Allocution de l'Ambassadeur Lu Shaye au dîner débat organisé par l'IFRI
2019/11/28

M. le Président Thierry de Montbrial,

Chers invités,

Mesdames et messieurs, chers amis,

Bonsoir ! Je suis très heureux de rencontrer les amis français ici présents au dialogue d’aujourd’hui. Merci à M. le Président de Montbrial pour son invitation. En cette fin d’année, je voudrais d’abord présenter ce que je pense de la situation internationale, du développement de la Chine et des relations sino-françaises et sino-européennes.

Cette année marque le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Le mur de Berlin s’est écroulé, mais le mur invisible de l’idéologie existe toujours. Au 21e siècle, certaines personnes sont toujours bouffies de la mentalité de la guerre froide, de la logique hégémonique et de la loi de la jungle. Se complaisant dans l’« érection de murs », les « retraits capricieux » et la « brutalité », elles ont mené les relations internationales dans un état chaotique. Les fondements de l’ordre international d’après-guerre ont été gravement érodés et minés, l’unilatéralisme et le populisme ont gagné du terrain et la tendance altermondialiste s’est intensifiée. Mais dans le même temps, de plus en plus de gens se rendent compte qu’avec le progrès de l’humanité, les divers pays sont devenus une communauté de destin avec des intérêts étroitement liés. La tendance à la multi-polarisation du monde ne changera pas, le courant de la mondialisation économique ne renversera pas la vapeur, et le multilatéralisme est en train de devenir le plus grand consensus de la communauté internationale.

30 ans après la fin de la guerre froide, la réalité montre pleinement que l’histoire de l’humanité n’a pas pris fin du fait d’un quelconque modèle ou système, et que la modernisation n’équivaut pas à l’occidentalisation. Le Président Emmanuel Macron a évoqué avec son franc-parler « la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde » et « la mort cérébrale de l’Otan ». Mais ce que je comprends de ce que le Président Macron voulait dire, ce n’est pas que l’Occident est fichu, mais que, face à un nouvel échiquier international, l’Occident doit redoubler de vigueur pour relever de nouveaux défis.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Cette année marque le 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Au cours des 70 dernières années, la nation chinoise a traversé un long chemin en surmontant divers obstacles et défis, et a transformé la Chine d’un pays extrêmement pauvre et arriéré en un pays relativement prospère et puissant. Elle a réalisé un bond prodigieux et inauguré une perspective radieuse du renouveau national. En tant que le plus grand pays en développement, peuplé d’un cinquième de la population mondiale, la Chine apporte, par son développement miraculeux, une contribution majeure à l’humanité.

La Chine est devenue un important ancrage stabilisant pour la paix internationale. La Chine est le deuxième plus grand contributeur au budget du maintien de la paix des Nations unies et le plus grand contributeur en Casques bleus parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle est le seul Etat doté de l’arme nucléaire au monde à promettre explicitement de ne pas utiliser l’arme nucléaire en premier et de ne pas l’utiliser contre les Etats non dotés d’armes nucléaires. Bien que les dépenses de la Chine en matière de défense nationale soient les deuxièmes plus importantes au monde, elles représentent moins du quart de celles des Etats-Unis, soit moins de 1,3% du PIB du pays en 2017, un pourcentage le moins élevé parmi les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.

La Chine est devenue le principal moteur de la croissance économique mondiale. Entre 2013 et 2018, la contribution moyenne de la Chine à la croissance économique mondiale a dépassé 28%. En 2018, les investissements directs étrangers (IDE) ont diminué de 13% dans le monde, tandis que les investissements étrangers en Chine ont augmenté de 4% pour atteindre 139 milliards de dollars. Le Fonds monétaire international prévoit que le taux de croissance économique mondial sera de 3% en 2019, son plus bas niveau depuis la crise financière internationale, alors que la croissance économique de la Chine devrait atteindre 6,2%, ce qui la place au premier rang des principales économies. Lors de la deuxième édition de l’Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE), qui n’a duré que six jours, la Chine a acheté pour 71,1 milliards de dollars américains des produits en provenance des pays du monde entier.

La Chine est devenue un acteur actif et le chef de file dans la gouvernance mondiale. Citons l’exemple de la lutte contre le changement climatique. La Chine met activement en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies, intègre le développement d’une civilisation écologique dans les dispositions d’ensemble du développement national et préconise l’idée dite : « L’eau limpide et la montagne verdoyante sont la fortune.» Entre 2016 et 2018, la réduction de la capacité de production d’acier a dépassé 150 millions de tonnes et celle de la production de ciment a dépassé 190 millions de tonnes. L’émission de carbone a été réduite de 46% en 2018 par rapport en 2005. À la fin de 2018, la capacité de production d’électricité hydraulique, éolienne et photovoltaïque en Chine a atteint respectivement 350 mille mégawatts, 180 mille mégawatts et 170 mille mégawatts, se classant ainsi au premier rang mondial. Nous avons pris des mesures concrètes pour mettre en œuvre l’Accord de Paris sur le climat et avons joué un rôle moteur dans la coopération internationale en matière de lutte contre le changement climatique.

S’émerveillant du développement de la Chine, de nombreux amis occidentaux ressentent également « de la peur ». Ils redoutent que la Chine ne prétende à l’hégémonie à l’image des États-Unis quand elle deviendra puissante. Ici, je veux leur dire : « Ne vous en faites pas. » Pays nourri d’une civilisation agricole, la Chine n’a aucun gène d’agression, d’expansion ou d’hégémonie, et ne joue jamais au « jeu du trône ». Dans l’histoire, nous n’avions qu’à essuyer des agressions, mais n’avions jamais pris l’initiative de battre les autres. Du point de vue de notre politique extérieure et de nos pratiques diplomatiques, nous sommes également une nation éprise de paix. Nous proposons de construire une communauté de destin pour l’humanité, en vue de résoudre les contradictions et les conflits auxquels le monde d’aujourd’hui est confronté, ainsi que de construire un monde beau, propre, ouvert et inclusif, marqué par une paix durable, la sécurité universelle et la prospérité commune. Nous proposons l’initiative « la Ceinture et la Route », afin de créer une grande scène de développement commun pour tous les pays, plutôt qu’une arène de rivalité. Selon un rapport d’étude de la Banque mondiale, cette initiative permettra de sortir 39 millions de personnes de la pauvreté dans les pays concernés, et d’accroître les échanges commerciaux des pays participants de 2,8% à 9,7%, les échanges mondiaux de 1,7% à 6,2% et les revenus mondiaux de 0,7% à 2,9%.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France il y a 55 ans, quelle que fût l’évolution de la situation internationale, les relations entre nos deux pays ont toujours été à l’avant-garde des relations entre la Chine et les pays européens ainsi qu’entre la Chine et les pays occidentaux, et ont érigé un modèle de coexistence harmonieuse entre l’Orient et l’Occident et de bénéfice mutuel entre grands pays. En mars dernier, le Président Xi Jinping a effectué une visite d’État en France avec succès, ce qui a ouvert un nouveau chapitre des relations sino-françaises. Il y a peu, le Président Macron a effectué une nouvelle visite en Chine et a participé à la deuxième édition de la CIIE. Les deux chefs d’État ont convenu de faire progresser le partenariat stratégique global entre la Chine et la France, orienté vers le monde, l’avenir et le peuple, si bien que les relations sino-françaises mènent toujours la course dans les relations entre grands pays.

La France est un grand pays clé de l’Union européenne(UE). La Chine soutient le processus d’intégration européenne, le développement et la croissance de l’UE et un rôle plus important de l’UE dans les affaires internationales. Ce n’est pas un signe de cordialité qui sonnerait faux, mais le fruit d’une mûre réflexion.

Premièrement, cela s’adapte à la tendance générale. Une Chine en perpétuel développement et une Union européenne en pleine croissance sont propices à la multi-polarisation du monde et à la mondialisation économique.

Deuxièmement, nous avons une vision identique. La Chine et l’UE sont toutes deux pour la construction d’un système économique mondial libre et ouvert et œuvrent activement à promouvoir le développement du multiculturalisme caractérisé par les échanges et l’inspiration mutuelle entre les différentes civilisations. Bien que leurs idéologies et leurs systèmes politiques soient différents, les deux parties peuvent se respecter mutuellement et trouver un terrain d’entente par-delà les divergences.

Troisièmement, la concordance des politiques. La Chine préconise le partenariat plutôt que l’alignement : dans une relation d’alliés, il y a inévitablement le chef et sa suite, alors que des partenaires sont indépendants et égaux. Et l’UE recherche l’indépendance et l’égalité. La coopération sino-européenne est propice au maintien du multilatéralisme et à la promotion de la démocratisation des relations internationales.

Quatrièmement, la complémentarité des atouts. Au cours des cinq dernières années, les entreprises de l’UE ont réalisé un chiffre d’affaires de plus de 1 700 milliards d’euros et un bénéfice net de plus de 100 milliards d’euros en Chine, alors que les entreprises chinoises ont réalisé un chiffre d’affaires de 760 milliards d’euros et un bénéfice net de plus de 22 milliards dans l’UE. La coopération entre la Chine et l’UE profite autant aux peuples des deux parties qu’au reste du monde.

La Chine est un partenaire fiable de l’Europe et nous espérons que l’Europe envisagera le développement de la Chine de manière d’égal à égal et objective et ne considérera pas la Chine comme une menace. Les deux parties doivent aller dans le même sens et travailler ensemble pour construire un partenariat pour la paix, la croissance, les réformes et la civilisation, ce qui revêt plus que jamais une importance stratégique, pionnier et globale, dans un contexte de multiplication des facteurs d’instabilité et d’incertitude dans la situation internationale actuelle.

Merci à vous.

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