Questions-réponses lors de la conférence de presse donnée par l'Ambassadeur de Chine Lu Shaye sur la lutte contre l'épidémie du nouveau coronavirus
2020/02/05

(le 5 février, 2020)

Le 5 février 2020, l'Ambassadeur Lu Shaye a tenu une conférence de presse à l'Ambassade au sujet de l'épidémie du Covid-19. Des dizaines de médias chinois et français y ont participé. Voici la transcription des questions-réponses.

TMC : Il y a une colère du racisme qui monte en France. En tout cas, la communauté chinoise en France a constaté un racisme en France. Est-ce que vous avez été confronté à ce racisme ? Et que faire pour lutter contre ce racisme ?

Lu Shaye : Il existe effectivement des cas discriminatoires, racistes ou xénophobes, mais j'aimerais bien croire que ce sont des cas isolés. Les voix de soutien à la Chine sont plus nombreuses. J'ai lu dans la presse et les réseaux sociaux des actes discriminatoires. Nous ne les approuvons pas. A ce moment où tout le monde se lance dans la lutte contre l'épidémie, la solidarité, la sympathie et la coopération sont les plus importantes, alors que les préjugés, le racisme et la discrimination sont à condamner.

L'Humanité : Est-ce que vous pouvez nous détailler un peu la nature de la coopération internationale notamment avec la France ? Et quelles aides particulières avez-vous besoin ?

Lu Shaye : Concernant la coopération internationale, il y a la coopération sur la recherche scientifique ; il y a la coopération sur la lutte contre l'épidémie, par exemple du soutien matériel. Le gouvernement français nous a fourni deux lots de matériels, qui sont très précieux pour nous. Et il y a aussi une coopération qui est d'accorder de la compréhension au gouvernement chinois. Par exemple, d'après la recommandation de l'OMS, il n'est pas nécessaire de couper totalement les déplacements de personnes et le commerce avec la Chine. Si les pays respectent et suivent les recommandations de l'OMS, c'est une coopération, c'est un soutien à la Chine.

Mandarin TV : On a constaté que de nombreuses équipes dans le monde sont mobilisées pour faire face à l'épidémie. Quelle est la situation de la recherche en Chine ? Et quelle est la coopération sino-française ?

Lu Shaye : La France est un pays très avancé dans la recherche dans le domaine médical. La France a des groupes, par exemple BioMérieux qui a eu de très bonne coopération avec la Chine. A Wuhan, il existe un laboratoire P4 qui a été construit en collaboration avec la France. Maintenant, pour la recherche et le développement de vaccin, des scientifiques chinois, français, américains et d'autres pays travaillent ensemble d'arrache-pied pour accélérer ce processus. Je pense que c'est très important. Mais bien sûr, la recherche et le développement de vaccins prennent du temps. Mais cette coopération nous encourage.

Le Monde diplomatique: Vous avez dit que l'OMS recommande de ne pas interrompre les relations économiques et les vols, mais le fait est que les États-Unis ont arrêté leurs vols, et que la Russie a fermé ses frontières terrestres, etc. Quelle vont être les conséquences du point de vue des exportations, et du point de vue de l'économie chinoise ? Est-ce que vous n'avez pas été surpris par l'ampleur de l'arrêt des vols venant des États-Unis et même de la Russie qui est un partenaire relativement privilégié ?

Lu Shaye : Face à cette épidémie jamais vue, des pays sont inquiets, c'est compréhensible. Mais il ne faut pas avoir des réactions excessives. L'OMS a des recommandations très claires qu'aujourd'hui, il n'est pas encore temps de couper totalement les liaisons de voyage et commerciales avec la Chine. Mais malheureusement, ce sont justement les États-Unis et certains d'autres pays développés, pourtant dotés de fortes capacités et de matériel avancé de prévention contre l'épidémie qui ont été les premiers à prendre des mesures de restriction excessives. Cette approche va au-delà du Règlement sanitaire international et des recommandations de l'OMS et même constitue des mesures sanitaires supplémentaires qui entravent de manière importante le trafic international.

Radio France: La porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères accusait même lundi les États-Unis d'avoir semé la panique. Est-ce que vous êtes d'accord avec cela ? Pour quelles raisons les États-Unis sèmeraient-ils la panique ?

Lu Shaye: Le résultat objectif est cela, la panique. Mais pour quelle raison, je pense que vous devez demander aux États-Unis, aux Américains.

Agence Associated Press : On a tous suivi avant ce virus tout ce qui s'est passé à Hong Kong, avec des manifestations qui ont duré des mois. On a l'impression que déjà à Hong Kong il y a beaucoup de gens qui sont manifestement mécontents du gouvernement de Pékin. Et là on voit des voix qui s'élèvent à Hong Kong pour dire qu'il faut fermer la frontière avec l'intérieur de la Chine. On a une grève à Hong Kong, les personnels soignants veulent que la frontière soit fermée entre Hong Kong et l'intérieur de la Chine. Est-ce que vous avez des craintes que ce virus accélère le processus des gens à Hong Kong qui veulent s'éloigner du reste du pays ?

Lu Shaye : Avec les mesures prises par le gouvernement central et le gouvernement local de Hong Kong, je ne pense pas que l'épidémie va se propager largement. Les mesures sont solides et efficaces. Disons que des personnels médicaux font la grève à Hong Kong pour forcer le gouvernement local de Hong Kong à fermer totalement la frontière entre Hong Kong et l'intérieur du pays de la Chine, je pense que c'est honteux. Parce que fermer totalement la frontière est en infraction avec les recommandations de l'OMS. Je pense que pour Hong Kong, maintenir la liaison avec l'intérieur de la patrie, c'est correct. Cette poignée de gens ne représentent qu'une minorité de médecins, d'infirmiers et d'employés médicaux. Ils utilisent la grève pour faire pression sur le gouvernement local, ce n'est pas honnête. Au moment où tout le monde se lance dans la lutte contre l'épidémie, où il y a déjà des cas confirmés à Hong Kong, ces gens-là ne travaillent pas pour sauver la vie. Leurs actions peuvent entraîner des conséquences très graves. Cela ne révèle que leur perversité. Ils ont déjà franchi la limite de la déontologie. On a constaté une politisation extrême des certains milieux à Hong Kong. Ce n'est pas un bon phénomène.

CCTV : Vous avez évoqué l'assistance matérielle accordée par les autorités françaises. Je voudrais savoir si vous pouvez aussi faire un bilan des dons faits par la communauté d'origine chinoise en France et par les Français ?

Lu Shaye : Jusqu'au 4 février, les dons matériels et financiers ont dépassé le montant total de 14 millions de yuans, y compris plus de 1,5 millions de masques, plus de 20 000 combinaisons de protection et d'autres fournitures comme les lunettes de protection, les désinfectants et les gants. Et nous avons reçu aussi du soutien de la population française. Par exemple, M. Philippe Folliot, député à l'Assemblée nationale, a fait un don de 10 000 masques de protection. Un sapeur-pompier retraité M. Sassu Frédéric a appelé notre ambassade pour nous exprimer sa solidarité, et il veut nous envoyer un chèque pour soutenir la lutte du peuple chinois contre cette épidémie. En Chine on dit que c'est dans les périodes difficiles qu'on voit les vrais amis. Leurs gestes amicaux seront gravés dans la mémoire du peuple chinois.

Phoenix Television : Des pays ont suspendu leurs vols vers la Chine. L'Ambassade de Chine a-t-elle donné des aides aux citoyens chinois en France pour retourner en Chine ? Pour ceux qui rendent visite à leurs familles en France, si leurs visas expirent, l'Ambassade de Chine leur fournira-t-elle des concours pour le renouvellement des visas et le retour en Chine?

Lu Shaye : Le gouvernement chinois a déjà organisé des rapatriements de citoyens chinois par vol charter depuis des pays voisins, comme le Japon, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie. En France, c'est différent, il n'y a pas en France un grand nombre de touristes chinois bloqués. Si Air France a suspendu leurs vols vers la Chine, les compagnies aériennes chinoises maintiennent leurs vols. Les touristes chinois en France ont des moyens de rentrer en Chine. L'Ambassade de Chine les appelle à prendre des mesures nécessaires pour rentrer en Chine et éviter d'être bloqués en France.

Le Figaro: comment expliquez-vous le fait que le nombre de décès au Hubei et à Wuhan est beaucoup plus élevé qu'ailleurs?

Lu Shaye: Au début de l'épidémie, par manque de moyens de diagnostic, de personnels et matériels médicaux, un grand nombre de cas suspects ne pouvaient pas êtres confirmés à temps, conduisant au retard de leur prise en charge. Mais aujourd'hui, le gouvernement chinois a construit deux hôpitaux d'une capacité totale de 2500 lits, et transformé des centres d'exposition et sportifs en centres de soins pour accueillir les patients aux symptômes légers. Avec cela, la situation s'améliorera considérablement.

Le Pont : Des centaines de milliers de Chinois et de Français d'origine chinoise vivent en France. Aujourd'hui, la communauté chinoise en France a mis en place un mécanisme de coordination contre l'épidémie. Selon vous, qu'est-ce que la communauté chinoise et les étudiants chinois en France doivent faire pour faire face à cette épidémie ?

Lu Shaye : Depuis l'éclatement de l'épidémie, notre ambassade est restée en étroit contact avec la communauté chinoise vivant en France. Nous leur avons donné des informations et des conseils utiles. Nous apprécions hautement la prise de conscience et la capacité d'organisation de la communauté chinoise pour se prémunir contre l'épidémie. Je dois dire que les mesures de prévention qu'elle a prises sont très pertinentes. Par exemple, l'annulation des manifestations de célébration initialement prévues pendant la Fête du printemps et le fait que les associations chinoises en France informent nos compatriotes qui se sont rendus en Chine pendant les 14 derniers jours de la nécessité de s'isoler à domicile dès leur retour en France. Notre ambassade aide aussi les étudiants chinois en France à mieux se protéger.

Le service de l'éducation de l'ambassade a publié des conseils de précaution et des facilités de formalité procédurale sur notre site Internet et notre compte WeChat. Nous continuerons à accompagner la communauté chinoise en France et leur donnerons des conseils et des aides en temps utile. Nous souhaitons que nos compatriotes en France puissent bien prendre soin d'eux. Nous tenons également à les remercier pour leur mobilisation dans l'expression de la solidarité et l'offre de dons aux zones touchées en France.

AFP : Sur les réseaux sociaux, on voit des villageois chinois qui ont très peur, qui barrent les routes menant à leurs villages. Donc il y a une crainte qui secoue la population chinoise. A part le Hubei, les villes de Ningbo, de Wenzhou et de Hangzhou de la province du Zhejiang ont aussi pris des mesures de confinement. L'ambiance est très tendue en Chine. Dans certaines villes, on ne permet qu'à une seule personne par foyer de sortir pour faire des courses tous les deux jours. Pensez-vous que cela va perdurer ? Est-ce que l'ordre social va rester stable ?

Lu Shaye: Je pense que les mesures prises par les différents gouvernement locaux sont basées sur la réalité de leur propre situation. Ce sont des caractéristiques de la société de base de la Chine. Comme vous avez dit, dans la campagne, des villageois se tiennent à l'entrée du village pour empêcher les personnes extérieures d'entrer. Cela reste dans le cadre de la loi et est en conformité avec les politiques antiépidémiques du gouvernement chinois. C'est de faire tout ce qui est possible pour empêcher la propagation du virus.

Des villes ont pris des mesures de confinement, mais tout en faisant cela, les gouvernements municipaux ont aussi pris des mesures pour assurer l'approvisionnement des produits de première nécessité de la population, même si dans des endroits, seule une personne par famille est autorisée à sortir tous les deux

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