Allocution de l'Ambassadeur LU Shaye à l'occasion de l'échange avec le groupe d'amitié France-Chine du Sénat
2020/06/09

Le 8 juin 2020, l’Ambassadeur LU Shaye a échangé avec le groupe d’amitié France-Chine du Sénat. Voici le texte intégral de son allocution :

Monsieur le Président Raynal,

Chers amis sénatrices et sénateurs du groupe d’amitié France-Chine,

Je suis très heureux d’échanger avec vous par visioconférence dans le contexte particulier de COVID-19.

Du 22 au 28 mai dernier, les deux sessions annuelles de l’APN et de la CCPPC se sont tenues avec succès en Chine. Les amis qui connaissent la Chine savent que c’est un événement important dans la vie politique chinoise. Les deux sessions de 2020 ont été reportées de plus de deux mois à cause de l’épidémie. Les agendas et les sujets ont aussi été réajustés par rapport aux sessions précédentes. Les sessions de cette année se sont focalisées sur plusieurs domaines majeurs :

D’abord, la stabilisation de l’économie chinoise. L’épidémie de COVID-19 a eu des impacts considérables sur l’économie chinoise et la vie des Chinois. Au premier trimestre 2020, le PIB chinois s’est contracté de 6,8% par rapport à la même période de 2019. L’investissement, la consommation et l’exportation ont tous baissé, les pressions sur l’emploi augmentent sensiblement, beaucoup d’entreprises sont dans la difficulté. Pour la première fois depuis de nombreuses années, le gouvernement chinois n’a pas fixé un objectif chiffré de croissance. Par contre, nous avons annoncé un accroissement de déficit budgétaire de 1 000 milliards de yuans par rapport à 2019, l’émission des emprunts d’État spéciaux totalisant 1 000 milliards de yuans pour lutter contre la COVID-19, ainsi que la réduction et l’exemption d’impôts et de cotisations sociales d’ordre de plus de 2 500 milliards de yuans. La priorité sera donnée au soutien des entreprises, notamment des PME, des microentreprises et des autoentrepreneurs, afin de stabiliser les fondamentaux de l’économie, tout en menant des efforts permanents de prévention de l’épidémie, et de jeter la base pour la reprise du développement économique et social après l’épidémie.

Deuxièmement, la garantie du bien-être de la population. L’emploi est la question la plus essentielle pour le bien-être de la population. Cette année, nous devrons créer plus de 9 millions d’emplois (y compris pour les 8,74 millions de nouveaux diplômés universitaires). Un mécanisme de transferts de paiements spéciaux a été établi pour assurer le versement direct des fonds de soutien aux instances des municipalités et des districts, de sorte que les entreprises et la population puissent en profiter effectivement. Nous avons aussi la détermination et la confiance de sortir de la pauvreté d’ici fin 2020 les habitants ruraux pauvres, définis selon les critères en vigueur dans notre pays (environ 0,6% de la population nationale).

Troisièmement, l’accroissement des investissements. Cette année, la Chine portera à 600 milliards de yuans les dépenses d’investissement dans le budget central, et émettra des obligations spéciales à hauteur de 3 750 milliards de yuans pour le compte des autorités locales, afin d’accroître l’investissement effectif. En conformité avec le nouveau concept du développement, l’accent sera mis sur le développement des infrastructures de type nouveau, comme les réseaux informatiques de nouvelle génération, la 5G et les véhicules à énergie nouvelle, sur la nouvelle urbanisation et les grands projets dans les domaines du transport et de l’hydraulique.

Quatrièmement, la promotion de la réforme. L’histoire des quarante ans de réforme et d’ouverture de la Chine montre que plus il est difficile, plus il faut réformer. La priorité demeurera la réforme structurelle du côté de l’offre. La réforme visant à décentraliser et simplifier les procédures administratives, concilier la régulation et la libéralisation et améliorer les services publics permettra de stimuler davantage le dynamisme du marché. Un plan d’action triennal de réforme des entreprises publiques sera mis en œuvre. Les entreprises privées auront un accès égal aux facteurs de production et aux politiques de soutien. Et nous nous efforcerons de bâtir un environnement des affaires qui soit conforme aux règles du marché, au droit et aux normes internationales. Nous allons élargir résolument l’ouverture de la Chine. La liste négative d’accès au marché pour les investisseurs étrangers sera largement réduite, et une liste négative du commerce transfrontalier des services sera mise en place. Une plus grande autonomie en matière de réforme et d’ouverture sera accordée aux zones pilotes de libre-échange. Nous allons créer un environnement du marché basé sur l’égalité de traitement et la concurrence équitable pour toutes les entreprises, chinoises ou étrangères. Le 1er juin dernier, le gouvernement chinois a rendu public Le plan général de développement du port de libre-échange de Hainan.

Cinquièmement, la préservation de la sécurité. La session de l’APN de cette année a examiné et adopté la décision sur la législation relative à la sécurité nationale à la Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong, en vue de combler la lacune de sécurité nationale révélée par les troubles liés au projet de loi d’extradition examiné à Hong Kong l’été dernier. Dans tous les pays du monde, légiférer sur la sécurité nationale relève du ressort de l’État. Cette décision n’affecte en rien l’autonomie de haut degré de Hong Kong, ni les droits et libertés de ses habitants, ni les droits et intérêts légitimes des investisseurs étrangers à Hong Kong. C’est un choix impératif pour garantir l’application solide et dans la durée du principe d’« un pays, deux systèmes ».

Sixièmement, le renforcement de l’État de droit. Un autre résultat important des deux sessions de cette année est l’adoption du Code civil. Le Code civil est la première loi à porter le titre de « Code » depuis la fondation de la Chine nouvelle. Son élaboration a pris plus de six décennies. Nous nous sommes inspirés de la structure rédactionnelle et des dispositions juridiques des Codes civils français et allemand. Le Code civil prévoit les droits et libertés fondamentaux des citoyens chinois et les garanties juridiques dont ils jouissent. C’est un jalon important dans l’édification de l’État de droit en Chine et un symbole majeur de la modernisation de la gouvernance du pays.

La tenue des deux sessions signifie que l’épidémie est sous contrôle en Chine. En même temps, la situation en Europe s’améliore aussi, les pays européens se déconfinent successivement, la vie économique et sociale reprend progressivement. Cette épidémie prouve une nouvelle fois que nous vivons dans un village planétaire et que l’humanité est une communauté de destin. Pour bâtir un monde plus sûr, prospère et juste, on doit poursuivre le multilatéralisme, renforcer la coopération internationale, améliorer la gouvernance mondiale et promouvoir une mondialisation plus verte, inclusive, équilibrée et bénéfique pour tous.

Dans la période post-COVID, la Chine poursuivra inébranlablement le développement pacifique et la politique étrangère d’indépendance et de paix. Nous n’avons aucune intention de prendre la place de quiconque, ni de dominer le monde, ni d’exporter le modèle, et encore moins de faire la guerre froide ou de nous découpler avec quelque pays que ce soit. La Chine considère l’Union européenne comme un pôle indispensable dans le monde multipolaire, une force stratégique pour la défense du multilatéralisme et un partenaire majeur qui apporte des opportunités de développement à la Chine, et vice versa. La Chine souhaite voir une UE qui soit unie, forte, indépendante stratégiquement et prospère économiquement avec son marché unique.

La France est une puissance au cœur de l’UE et un partenaire global stratégique de la Chine. Dans la lutte contre la COVID-19, nos deux pays ont maintenu une communication étroite et une coordination stratégique de haut niveau. Nos deux chefs d’État et nos Ministres des Affaires étrangères ont eu respectivement quatre entretiens téléphoniques depuis le début de l’épidémie. C’est plus qu’entre la Chine et tout autre pays. Non seulement nos deux pays ont fait preuve de solidarité réciproque face à l’épidémie, mais aussi ils ont coopéré étroitement dans les organisations et institutions multilatérales comme l’ONU, l’OMS et le G20 et exploré activement les possibilités de coopération en soutien à l’Afrique face à la COVID-19.

À l’issue de l’épidémie, la Chine et la France devront relancer au plus vite les agendas politiques et de coopération, faire en sorte que la relation sino-française continue à jouer un rôle stratégique, global et pionnier et insuffle des énergies positives dans un monde incertain comme jamais.

Nous avons à approfondir et à élargir la coopération, faire avancer les grands projets de coopération stratégique dans l’énergie nucléaire, l’aéronautique et l’aérospatial, coopérer plus dans les domaines de la santé, de la protection de l’environnement, du développement durable, de l’intelligence artificielle et de la high-tech, pour créer plus d’opportunités aux entreprises et à l’emploi dans nos deux pays. Les efforts chinois pour approfondir la réforme, élargir l’ouverture, investir dans les infrastructures et l’urbanisation de type nouveau et les grands projets, promouvoir la coopération dans le cadre de l’initiative « La Ceinture et la Route », tenir la troisième édition de la Foire de l’importation de Shanghai : tout cela créera plus d’opportunités pour la coopération sino-française.

Nous avons à continuer de faciliter les échanges entre nos peuples. Nous devrons, sur la base du respect mutuel, chercher ce qui nous unit au-delà de nos divergences. Pour ce faire, il faudrait intensifier les échanges et la coopération entre les parlements, partis politiques, collectivités locales, médias, think tanks, universités. Je pense également à l’Année 2021 sino-française du tourisme culturel, qu’il faut planifier dès maintenant pour en faire une réussite.

Nous avons aussi à défendre ensemble le multilatéralisme, à nous coordonner davantage et jouer un rôle leader sur les agendas importants mettant en jeu le bien-être de l’humanité, tels que la réponse au changement climatique, la biodiversité, la réforme de la gouvernance mondiale notamment en matière de commerce et de santé, en vue de favoriser l’avènement d’un monde multipolaire et des relations internationales plus démocratiques. La pandémie n’est pas encore terminée dans le monde, la Chine et la France devront renforcer davantage la coopération internationale contre le virus, surtout appuyer plus énergiquement l’Afrique et les PMA dans cette épreuve.

Chers amis sénatrices et sénateurs,

Vous jouez un rôle de pont entre le gouvernement central et les collectivités locales et entre le monde politique et la population. Votre influence est particulière dans la vie politique française. Le groupe d’amitié France-Chine porte intérêt à la Chine, soutient l’amitié sino-française et œuvre en faveur de la coopération de nos deux pays. Je souhaite resserrer des liens de confiance et d’amitié avec vous, et échanger avec vous en toute sincérité sur les questions d’intérêt commun, pour contribuer ensemble au progrès du partenariat global stratégique sino-français et à la coopération sino-française. Sur les questions qui touchent à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine, comme la question de Taiwan, pas mal de sénateurs français n’en connaissent pas assez. J’espère que vous pourrez nous aider à expliquer sur ces questions, en vue de protéger le climat propice au développement des relations bilatérales.

Merci de votre attention. Je suis prêt à répondre à vos questions.

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