leçon. Elle accorde son aide sans aucune condition politique et ne s'ingère jamais dans les affaires intérieures des autres pays. Elle poursuit depuis toujours une voie de développement pacifique et une stratégie d'ouverture mutuellement bénéfique, s'engageant aux côtés des peuples dans la construction d'une communauté de destin pour tous.

Aujourd'hui, notre monde est confronté à un nombre croissant de défis planétaires et aucun pays ne peut prétendre pouvoir se passer des autres. Ce dont les pays ont besoin, c'est de coopération gagnant-gagnant, et non pas de confrontation, ou pire encore, de brutalités unilatérales. Aucun peuple n'aime subir l'hégémonisme, qu'il soit ancien ou nouveau. Le monde entier devrait accepter l'idée que chaque pays jouisse des mêmes droits et que les affaires du monde soient traitées dans la concertation collective. Or le seul moyen d'atteindre cet objectif, c'est de défendre le multilatéralisme, d'agir dans les règles, et non pas, pour un oui ou pour un non, de se retirer des instances, de couper les ponts ou de construire des murs.

La médecine chinoise nous enseigne que « quand l'énergie est fluide, il n'y a point de douleur et que, là où il y a douleur, il y a blocage d'énergie ».

La réponse aux défis de la mondialisation passe obligatoirement par une coopération et une intégration plus profondes à l'échelon international. A cet égard, l'initiative de « la Ceinture et la Route » est une parfaite illustration pratique du multilatéralisme pour l'ère nouvelle. Elle incarne les principes de dialogue, de co-construction et de partage. Elle promeut l'ouverture, la protection de l'environnement et la probité. Elle vise, par le biais de la concertation sur les politiques, de l'interconnexion des installations, par la fluidification des échanges, par la circulation des capitaux et par l'adhésion des peuples, à optimiser plus largement l'allocation des investissements, des hommes, des technologies, des données et des autres facteurs-clé de production pour assurer une prospérité commune et une plus grande osmose entre les cultures. Telle est la proposition de la Chine pour parvenir à cette égalité des nations en termes de droits.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Il y a 55 ans, la France du général de Gaulle a été la première puissance occidentale à établir des relations diplomatiques au niveau d'ambassadeur avec la Chine nouvelle, modifiant ainsi en profondeur l'échiquier international et conférant aux relations sino-françaises une singularité unique.

Tout au long de ces 55 dernières années, nous avons été, pour le monde entier, un modèle de coexistence harmonieuse et de coopération équilibrée entre deux puissances d'Orient et d'Occident, ayant fortement contribué à la paix et à la stabilité, au développement et au progrès dans le monde.

Il y a quelques jours, le président Chirac nous a quittés et des millions de Chinois ont exprimé leur tristesse sur Internet. D'abord parce qu'il était un grand gaulliste, profondément attaché à la paix. Et ensuite, parce qu'il avait été l'ardent promoteur d'un monde multipolaire et un grand défenseur de la diversité culturelle. Il était également un stratège visionnaire fortement engagé dans le développement des relations sino-françaises et de la coopération sino-européenne.

Aujourd'hui, les relations sino-françaises sont en passe d'accueillir de nouvelles opportunités et de nouvelles perspectives de développement. Au mois de mars dernier, le président Xi Jinping a effectué une visite d'État en France particulièrement réussie. Le président Macron est à son tour sur le point de se rendre à nouveau en Chine. Nos deux pays pourront ainsi saisir cette belle occasion pour réaliser avec encore plus de détermination, des succès encore plus grands de nos relations bilatérales.

Nous sommes prêts à partager avec la France les opportunités de développement. La Chine est en train d'approfondir ses réformes dans tous les domaines et continue d'accroître son ouverture sur l'étranger. Les entreprises françaises qui souhaitent monter à bord du « train express du développement chinois » sont les bienvenues.

Nous sommes prêts à travailler avec la France pour développer notre coopération en marchés tiers, à combiner les atouts politiques, industriels et financiers chinois, avec la créativité, la culture et la connection humaine françaises, pour renforcer nos partenariats, pour donner un nouvel élan à la croissance économique mondiale et offrir au monde de nouvelles références en termes de modes de coopération.

Nous souhaitons, aux côtés de la France, défendre fermement le multilatéralisme, poursuivre le dialogue et la coordination sur des dossiers tels que le climat, la non-prolifération nucléaire et le développement durable. Nous souhaitons renforcer la coopération dans les enceintes multilatérales, notamment à l'ONU, pour l'amélioration continuelle de la gouvernance mondiale et préserver les intérêts communs de l'ensemble de l'humanité.

Il ne m'a pas échappé que nous sommes ici au palais Brongniart ; Brongniart qui est l'architecte à qui nous devons l'hôtel Montesquiou, nouveau siège de l'ambassade de Chine en France. Je vous sais tous ici très attachés à la relation et à la coopération sino-françaises. En tant qu'amis de la Chine, la porte de notre ambassade vous sera toujours ouverte.

Pour terminer, j'adresse mes vœux de succès les plus sincères à ce séminaire.

Merci !

Suggest To A Friend
  Print