Allocution de S.E.M. l'Ambassadeur LU Shaye au déjeuner du Chinese Business Club
2019/12/13

Monsieur Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre,

Monsieur le Président Harold Parisot,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Chers invités de marque,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Bonjour à tous ! Un grand merci à vous, Monsieur le Président Parisot, pour m’avoir invité en tant qu’hôte d’honneur à ce déjeuner du Chinese Business Club. Je suis très heureux de cette occasion qui m’est offerte de partager avec vous quelques réflexions sur l’actualité des relations sino-américaines et de la coopération sino-européenne.

Cette année marque le 40ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les États-Unis. Au cours de ces quatre décennies, cette relation a permis d’immenses réalisations. Elle a profité à l’un et à l’autre peuple, en apportant une immense contribution à la paix, à la stabilité et à la prospérité mondiales. Cependant, en mars 2018, le gouvernement américain a unilatéralement créé des frictions économiques et commerciales entre les deux pays, ceci depuis maintenant 20 mois. Les Faucons de Washington justifient cette attitude par trois thèses :

La première est celle de « l’Amérique, grande perdante ». Quelle absurdité ! En effet, tout au long de ces 40 années, la relation a été profitable dans les deux sens et personne n’y a gagné au détriment de l’autre. Selon le rapport du US-China Business Council, entre 2009 et 2018, les exportations américaines en Chine ont créé à elles seules plus de 1,1 million d'emplois aux États-Unis. En 2018, le déficit de la Chine en matière de commerce de services avec les États-Unis a atteint 48,5 milliards de dollars. Le commerce sino-américain a permis à chaque foyer américain d'économiser en moyenne 850 dollars par an. 97% des entreprises américaines interrogées ont déclaré que les relations commerciales avec la Chine leur étaient profitables. En 2017, le chiffre d’affaires cumulé des entreprises américaines en Chine avait atteint 700 milliards de dollars, dont plus de 50 milliards de dollars de bénéfices. Depuis le début des frictions commerciales entre les deux pays, on estime que les surtaxes américaines imposées aux 250 milliards de dollars de marchandises chinoises en 2018, coûteront 52,8 milliards de dollars par an aux consommateurs américains, soit en moyenne 414 dollars par ménage et par an. On voit donc par cet exemple que, quand la relation sino-américaine est saine et stable, le consommateur américain est loin d’être perdant et que, si elle se détériore, il n’a rien à y gagner.

La seconde théorie est celle du "découplage" entre l’économie chinoise et l’économie américaine. Cette idée ne résiste pas à l’analyse et est, de toute façon, totalement impossible. Selon les statistiques du Département américain du Commerce, la Chine est le plus grand partenaire commercial des États-Unis, son troisième marché pour les exportations, et sa plus grande source d'importations en 2018. L’année dernière, le volume des échanges bilatéraux US-Chine a dépassé 630 milliards de dollars et le stock d'investissements bilatéraux a dépassé 240 milliards de dollars. 60% des exportations chinoises vers les États-Unis sont produites par des sociétés étrangères en Chine, dont la moitié sont américaines. Les économie chinoise et américaine sont donc une part importante de la chaîne de valeur et de la chaîne d'approvisionnement mondiales. Vouloir les découpler aurait non seulement des conséquences catastrophiques pour l'économie mondiale, mais de plus affaiblirait gravement l'économie américaine. Actuellement, pour plus de 60% des entreprises membres de la Chambre de commerce américaine en Chine, la Chine est un marché prioritaire. Lors de la 2ème Exposition internationales des importations de Chine qui s’est tenue du 5 au 10 novembre dernier, plus de 190 entreprises américaines ont exposé, soit 18% de plus que pour la première édition. Avec une surface d'exposition de 47 500 mètres carrés, elles étaient les plus présentes. Selon les prévisions de nombreuses institutions, la Chine devrait cette année dépasser les États-Unis pour devenir le plus grand marché de consommation au monde. Se découpler de la Chine signifierait donc se couper des opportunités et se couper de l'avenir.

La troisième théorie est celle de la prétendue « victoire américaine ». Cette assertion est tout à fait trompeuse. Selon les données publiées par l’Administration générale des Douanes de Chine, les exportations chinoises vers les États-Unis ont diminué de 2,6% au premier semestre de cette année, les importations chinoises en provenance des États-Unis ont chuté de 25,7% et l’excédent commercial s’est accru de 12%. Cela prouve que la guerre commerciale ne peut mener au rééquilibrage commercial. Les économistes de Moody’s Analytics prévoient qu’une guerre commerciale généralisée entraînerait une réduction de 3,1 millions d’emplois américains d’ici 2021 et un taux de chômage de 6,6% dans le pays. Considérant que la Fed n’a plus de marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt, de nombreux économistes estiment que la probabilité d’une récession de l’économie américaine après 2021 est très élevée. Dans le même temps, malgré les pressions baissières accrues de l’économie chinoise en raison des impacts de la guerre commerciale, pendant les trois premiers trimestres de cette année, le PIB de la Chine a crû de 6,2% en glissement annuel, plus rapidement que les autres grandes économies. Au cours des dix premiers mois de l’année, le montant du commerce de marchandises de la Chine s'est élevé à 25,63 mille milliards de yuans (environ 3,6 mille milliards de dollars), soit une hausse de 2,4% par rapport à l'année précédente, poursuivant ainsi sa dynamique de croissance. Au cours de ces trois premiers trimestres, l’utilisation par la Chine de capitaux étrangers a atteint 100,8 milliards de dollars, soit une augmentation de 2,9% sur la même période de l’année dernière. Du petit étang qu’elle était, l'économie chinoise s’est muée en un océan, désormais capable de résister aux plus fortes intempéries. Par conséquent, face à la guerre commerciale, nous préconisons depuis toujours le règlement des questions par le dialogue et les négociations d’égal à égal. La Chine ne veut pas d’une guerre commerciale mais elle n’en a pas peur. Si l’on veut nous en imposer une, nous la ferons.

J'ai également remarqué que l'Europe est aujourd’hui très préoccupée par l'évolution des relations sino-américaines. La plupart des gens critiquent la brutalité des comportements unilatéralistes et protectionnistes américains. L’Union européenne qui a subi de nombreux coups de bâtons américains sous forme de fortes hausses des tarifs douaniers, comprend bien la position de la Chine. Cependant, il semble que trois sortes d'idées préoccupantes continuent d’avoir cours :

La première est que Trump a mis le doigt sur le bon problème, mais mis en œuvre la mauvaise solution. En d'autres termes, beaucoup en Europe souscrivent aux accusations américaines à l'encontre de la Chine, notamment en matière de respect des droits de propriété intellectuelle, de transfert de technologie forcés, de subventions aux entreprises d'État, etc. Mais, s’ils se donnent la peine de réfléchir, ils verront que ces accusations ne tiennent pas debout. Sans même parler du fait que les Américains n’ont jamais présenté la moindre preuve tangible à l’appui de leurs allégations, ces critiques défient la logique. La Chine est depuis sept ou huit années consécutives, le N°1 mondial en termes d’enregistrement de demandes de protection de droits. Elle est N°2 pour le nombre de marques protégées. Les redevances chinoises de droits de propriété intellectuelle versées aux sociétés étrangères s’élèvent à plus de 35 milliards de dollars par an, ce qui démontre de manière éclatante les progrès que nous avons réalisés sur ce sujet. Pour ce qui est des transferts de technologie, il s’agit-là de pratiques tout à fait courantes entre sociétés et il n’existe en Chine aucune disposition légale, ni aucune politique, obligeant les entreprises étrangères à nous transférer des technologies. En ce qui concerne les subventions, je serai bref puisque cela fait longtemps que le monde entier dénonce les subventions massives accordées par les USA et l’UE à leurs agricultures et à leurs industries de pointe. Je m’étonne juste que les Américains aient le toupet de critiquer la Chine sur ce point. La vérité, c’est que les États-Unis font une guerre commerciale à la Chine. Ils nous accusent de toutes sortes de choses mais leur objectif final n’est pas de résoudre leur déficit commercial ou de préserver un environnement commercial équitable, mais bien d’affaiblir la compétitivité de la Chine, d’empêcher son développement scientifique et technologique, et de stopper le développement de notre pays.

Deuxième idée inquiétante : la crainte qu’un possible accord sino-américain ne porte atteinte aux intérêts de l’UE. Je vous rassure tout de suite : autant craindre que le ciel vous tombe sur la tête. Cette guerre commerciale a été provoquée par les États-Unis. La Chine n’a fait qu’y répondre de manière appropriée et raisonnable. Le dernier round de consultations entre la Chine et les États-Unis a permis de réaliser des progrès substantiels, pouvant constituer une base solide pour un accord d’étape. Pour peu que les deux parties se respectent et négocient sur un pied d'égalité, elles peuvent tout à fait trouver une solution mutuellement acceptable. Au cours des négociations, la Chine a certes défendu vigoureusement ses droits et ses intérêts légitimes, mais jamais elle n’a tenté d’utiliser ou d’influencer des tiers, et encore moins de faire quoi que ce soit au préjudice de quiconque. Si la Chine et les États-Unis parviennent à un accord, les deux pays en seront les premiers bénéficiaires, mais les autres pays aussi, y compris la France. Qu'il s'agisse de négociations sino-américaines, euro-américaines ou de futures consultations sino-européennes, l’objectif général doit être le même : protéger ensemble le système commercial multilatéral fondé sur les règles de l'OMC et construire une économie mondiale ouverte.

Troisièmement, faire de petits calculs visant à tirer profit de la guerre commerciale sino-américaine. Ceci est une illusion vouée à se dissiper. Certains pensent que la guerre commerciale sino-américaine allègera la pression américaine sur l’Europe et offrira même de soi-disant « opportunités » à l’Europe. En réalité, l’apaisement et l’indulgence de l’unilatéralisme et de l’intimidation équivalent à la politique de l’autruche : même si cela leur apporte la tranquillité pendant un certain temps, ils finiront par affronter la cruelle réalité. Aujourd’hui, avec l’intégration profonde de la chaîne industrielle et de la chaîne de valeur, les frictions commerciales sino-américaines ont touché le monde entier et tous les pays sont des « parties prenantes ». Personne ne peut se tenir à l’écart et des compromis sans principes ne mèneront qu’à un chantage accru. N’oubliez pas que le bâton tarifaire américain pend toujours au-dessus des pays européens comme l’épée de Damoclès. S’agissant de deux grandes économies du monde et de deux forces importantes, le seul choix réaliste et correct pour la Chine et l’Europe consiste à œuvrer de concert pour préserver le multilatéralisme et défendre un système économique mondial ouvert et libre.

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

La mondialisation économique est une tendance historique irrésistible, telle un fleuve impétueux que rien ne peut arrêter. La Chine en est un bénéficiaire, mais encore davantage, un contributeur. Tout récemment, dans son discours d’inauguration à la 2ème Exposition internatioanle des importations de Chine, le président Xi Jinping a clairement présenté dans le détail les grandes mesures prises pour poursuivre l'ouverture du marché chinois, pour améliorer l’écosystème de l’ouverture, pour continuer d’améliorer l’environnement des affaires, continuer d’améliorer les coopérations bilatérales et multilatérales et poursuivre la construction en commun de l’initiative “la Ceinture et la Route”. Partant d’un nouveau seuil historique, l’ouverture de la Chine ne pourra aller qu’en s’élargissant.

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