Allocution de l'Ambassadeur Lu Shaye à l'occasion du Webinaire avec les entrepreneurs français
2020/05/07

(10 h 30, le 6 mai 2020)

Monsieur le Président Gentili,

Mesdames et Messieurs les entrepreneurs,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je suis très heureux de me retrouver avec vous, même si c’est par vidéo, dans le contexte particulier de la pandémie du COVID-19.

Le COVID-19 est un ennemi commun de l’humanité et exige une réponse collective de tous les pays. Depuis le début de l’épidémie, le président Xi Jinping et le président Emmanuel Macron se sont entretenus trois fois au téléphone pour exprimer solidarité et soutien mutuels, et nos deux pays ont maintenu une communication et une coordination étroites dans la lutte contre l’épidémie. Quand la Chine se trouvait dans la période la plus difficile, le gouvernement français et la société française, en particulier le milieu d’affaires français, nous ont tendu la main pour nous aider. Le gouvernement et le peuple chinois en sont très reconnaissants. Lorsque la situation en France devenait difficile, la Chine a fait don de beaucoup de matériels médicaux à la France et lui a fourni des facilités pour la mise en place et le bon fonctionnement du « pont aérien » en vue d’acheminer des matériels depuis la Chine. Les experts sanitaires des deux pays ont coopéré activement, je pense à la mise en place du mécanisme de consultations conjointes à distance et au partage d’expériences cliniques entre eux. Les instituts de médecine des deux pays ont aussi mené des recherches conjointes sur les réactifs de diagnostic rapide et les médicaments d’anticorps.

Le soutien mutuel et l’étroite coopération entre la Chine et la France dans cette épreuve ont une fois de plus illustré la grande qualité des relations bilatérales et la profonde amitié entre nos deux peuples. Comme l’a dit le président Xi Jinping, « la solidarité et la fraternité face aux épreuves sont une belle tradition des relations sino-françaises ».

Il va sans dire que la coopération sino-française a aussi subi des impacts de l’épidémie. Mais les bonnes nouvelles sont que la Chine a déjà pratiquement contrôlé l’épidémie et les activités économiques ont repris dans tous les secteurs ; et que les efforts de la France ont également obtenu des résultats positifs et le déconfinement commencera progressivement à partir de la semaine prochaine. Il est donc nécessaire pour nous de réfléchir ensemble comment redémarrer rapidement la coopération sino-française pour un plus grand développement après l’épidémie. Je voudrais profiter de cette occasion pour partager avec vous mes quelques réflexions sur l’économie chinoise et sur la coopération économique et commerciale sino-française.

D’abord, sur les mesures prises par la Chine en réponse aux impacts de l’épidémie sur l’économie.

Cette épidémie inattendue a inévitablement eu des impacts importants sur l’économie chinoise. Au premier trimestre 2020, le PIB chinois a baissé de 6,8% en glissement annuel, marquant la première croissance trimestrielle négative depuis 1992. Le PIB de la province du Hubei, région la plus touchée, a chuté de 39,2% en glissement annuel. Face à cette grave situation, le gouvernement chinois a pris des mesures fortes pour concilier la lutte contre l’épidémie et le développement économique et social, afin de limiter au maximum les impacts économiques.

D’une part, en favorisant le redémarrage ordonné de la production, des affaires et de la consommation. Ce travail a déjà commencé par région et par étape à partir de fin février, selon les situations des différentes régions. Aujourd’hui, 99,3% des grandes entreprises industrielles dans notre pays ont repris leurs activités. Selon les statistiques du réseau électrique, dans les secteurs des métaux non ferreux, de l’industrie pharmaceutique, de l’électronique, de l’industrie chimique, de l’acier, de la construction mécanique, la consommation d’électricité a atteint ou même dépassé le niveau de la même période de l’an dernier. Du point de vue des statistiques logistiques, les chiffres de chargements ferroviaires sont presque revenus à la normale, et les activités de livraison express ont largement dépassé le niveau de la même période de l’an dernier. J’ai remarqué que de nombreux médias français sont allés à Wuhan et d’autres villes chinoises pour faire des reportages. Je crois que tout le monde peut voir à la télé que bien que la majorité des Chinois portent encore des masques, l’économie chinoise est déjà en train de retrouver sa vitalité.

D’autre part, le gouvernement chinois aide par tous les moyens les entreprises à franchir les épisodes difficiles. Le gouvernement chinois a renforcé les efforts de régulation macroéconomique, mis en place une série de mesures ciblées, notamment en matière de subventions financières, de réduction et d’exemption fiscales et de cotisations sociales, de soutien de financement et de garantie d’approvisionnement, et a travaillé à alléger les charges des entreprises, comme les factures de loyer, de logistique, d’eau et d’électricité. En ce qui concerne les investisseurs étrangers et le commerce extérieur, un mécanisme de coordination a été mis en place pour aider les entreprises étrangères installées en Chine à résoudre leurs difficultés dans la reprise de la production, et assurer qu’elles bénéficient des mêmes politiques que les entreprises chinoises. Une étude menée par le Ministère chinois du Commerce auprès de plus de 8 700 entreprises à capitaux étrangers majeures en Chine montre que le 14 avril, 72,8% de ces entreprises ont repris plus de 70% de leurs activités.

Ce que je voudrais souligner en particulier, c’est que l’économie chinoise non seulement s’est remise progressivement de l’épidémie, mais aussi affiche de nouveaux avantages :

D’abord, l’avantage de la sécurité. L’expérience de la Chine montre que l’épidémie du COVID-19 peut être maîtrisée et contrôlée, et que nous pouvons réaliser une stabilité de longue durée de la production et de la vie de la population tout en maintenant des dispositions de prévention et de gestion antiépidémiques. Même pendant l’épidémie, les prix, les taux d’intérêt et les taux de change en Chine sont restés stables, et les besoins de base de la population ont été satisfaits. Au premier trimestre 2020, le revenu disponible par habitant en Chine a augmenté de 0,8% sur un an. Que ce soit en termes de santé publique ou d’économie, la Chine est l’une des destinations d’investissement les plus sûres dans le monde pour la période post-épidémie.

Deuxièmement, l’avantage du « premier sortant ». Parmi les principales économies du monde, la Chine est la première à sortir de l’épidémie et à reprendre les activités économiques. En mars dernier, l’indice des directeurs d’achats (PMI) et l’indice des activités non manufacturières en Chine ont rebondi respectivement de 16,3 et 22,7 points de pourcentage par rapport au mois précédent, pour revenir tous les deux au-dessus du seuil critique. D’après les dernières prévisions du FMI, la croissance mondiale de 2020 serait de -3% (moins trois pourcent), soit la pire performance depuis la Grande Dépression des années 1930, tandis que la Chine réaliserait une croissance de 1,2%, faisant d’elle l’une des rares grandes économies du monde qui peuvent réaliser une croissance positive. Pour 2021, les prévisions de la croissance chinoise sont revues à 9,2%, soit plus du double de celles des principales économies développées. Notre objectif de gagner la bataille de l’éradication de la pauvreté et de construire une société de moyenne prospérité sur tous les plans reste inchangé.

Troisièmement, l’avantage de l’innovation. Certes, les Chinois étaient confinés chez eux pendant l’épidémie, mais ils n’étaient pas restés sans rien faire. La consommation en ligne, l’éducation en ligne, le télétravail et la télémédecine ont fleuri partout. Au premier trimestre 2020, les secteurs de la transmission des données, des logiciels et des services informatiques ont affiché, à contre-courant, une hausse de 13,2% en glissement annuel, et les ventes au détail en ligne ont augmenté de 5,9%. De nouvelles formes d’activités économiques ont émergé et mûri pendant l’épidémie, et elles répondent aux besoins de l’économie d’avenir et la façonneront. La Chine possède déjà le système de paiement mobile le plus avancé au monde. Pendant l’épidémie, la Chine a vu la couverture et l’efficacité de l’écosystème de son économie numérique se renforcer considérablement. Les « infrastructures d’avenir », notamment les infrastructures informatiques de nouvelle génération et les infrastructures traditionnelles intégrées en profondeur avec les technologies de l’information, deviendront les nouveaux pôles de croissance d’investissements en Chine.

Pierre Picquart, professeur à l’Université de Paris-VIII, a conclu que compte tenu de la forte résilience de l’économie chinoise, de son industrie solide et de sa demande intérieure énorme, les impacts de l’épidémie sur l’économie chinoise seront de courte durée et contrôlables. Alors que de plus en plus d’entreprises reprennent leurs activités, l’économie chinoise regagnera le bon chemin et continuera à dynamiser l’économie mondiale.

J’aimerais maintenant parler des perspectives de l’économie chinoise.

Les amis qui connaissent la culture chinoise savent que pour nous les Chinois, dans une crise, le danger et l’opportunité coexistent en symbiose. Venir à bout du danger transformera la crise en opportunité. Je suis convaincu que l’économie chinoise s’en sortira plus forte et plus dynamique de cette épidémie :

Premièrement, parce que la position de la Chine dans la chaîne industrielle et la chaîne d’approvisionnement mondiales n’a pas changé. La structure actuelle de la chaîne industrielle mondiale est le résultat d’une longue interaction entre divers facteurs des économies du monde, tels que les coûts des facteurs de production, les installations industrielles et les infrastructures. La Chine doit sa position de pôle manufacturier mondial à ses atouts dans l’ensemble des industries, depuis l’amont jusqu’à l’aval de la chaîne industrielle. Cela ne s’est pas acquis du jour au lendemain, et ne peut pas être changé du jour au lendemain selon la volonté d’une personne ou d’une autre. Les efforts réussis de la Chine face à l’épidémie et la coopération qu’elle promeut dans la riposte mondiale à l’épidémie ont montré les forces du « Made in China » : ses capacités de production, ses installations industrielles complètes et sa grande adaptabilité. Certes, l’épidémie a des impacts sur les entreprises étrangères en Chine, mais il n’y a aucun signe qui montre que les capitaux étrangers se retirent massivement. Selon un sondage réalisé par la « American Chamber of Commerce in South China », 75% des entreprises américaines sondées ne changeront pas leurs plans de réinvestissement en Chine. Cela prouve que les atouts de la chaîne industrielle de la Chine sont toujours largement reconnus et qu’il est dans l’intérêt des entreprises étrangères de rester en Chine.

Deuxièmement, la détermination de la Chine à promouvoir un développement de meilleure qualité par la réforme et l’ouverture n’a pas changé. Comme le président Xi Jinping l’a souligné à maintes reprises : « La porte ouverte de la Chine ne se fermera pas, elle s’ouvrira encore plus largement ». L’entrée en vigueur officielle de la Loi sur les investissements étrangers et de son texte complémentaire le Règlement sur l’optimisation de l’environnement d’affaires à partir du 1er janvier 2020 a amélioré encore davantage l’environnement d’affaires chinois dans le sens du respect des règles du marché, de l’Etat de droit et des normes internationales, et permis de veiller à ce que toutes les entreprises enregistrées en Chine soient traitées de la même façon. Dans le contexte de l’épidémie du COVID-19, la Chine a encore simplifié davantage les formalités et les procédures concernant les investissements étrangers et favorisé la libéralisation et la facilitation de ces derniers. L’édition 2020 de la Liste négative d’accès au marché chinois assouplira encore plus les conditions d’accès des investissements étrangers, et l’édition 2020 du Catalogue des investissements étrangers encouragés sera plus longue. Le gouvernement chinois a récemment introduit de nouvelles mesures pour perfectionner les dispositifs et mécanismes favorisant l’allocation des facteurs de production selon les règles du marché, preuve de sa détermination à stimuler encore plus la créativité de la société et le dynamisme du marché.

Troisièmement, le rôle de la Chine en tant que moteur de la croissance économique mondiale n’a pas changé. La crise qu’affronte l’économie mondiale présente une nouvelle caractéristique, c’est-à-dire la demande et l’offre sont simultanément touchées. Cela signifie que pour promouvoir la reprise économique, des efforts doivent être faits tant du côté de l’offre que de la demande. C’est précisément là où se trouve l’atout unique de la Chine. Comme nous le savons, la Chine est non seulement l’atelier du monde, mais aussi un immense marché de 1,4 milliard de consommateurs. Elle est le deuxième plus grand importateur du monde depuis 11 années consécutives, les importations chinoises représentant plus de 10% du total mondial. Les efforts continus déployés par la Chine pour éradiquer la pauvreté, construire une urbanisation de type nouveau, faire monter en gamme la consommation et moderniser l’industrie donneront de nouvelles impulsions à la reprise et à une croissance soutenue de l’économie mondiale.

Chers amis les entrepreneurs,

La société économique est un système circulaire dynamique. Il est impossible qu’elle soit à l’arrêt pendant longtemps. A l’issue de l’épidémie, l’énorme potentiel et l’élan puissant du développement de la Chine se libèrent progressivement. Plus vous êtes confiants et courageux dans la coopération économique sino-française à l’issue de l’épidémie, mieux vous profiterez des atouts de l’économie chinoise et de ses perspectives prometteuses. A cet égard, j’ai quelques idées à partager avec vous :

Premièrement, saisir l’opportunité et explorer en profondeur le marché chinois. L’économie chinoise est entrée dans une phase marquée par un développement de qualité, où la consommation verte, la consommation informatique, la consommation numérique, la consommation intelligente et la consommation de santé sont devenues les nouvelles niches de croissance du marché chinois. Les entreprises françaises ont de nombreux atouts dans ces domaines et ont beaucoup à gagner à investir en Chine. Ceci dit, la concurrence sur le marché chinois étant de plus en plus rude, pour s’y faire une place et s’y installer solidement, il faut faire valoir son meilleur, et montrer ses produits et ses services les plus compétitifs, et il faut aussi s’inscrire dans une vision à long terme et consentir des efforts patients et minutieux.

Deuxièmement, faire preuve d’esprit novateur et oser prendre l’initiative. L’environnement d’affaires chinois toujours plus libre et plus ouvert offre de nombreuses possibilités d’innover. Je souhaite que vous puissiez établir des partenariats à long terme avec les entreprises chinoises, vous adapter ensemble avec eux aux nouvelles situations, créer ensemble de nouveaux modes de coopération et ouvrir ensemble de nouveaux horizons de développement. Tout en approfondissant la coopération dans les domaines traditionnels comme l’énergie nucléaire, l’aéronautique et l’agroalimentaire, allez développer activement de nouvelles coopérations dans l’intelligence artificielle, l’économie numérique, l’économie verte et la protection de l’environnement, etc. J’espère aussi que les entreprises des deux pays continueront à renforcer leur coopération dans les marchés tiers et à rechercher des opportunités de réussite dans le cadre de l’initiative des nouvelles routes de la soie (« la Ceinture et la Route »).

Troisièmement, faire entendre vos voix et défendre la bonne atmosphère de la coopération sino-française. La confiance politique de haut niveau et l’environnement de coopération favorable entre nos deux pays sont chèrement acquis. S’ils sont endommagés, cela non seulement affectera sérieusement les projets de coopération actuels, mais aussi les perspectives de coopération future. Ces derniers temps, certains médias français se sont servis de l’épidémie pour stigmatiser la Chine, avec par exemple des allégations diffamatoires contre le laboratoire P4 à Wuhan, projet de coopération emblématique entre la Chine et la France. Cela n’est pas favorable à une bonne atmosphère de coopération, et pourrait même nuire à l’image de la France et des entreprises françaises en Chine. J’espère que vous, en tant qu’acteurs de la coopération sino-française, raconterez aux Français vos histoires de réussite en Chine et montrerez les aspects positifs de la coopération sino-française, pour préserver la base populaire de notre coopération.

Mesdames et Messieurs,

L’épidémie du COVID-19 a une nouvelle fois démontré que l’humanité toute entière est une communauté de destins et que la Chine et la France sont de bons amis solidaires. Je compte sur les entrepreneurs de nos deux pays pour faire preuve d’esprit de coopération, tel que vous l’avez montré dans la lutte commune contre le virus, et favoriser, sur la base de la sécurité sanitaire, la reprise de la coopération sino-française la plus rapide possible, afin de réaliser un plus grand développement et de contribuer davantage au bien-être des populations de nos deux pays.

Merci !

Suggest To A Friend
  Print