Discours de S.E.M. l'Ambassadeur Lu Shaye devant le groupe d'Amitié France-Chine de l'Assemblée nationale
2019/10/25

Monsieur le Président Buon Tan,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je voudrais vous dire tout le plaisir que j’ai à me trouver aujourd’hui à l’Assemblée nationale pour vous rencontrer et dialoguer avec vous. Il y a trois mois, venant à peine de prendre mes fonctions, j'ai appris que le groupe d'amitié France-Chine était le groupe d’amitié le plus nombreux de l’Assemblée. J’y vois là l’illustration du dynamisme qui caractérise notre relation bilatérale. Vous tous, ici présents, en qualité de membres de ce groupe, suivez de près et soutenez le développement de cette relation. Un dicton chinois dit : « Plus on se voit, mieux on se connaît». Pour ma part, je suis impatient de devenir votre ami et j’espère que vous continuerez comme par le passé à prêter votre aide et votre précieux soutien à notre ambassade et à moi-même.

Pour le peuple chinois, cette année 2019 est une année charnière. Nous venons juste, le 1er octobre dernier, de fêter solennellement le 70ème anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Certes, comparée à celle des pays développés occidentaux tels que la France ou les États-Unis, l’histoire de la Chine Nouvelle apparait bien récente. Cependant, en seulement 70 ans, nous sommes parvenus à un niveau d’industrialisation comparable à celui atteint par l’Occident en plusieurs siècles. Nous avons hissé au rang de deuxième économie mondiale un pays qui se situait naguère en bas de l’échelle. Alors, beaucoup se demandent : mais comment la Chine a-t-elle fait ?

En octobre dernier, le vice-président américain Mike Pence s’est exprimé sur les relations sino-américaines avec un discours que l’on qualifie de « nouvelle déclaration de guerre froide ». Sa thèse générale était que la Chine, depuis plusieurs décennies, s’était développée en abusant de l’Amérique et en exploitant les failles du système. Je pense que ce type de propos dégradant ne mérite même pas de réponse. En effet, on imagine mal un grand pays comme la Chine, avec ses 1,4 milliard d’habitants, se développer grâce au vol, à la prédation ou en comptant sur la charité des autres pays. Qui peut croire qu’un pays aussi brutal que les États-Unis se laisserait abuser ? En vérité, le secret de la Chine est simple : nous avons réussi à saisir les opportunités qu’offrait la mondialisation économique et à libérer les énergies et le potentiel créatif de centaines de millions de nos concitoyens. Mais la raison fondamentale de notre succès est que, sous la direction du parti communiste chinois, nous avons trouvé la voie qui nous correspond le mieux : celle du socialisme à la chinoise.

En plaçant l’homme au centre de notre gouvernance, nous avons fait des aspirations de la population à une vie meilleur, un objectif de conquête.

Entre 1978 et 2018, 850 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté, soit plus de 80% du total mondial émancipé pendant cette période. Nous avons bâti le plus grand système de protection sociale au monde, comprenant une couverture retraite, maladie, revenu minimum, logement et éducation. Le système de retraite de base bénéficie à plus de 900 millions de personnes. L’assurance maladie de base couvre plus de 1,3 milliard de personnes. L'espérance de vie moyenne en Chine qui était de 35 ans en 1949 est passée à 77 ans en 2018, soit bien au-dessus de la moyenne mondiale de 72 ans.

Selon un sondage d'opinion indépendant réalisé par le Ash Center de la Kennedy School of Government de l'Université de Harvard, en 2014, 92,8% des Chinois se déclaraient satisfaits de la qualité de l’exercice du pouvoir au niveau central. Or, c’est principalement sur la satisfaction de la population que se fonde la légitimité du parti communiste chinois.

Notre système combine les avantages que procurent la vitalité des forces du marché, et la concentration du pouvoir socialiste indispensable aux grandes réalisations. Le tout organisé autour d’une planification stratégique exécutée avec efficacité.

En 2016-2018, pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat, la Chine a réduit sa capacité de production d'acier de plus de 150 millions de tonnes. Elle a réduit sa production de ciment de 190 millions de tonnes et ses émissions de dioxyde de carbone par unité de PIB de 46%. Récemment, on a vu circuler sur le net une série de photos sur l’aménagement du désert de Mu Us. Ces photos montraient que 80% des 42 200 kilomètres carrés de désert sablonneux à la frontière du Shaanxi et de la Mongolie intérieure avaient été transformés en zones boisées et végétalisées.

En près de 40 ans d’efforts inlassables, sur ses trois grandes façades septentrionales désertiques (nord-est, nord et nord-ouest) couvrant plus de 4 millions de kilomètres carrés, la Chine a planté 30,15 millions d'hectares de forêts, faisant passer la surface végétalisée de 5,05% en 1979 à 13,59% en 2019. Que d’efforts ! Que de persévérance pour parvenir à un tel miracle ! Aujourd’hui, qui d’autre au monde pourrait accomplir un tel exploit ?

La gouvernance chinoise s’appuie sur un système de coopération multipartite et de consultation politique sous la direction du Parti communiste chinois. On y pratique le centralisme démocratique. C’est la recette qui a permis à un pays de 1,4 milliards d’habitants, composé de 56 minorités ethniques, de vivre dans la cohésion, l’unité et la stabilité depuis si longtemps, tout en fédérant les intelligences et les forces de l’ensemble de la nation. En Chine, toutes les grandes décisions touchant à l’économie nationale et à la vie quotidienne des citoyens sont soumises à un processus consultatif standard. Ainsi, l’élaboration de notre Plan quinquennal de développement économique et social se déroule selon le schéma suivant : entre l’évaluation de l’exécution du plan précédent, la préparation du plan suivant, jusqu’à la phase finale où il est transcrit dans la loi, il s’écoule trois années durant lesquelles se succèderont des dizaines d’enquêtes de terrain et de débats d’experts, auxquels s’ajouteront d’innombrables ajustements résultant des larges consultations populaires et des avis des divers partis démocratiques.

Pour la formation et la sélection de nos cadres, nous valorisons l’expérience pratique du terrain pour parvenir à des nominations justes et promouvoir des hommes d’avenir. Prenons l’exemple du président Xi Jinping : on voit qu’avant d'entrer au Gouvernement central, il a exercé pendant 38 ans en province. Il a été Secrétaire du comité du Parti pour une brigade rurale, un district, puis maire, puis N°1 des provinces du Fujian, du Zhejiang et de la municipalité de Shanghai, administrant ainsi directement plus de 170 millions de citoyens. Ce n’est qu’après avoir longuement blanchi sous le harnais aux échelons les plus modestes, après avoir accumulé une riche expérience gouvernementale jalonnée d’importants succès, et fort d’une solide conviction politique qu’on a une chance de se distinguer et grimper, un à un, les échelons du pouvoir. Bien que la Chine ne soit pas constituée en démocratie électorale à l’occidentale, son système électif et sélectif garantit non seulement la compétence de ses dirigeants, mais aussi la popularité que leur confère le soutien de leurs concitoyens.

Bien entendu, en recherchant sa voie, la Chine a elle aussi connu beaucoup de vicissitudes. Elle a même commis de graves erreurs. Mais quelle aventure pionnière peut se faire sans errements ? De la révolution française de 1789 jusqu’à l’instauration finale de la République de 1870, la quête d’une république démocratique par le peuple français n’a-t-elle pas, elle aussi, été longue et tortueuse ?

Mesdames et Messieurs,

Le développement de la Chine s’accompagne aussi de son lot de théories sur la " menace chinoise ". On entend dire : « Maintenant que le lion de l’Orient s’est réveillé, le monde va trembler ». D’autres redoutent que la Chine exporte son modèle et la qualifient de « rival systémique ». C’est se tromper lourdement sur la stratégie de la Chine. Le président Xi Jinping a déclaré à Paris, lors de la commémoration du Cinquantenaire des relations diplomatiques sino-françaises en 2014, que le lion chinois s'était certes réveillé, mais qu'il était pacifique, sympathique et civilisé.

La nation chinoise est de tradition agraire. Elle porte en elle les caractéristiques d’un peuple attaché à sa terre et peu porté sur la conquête extérieure. C’est pourquoi la recherche de l’Harmonie a toujours été une valeur profondément ancrée dans la psyché chinoise. De fait, cette mentalité poussée à l’excès a conduit à des replis sur soi et des rejets du progrès, occasionnant à la Chine des retards et des revers. Le pays, dans son histoire moderne, a subi de graves humiliations. Mais maintenant, il y a longtemps que nous avons abandonné ces mauvaises habitudes, sans pour autant renoncer à nos valeurs de bienveillance, de quête de bon voisinage et d’Harmonie. En effet, depuis les 70 ans qu’existe la Chine Nouvelle, jamais nous n’avons provoqué de guerre. Jamais nous n’avons envahi un pouce de territoire de qui que ce soit. Bien au contraire, la Chine est devenue le deuxième contributeur au budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Elle représente le plus gros contingent de Casques Bleus parmi les membres permanents du Conseil de sécurité, et constitue de ce fait une force importante au service de la paix et de la stabilité mondiales.

Dans un monde globalisé, les destins de tous les pays sont étroitement liés. Le bonheur des uns ajoute au bonheur des autres, comme le malheur des uns ajoute au malheur des autres. Aucun pays développé sur le tard ne peut imaginer prospérer grâce à la guerre ou grâce au pillage de colonies, comme l’ont fait les Européens et les Américains au XIXème siècle. Même pour un pays aussi puissant que l’Amérique, déclencher une guerre ou une invasion ne pourrait que lui nuire. Par conséquent, la logique des relations internationales veut que la Chine ne pourra se développer qu’en comptant sur une coopération équilibrée avec le reste du monde. Elle ne saurait donc constituer, pour qui que ce soit, un envahisseur potentiel ou une menace.

Alors, bien sûr, certains diront: "La puissance de l’économie chinoise fait peur." Mais cela ne tient pas non plus ! Un pays comme les États-Unis, si tyrannique, si puissant, imposant des sanctions aux Etats à coups de justice extraterritoriale, bizarrement, ça n’inquiète personne ! La Chine aussi a le droit de se développer. 1,4 milliard de Chinois aspirent à vivre dans la même aisance que les Américains et les Européens. Le PIB chinois par habitant n’est que de 9 000 dollars, contre 50 000 ou 60 000 en Europe ou aux Etats-Unis. La Chine a donc encore du chemin à faire et on ne peut tout de même pas l’empêcher de se développer.

Le développement que préconise la Chine est un développement gagnant-gagnant. Nous ouvrons notre marché et plaidons pour la construction conjointe des Nouvelles routes de la soie afin de partager avec le reste du monde les opportunités de développement.

On entend dire aussi : « La raison pour laquelle nous craignons la montée en puissance économique de la Chine, c’est parce qu’elle n’est pas une démocratie. ». En Occident, il existe une théorie appelée "théorie de la paix démocratique". Cette théorie prétend qu’il ne saurait y avoir de guerre entre des pays démocratiques. Mais pourtant, ce sont bien des démocraties occidentales qui se sont affrontées lors des deux conflits mondiaux.

Mais quoi qu’il en soit, et a fortiori pour les questions de choix de voie de développement ou de modèle social, elles sont du ressort du droit naturel des Nations et devraient être respectées par tous. Personne ne devrait sur ce point se croire plus légitime qu’un autre. Si chacun traite l’autre avec respect et d’égal à égal, alors les peurs disparaîtront, et avec elles, les menaces.

Mesdames et Messieurs,

Cette année marque le 55ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. La France a joué un rôle particulièrement important dans le développement et la mondialisation de la Chine. L’esprit chinois, tout comme l’esprit français, demeure épris d’indépendance, d’ouverture et de tolérance, ce qui nous permet par-delà les idéologies, les systèmes politiques et les organisations sociales différents, de nous retrouver.

Depuis ces 55 dernières années, les relations sino-françaises ont toujours été pionnières parmi les relations entre la Chine et l’Occident. Dans le contexte actuel d’un retour de l'unilatéralisme, du protectionnisme et du populisme, la nécessité, l'importance et l'urgence du renforcement de notre coordination stratégique et de notre coopération gagnant-gagnant apparaissent avec encore plus d’acuité. En mars de cette année, lors de la visite du président Xi Jinping en France, nos deux chefs d’État ont décidé d’œuvrer à un partenariat stratégique global plus solide, plus stable et plus dynamique entre nos deux pays. Ils se sont accordés sur la nécessité de défendre le multilatéralisme et d’améliorer la gouvernance mondiale. Dans quelques jours, le président Macron se rendra de nouveau en Chine. Les relations sino-françaises se voient ainsi offertes de nouvelles et prometteuses perspectives.

Les députés français font les lois, contrôlent l’action du Gouvernement et sont des acteurs majeurs de la coopération décentralisée. Vous détenez un grand pouvoir d’influence sur l’orientation et sur la dynamique de nos relations bilatérales. En tant que membres du groupe d'amitié France-Chine, j'espère que, par la sagacité de vos conseils et la constance de votre soutien, vous pourrez prendre toute votre part au développement de notre coopération, dans la diversité de ses composantes.

Certes, il existe de grandes différences entre nos réalités nationales, entre nos traditions culturelles et nos idéologies. Sur certaines questions, nous pouvons avoir des analyses différentes. Mais il n’est question pour personne de changer l’autre. Les relations entre Etats sont identiques aux relations entre individus : elles doivent se fonder sur le respect mutuel et la recherche de terrains d’entente. Bien sûr, on peut devenir amis parce qu’on pense la même chose, mais aussi parce qu’on s’efforce de laisser de côté les divergences.

En tant qu’individus, les Chinois comme les Européens n’ont certainement pas pour habitude d’interférer dans les affaires de famille d’autrui. Il en va de même pour les Etats. Nous souhaitons que pour tout ce qui concerne nos propres « histoires de famille », comme Taiwan, Hong Kong, le Tibet, le Xinjiang ou les droits de l'homme, la France se montre respectueuse et compréhensive. C'est la condition sine qua non pour que se développe de manière saine et régulière la relation sino-française.

En tant qu'ambassadeur de Chine en France, je suis naturellement disposé à faire de mon mieux pour vous parler de la Chine sous tous ses aspects et de manière stéréoscopique pour mieux répondre à toutes vos interrogations, renforcer avec vous la compréhension et l'amitié entre nos deux peuples et contribuer au développement continu des relations sino-françaises.

Merci à tous !

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