Systèmes politiques et lutte contre l'épidémie : le grand dilemme
Observations d'un diplomate chinois en poste à Paris
2020/03/28

 

Après le déclenchement de l'épidémie de Covid-19, la Chine a enfin réussi, grâce à des efforts colossaux, à quasiment stopper sa progression dans tout le pays, depuis son épicentre à Wuhan. Néanmoins, l'épidémie continue aujourd'hui de se propager à un rythme accéléré aux quatre coins de la planète, avec un nombre de cas confirmés et de décès en augmentation inquiétante dans les pays européens.

 

Parmi les médecins français, nombre de spécialistes voient dans les méthodes chinoises une source intéressante d'inspiration. C'est notamment le cas de l'ancien Directeur général de la Santé, M. Lucien Abenhaim, qui a souligné que l'exemple chinois avait démontré que l'épidémie pouvait être stoppée, notamment grâce à deux moyens : d'abord, par un confinement strict. Ensuite, par un « micromanagement local » pour identifier chaque cas infecté et l'isoler.

 

Mais dans le même temps, il existe des spécialistes -qui font de la politique- et se demandent s'il convient ou non, d'adopter les méthodes chinoises. Pour eux, même si la Chine est parvenue à juguler l'épidémie sur son territoire, alors qu'elle ne cesse de s'envenimer en Europe, cela ne fait que mettre en évidence les limites de l'individualisme et de l'égoïsme de l'Occident sans pour autant démontrer la supériorité du modèle chinois. Le modèle « autoritaire » chinois ne présente donc aucun intérêt et mieux vaut au contraire se pencher sur l'expérience d'autres pays asiatiques performants dans leur lutte contre l'épidémie, comme la Corée du Sud, le Japon, Singapour et Taiwan qui, eux, sont des « démocraties ».

 

Tout d'abord, ces experts politiques commettent une erreur politique que je me dois de corriger : Taiwan n'est pas un pays ! Taiwan est une province de Chine et constitue une partie inaliénable de son territoire.

 

Ensuite, puisque la République de Corée, le Japon et Singapour, qui sont des démocraties asiatiques, parviennent à contrôler l'épidémie, pourquoi les vieilles démocraties comme l'Europe et les États-Unis, n'y parviennent-elles pas ? A l'évidence, la démocratie n'est pas un facteur déterminant dans la lutte contre une épidémie. Du coup, ceux qui font de la politique vont chercher des explications culturelles en arguant qu'en la matière, l'Occident et l'Asie sont différents. L'Occident met trop en avant l'individu, tandis que l'Asie, avec des citoyens doués d'un civisme supérieur, parvient à un meilleur équilibre entre le souci du groupe et celui de l'individu.

 

Il semble que la performance des uns ou des autres en matière de lutte contre l'épidémie n'ait pas de rapport direct avec leur système politique. La Chine « autoritaire » a fait du bon travail. Les « démocraties » asiatiques aussi. L'important, c'est le substrat culturel. Les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19 parce qu'ils ont ce sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales.

 

Et pourtant, ce n'est qu'une partie de l'explication car le système politique et la gouvernance ont malgré tout leur importance. Mais si les Sud-Coréens, les Japonais et les Singapouriens se comptent en millions, en dizaines de millions ou, tout au plus, en centaines de millions, pour les Chinois, l'unité de compte est le milliard. Ainsi, quand bien même la Chine serait aussi efficace qu'eux contre l'épidémie, elle fait face à une difficulté de 10 fois à 100 fois supérieure. Gouverner si bien, et même mieux que d'autres pays, une nation aussi immense sans un bon régime est absolument inimaginable.

 

Certaines personnes, dans le fond, sont très admiratives des succès de la gouvernance chinoise. Ils envient l'efficacité de notre système politique et haïssent l'incapacité de leur propre pays à faire aussi bien ! Alors, ils tiennent délibérément à coller à la Chine l'étiquette de « dictature » et peu importe les domaines dans lesquels elle se distingue puisqu'à leurs yeux, il n'y a rien à en apprendre. Dans le même temps, ils considèrent que la généralisation des tests à grande échelle, l'isolement des cas détectés et autres moyens de lutte efficaces sont le fait des pays asiatiques démocratiques, donnant ainsi l'impression que ce sont eux qui ont la paternité de ces méthodes et que de ce fait, l'Occident peut tranquillement y recourir. Mais comme chacun sait, le premier pays à y avoir eu recours, c'est la Chine. Et bien que la Chine soit étiquetée comme une « dictature », lorsque l'épidémie a commencé à faire rage partout, c'est à la Chine que le monde entier a demandé de l'aide et non pas aux États-Unis, « phare de la démocratie ». C'est la Chine qui a tendu une main secourable à plus de 80 pays. Ce ne sont pas les États-Unis.

 

Il est démontré que le confinement strict est le moyen le plus sûr pour stopper net l'épidémie. Peu importe qu'il émane d'une « dictature » ou d'une « démocratie », pourvu qu'il soit mis en œuvre. Comme disait Deng Xiaoping : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu'il attrape les souris. » Les virus ne font pas de politique.

Suggest To A Friend
  Print