Allocution de l'Ambassadeur Lu Shaye à la visioconférence avec les leaders d'entreprises membres du Comité France Chine
2020/06/18

Le 17 juin 2020, l'Ambassadeur Lu Shaye a participé à la visioconférence avec les leaders d'entreprises membres du Comité France Chine. Voici l'intégralité de son allocution :

M. le Président Jean-Louis CHAUSSADE,

M. le Président Jean LEMIERRE,

Mesdames et messieurs les chefs d'entreprises membres du Comité France Chine,

Mesdames et messieurs, chers amis,

Je suis très heureux d'échanger avec vous par visioconférence. C'est une occasion pour nous de discuter de la coopération économique et commerciale entre la Chine et la France dans l'après-COVID-19.

Je pense que, tout comme moi, vous suivez depuis quelques mois de très près la situation de l'épidémie et la reprise économique dans le monde. La Chine, au prix de durs efforts, a été le premier pays à sortir de l'épidémie et à reprendre les activités économiques. Les mesures mises en place en France ont également abouti à des résultats tangibles et la France va bientôt entrer dans la troisième phase de déconfinement. Désormais, la Chine et la France devront toutes les deux travailler à la reprise du développement économique et social, tout en bien gérant la situation sanitaire. Dans ce contexte, la visioconférence d'aujourd'hui arrive à point nommé. A cette occasion, je voudrais partager avec vous mes réflexions sur l'économie chinoise et la coopération économique et commerciale sino-française dans l'après-COVID-19.

Mesdames et messieurs, chers amis,

Cette épidémie a eu des impacts sans précédent sur l'économie mondiale. La Chine n'en est pas à l'abri. Au premier trimestre 2020, le PIB de la Chine a baissé de 6,8% en glissement annuel. Durant les quatre premiers mois de cette année, le volume des ventes au détail des articles de consommation a chuté de 16,2% en Chine, le commerce extérieur a baissé de 4,9%, et le taux de chômage s'est élevé à environ 6%. Cependant, depuis avril, avec l'amélioration de la situation épidémique et la reprise progressive des activités, les principaux indicateurs économiques de la Chine se sont améliorés continuellement : la valeur ajoutée des grandes entreprises industrielles a repris sa croissance positive ; l'indice de production dans les services, les indicateurs de consommation des ménages, d'investissements en capital fixe et de commerce extérieur ont vu leur baisse s'atténuer. L'indice des directeurs d'achat du secteur manufacturier et l'indice d'activité des entreprises non manufacturières sont restés supérieurs à 50 qu'est la ligne d'expansion depuis trois mois consécutifs. Les activités dans tous les secteurs sont progressivement revenues à la normal.

Comme vous l'avez sans doute remarqué, à la fin du mois de mai, les sessions annuelles 2020 de l'APN et de la CCPPC, qui avaient été reportées en raison de l'épidémie, se sont tenues avec succès. Lors des deux sessions, des dispositions ont été prises en vue de la reprise et du développement de l'économie chinoise dans l'après-COVID-19. Cela a transmis au monde un message clair : la Chine a la confiance et la détermination à maintenir le développement sain et durable de son économie tout en assurant la bonne gestion de l'épidémie. Beaucoup de ces dispositions prises sont étroitement liées aux entreprises étrangères en Chine, dont bien sûr les entreprises françaises.

Ces dispositions visent tout d'abord à stabiliser les fondamentaux de l'économie chinoise. Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement chinois a mis en place plus de 90 mesures dans 8 domaines, notamment budgétaire, fiscal, financier, de la sécurité sociale, de l'emploi et des loyers, pour soulager les difficultés des entreprises et assurer la fluidité de la chaîne d'approvisionnement. Beaucoup de ces mesures resteront en vigueur jusqu'à la fin de cette année. Nous insistons pour que les entreprises chinoises et étrangères bénéficient du même traitement et que les entreprises étrangères en Chine aient un accès égal aux mesures de soutien. En ce qui concerne le déconfinement, une question essentielle pour vous, le gouvernement chinois élargira les dispositifs de « voies rapides » (fast track) pour faciliter la mobilité de personnes entre la Chine et les pays étrangers, et il accélérera la mise en place de « corridors verts » pour l'importation de matières premières et de pièces détachées, afin de garantir la mobilité tant humaine que matérielle nécessaire aux activités des entreprises installées en Chine. Dans un esprit de réciprocité, nous espérons que la partie française accordera rapidement des facilités aux personnels des entreprises chinoises pour leur arrivée en France.

Deuxièmement, ces dispositions visent à accroître la demande intérieure et à promouvoir la montée en gamme de l'économie chinoise. Le taux de contribution de la consommation à la croissance économique de la Chine a déjà dépassé 60%. Dans le contexte de la baisse de la demande extérieure, cette année, nous allons pousser activement le rebond de la consommation, augmenter les investissements dans les infrastructures de type nouveau, les nouvelles activités économiques et l'urbanisation de type nouveau, afin de renforcer davantage le rôle de la demande intérieure dans l'économie chinoise. Il convient de souligner que la Chine renforce sa demande intérieure en s'ouvrant sur le monde entier, ce qui offrira davantage d'opportunités aux entreprises étrangères. En particulier, la Chine compte 400 millions de personnes à revenus moyens, qui ont une demande croissante en produits moyen et haut de gamme. C'est très encourageant pour les entreprises françaises qui sont très attentives à la qualité et à la personnalité des produits et des services. En novembre 2020, nous organiserons comme prévu la troisième édition de la Foire de l'importation de Shanghai. Nous invitons les entreprises françaises à mettre à profit cette importante plateforme pour mieux exploiter le marché chinois.

Troisièmement, elles visent à approfondir la réforme et stimuler la vitalité du marché. L'expérience de la Chine au cours des plus de 40 ans de réforme et d'ouverture montre que, plus la situation est difficile, plus nous devons poursuivre la réforme. Il y a peu, la Chine a publié deux documents de réforme importants : l'un sur l'accélération de l'amélioration du système de l'économie de marché socialiste, et l'autre sur le perfectionnement des dispositifs et mécanismes en matière de répartition des facteurs de production selon les règles du marché. Une série de mesures et de politiques ont été annoncées, notamment celles visant à appliquer intégralement le système de la liste négative d'accès au marché et à promouvoir la concurrence équitable entre les entreprises chinoises et étrangères. Cela démontre pleinement la philosophie et la détermination du gouvernement chinois à stimuler, à travers la réforme, les forces productives et la créativité de toute la société et à dissiper l'impact de l'épidémie sur l'économie. Cela ouvrira aux entreprises étrangères des perspectives de développement plus prometteuses.

Et quatrièmement, stabiliser l'utilisation des capitaux étrangers et promouvoir le développement par l'ouverture. Sous le choc de l'épidémie, la tentation du repli sur soi s'intensifie à nouveau dans certains pays, qui redoublent même de méfiance à l'égard des investissements étrangers. Contrairement, la Chine, au lieu de durcir les restrictions sur les investissements étrangers, fait montre d'une plus grande ouverture à leur égard. Les entreprises à capitaux étrangers représentent une part importante de l'économie chinoise : 40% du commerce extérieur, 25% de la valeur de la production industrielle, 20% des recettes fiscales et 10% des emplois dans les villes. Vous êtes ainsi d'une grande importance pour le développement économique et social de la Chine. Dans l'après-COVID-19, la Chine élargira résolument son ouverture sur l'extérieur. Dans le cadre de l'application de la Loi sur l'investissement étranger et de ses règlements d'application, en vigueur depuis le 1er janvier dernier, la Chine raccourcira davantage la liste négative d'accès au marché pour les investissements étrangers et élargira le catalogue des secteurs d'encouragement accessibles aux investisseurs étrangers. Nous accorderons aux zones pilotes de libre-échange en Chine une plus grande autonomie, et supprimerons les restrictions sur la proportion d'actions pouvant être détenues par les investisseurs étrangers au sein des sociétés de bourse et de gestion d'actifs. Nous annulerons également les restrictions sur les quotas d'investissement dans le marché des valeurs à terme à l'intérieur de la Chine pour les investisseurs institutionnels étrangers.

Il convient de souligner que le 1er juin dernier, le gouvernement chinois a édicté le Plan général sur la construction du port de libre-échange de Hainan, en lançant 39 mesures d'ouverture dans 11 domaines, dont le commerce, l'investissement, les flux transfrontaliers de capitaux, la mobilité de personnes, le transport et la sécurité des données. Il s'agit d'un événement majeur dans l'histoire de réforme et d'ouverture de la Chine. Il mettra le développement de Hainan sur une voie rapide, qui a vocation à devenir, au milieu du siècle, un port de libre-échange de haut niveau jouissant d'une influence internationale et un nouveau pôle d'ouverture de la Chine sur le monde.

Je sais que vous suivez de très près la conjoncture économique en Chine. Compte tenu de la situation épidémique dans le monde et de l'énorme incertitude dans l'économie mondiale, le gouvernement chinois ne s'est pas fixé d'objectif de croissance chiffré pour cette année. Nos efforts se concentreront sur les tâches prioritaires, en particulier, la stabilité de l'emploi, le bien-être de la population, l'éradication de la pauvreté et le parachèvement de la construction intégrale de la société de moyenne aisance. Selon les récentes prévisions des principales institutions internationales, l'économie mondiale connaîtra une croissance négative en 2020, les principales économies seront confrontées à une contraction économique, mais selon elles, l'économie chinoise réalisera toujours une croissance positive. Avant l'épidémie, la Chine était l'un des moteurs les plus importants de la croissance de l'économie mondiale, avec un taux de contribution de 30%. Dans l'après-COVID-19, la Chine demeurera l'une des principales locomotives permettant de sortir l'économie mondiale des difficultés.

Mesdames et messieurs, chers amis,

La COVID-19 prouve une fois de plus que l'humanité est une communauté de destin, et qu'aucun pays ne peut s'en sortir seul. Dans l'après-COVID-19, une mondialisation ouverte et inclusive représentera toujours la tendance générale du monde. « L'ouverture mène au progrès et le repli sur soi conduit au recul. » Plus la situation économique est difficile, plus l'ouverture et la coopération s'avèrent importantes.

Chers amis, la grande majorité d'entre vous sont dirigeants de grandes multinationales. Vous connaissez l'extrême importance de la sécurité et de la stabilité des chaînes industrielles et d'approvisionnement mondiales dans l'après-COVID-19. Nous devons rester vigilants à l'égard des discours absurdes de certains pays qui, obsédés par la logique du jeu à somme nulle et la mentalité de la guerre froide, prêchent « le découplage économique avec la Chine » et « la désinisation dans la chaîne industrielle mondiale », et ce, au mépris des vives voix unanimes de la communauté internationale en faveur de la solidarité et de la coopération pour le développement. Ces discours ont gravement perturbé l'ordre économique et commercial international et la coopération entre les pays. De toute évidence, ils ne sont que de l'imagination de certains politiciens, incompatibles avec les lois de l'économie et la réalité du marché, et sont encore moins populaires.

Comme nous le savons, la structure actuelle de la chaîne industrielle mondiale est le résultat d'une longue interaction entre divers facteurs, tels que les coûts des facteurs de production, les installations industrielles et les infrastructures. Cela ne s'est pas formé du jour au lendemain, et ne peut pas être changé du jour au lendemain selon la volonté d'une personne ou d'une autre. La Chine possède un énorme marché de 1,4 milliard de consommateurs, le tissu industriel le plus grand et le plus complet au monde, et une forte résilience aux risques macroéconomiques. Ces atouts n'ont pas été affaiblis par l'épidémie. Aucune entreprise ayant une vision mondiale ne quittera pas le marché chinois, nous en sommes très confiants.

Dans l'après-COVID-19, la Chine ne cherchera point à « se découpler » du monde extérieur. Au contraire, elle sera de plus en plus ouverte et œuvrera pour faire rester et attirer davantage d'entreprises étrangères en Chine, en créant un meilleur environnement des affaires, en renforçant la protection des droits de propriété intellectuelle et en bâtissant une économie plus ouverte. Selon un sondage mené par la Chambre de commerce américaine pour le Sud de la Chine, 75% des entreprises étrangères interrogées ne modifieront pas leurs plans de réinvestissement en Chine. Un récent sondage du Ministère chinois de l'Industrie et de l'Informatisation montre également qu'environ 40% des entreprises étrangères augmenteront leurs investissements en Chine dans un proche avenir.

Dans l'après-COVID-19, les entreprises chinoises et françaises doivent également s'adapter à la restructuration et à la mise à niveau de la chaîne industrielle mondiale, et à la demande croissante en produits publics de la santé. Elles devront faire valoir leurs atouts respectifs, en valorisant l'expérience de production et les canaux d'approvisionnement des entreprises chinoises, et l'expertise des entreprises françaises sur la connaissance du marché et des règles internationales, pour coopérer activement sur les marchés tiers, participer ensemble à l'initiative « la Ceinture et la Route », approfondir davantage la convergence d'intérêts et bâtir un partenariat plus étroit dans le monde.

En bref, dans l'après-COVID-19, la Chine défendra fermement, comme toujours, le multilatéralisme, promouvra la libéralisation et la facilitation du commerce et des investissements, et œuvrera pour une mondialisation plus ouverte, plus écologique, plus inclusive, plus équilibrée et bénéfique pour tous. Elle s'efforcera de créer de nouvelles opportunités en surmontant la crise, et d'ouvrir de nouveaux horizons dans un monde en pleine mutation. Un adage européen dit : « Tous les nuages sont bordés d'argent ». Même au pire moment, il y a des facteurs positifs. La Chine travaillera en commun avec les autres pays pour bâtir une économie mondiale ouverte et sortir l'économie mondiale des nuages sombres en transformant les dangers en opportunités.

Chers amis entrepreneurs,

Dans la lutte contre la COVID-19, nos deux pays ont fait preuve d'une grande solidarité mutuelle. Depuis le début de cette année, les deux chefs d'Etat se sont entretenus au téléphone à quatre reprises et se sont écrits plusieurs fois. Leurs interactions fréquentes illustrent pleinement la bonne dynamique des relations bilatérales. C'est sans aucun doute une bonne nouvelle pour les milieux d'affaires français et chinois. Chers amis entrepreneurs, vous représentez une force essentielle dans la coopération économique sino-française. J'espère que, dans l'après-COVID-19, vous continuerez à saisir par les cheveux les opportunités générées par le développement de la Chine, à aller de l'avant dans un esprit entreprenant et à faire progresser régulièrement la coopération économique sino-française. A cette occasion, je voudrais partager avec vous mes quelques idées :

Premièrement, nous devons travailler ensemble pour surmonter les difficultés et relever les défis. J'espère que les entrepreneurs des deux pays feront preuve de solidarité, de compréhension et de soutien mutuels pour surmonter les difficultés de passage causées par l'épidémie, et aussi feront preuve d'innovation, en particulier en mettant pleinement à profit la « voie rapide » mise en place par la Chine afin d'accélérer la reprise de la mobilité humaine et de la coopération. Nous espérons également que les entreprises françaises renforceront davantage leur coopération avec la province du Hubei et en particulier la ville de Wuhan, région chinoise la plus touchée par l'épidémie. A la fin du mois de mai, Wuhan a effectué un dépistage sur l'ensemble de ses quelques 10 millions d'habitants. Seulement 300 cas asymptomatiques ont été détectés et aucun nouveau cas confirmé n'a été signalé. Cela prouve une fois de plus que Wuhan a complètement vaincu l'épidémie. Le gouvernement chinois a également élaboré un ensemble de politiques pour soutenir le développement de la province du Hubei. Je vous invite donc à explorer activement les opportunités d'affaires au Hubei et à Wuhan.

Deuxièmement, nous devons travailler ensemble pour consolider la confiance politique entre la Chine et la France, et entre la Chine et l'Europe. Une confiance politique solide est le gage fondamental de la coopération économique et commerciale. Malgré les aléas de l'histoire, les relations Chine-France et Chine-Europe ont toujours été dominées par la coopération gagnant-gagnant. Et cela ne changera pas dans l'après-COVID-19. Il n'y a pas de conflit d'intérêts fondamental entre la Chine et l'Europe, qui doivent être partenaires globaux stratégiques, plutôt que des rivaux systémiques. J'espère que vous pourrez faire valoir votre influence pour favoriser la conclusion rapide d'un accord d'investissement Chine-UE et le lancement d'une étude de faisabilité sur un accord de libre-échange. Je compte sur vous pour continuer à apporter votre contribution au développement sain et stable à long terme des relations Chine-France et Chine-Europe.

Troisièmement, nous devons travailler ensemble pour protéger l'atmosphère propice à la coopération entre la Chine et la France. Le soutien populaire est indispensable au développement durable de la coopération. Ces derniers mois, certains médias français se sont servis de l'épidémie pour diffuser des désinformations diffamatoires contre la Chine. Face à cette stigmatisation, l'Ambassade de Chine en France a réagi pour clarifier la vérité sur la base des faits, et éviter que l'atmosphère de la coopération sino-française ne soit empoisonnée par les mensonges malintentionnés. En toute sincérité, si on laisse certains médias français stigmatiser la Chine, si on laisse les désinformations fourvoyer le public français, la coopération entre nos deux pays subira inévitablement des perturbations, au grand préjudice des intérêts des deux parties. J'espère que les entrepreneurs français, en tant que connaisseurs de la Chine, pourront faire connaître davantage la réalité de la coopération sino-française au public français, contribuer à une couverture médiatique plus objective et plus équilibrée de notre coopération, afin de raffermir l'adhésion des deux peuples à la coopération bilatérale.

Mesdames et messieurs, chers amis,

L'épidémie ne peut pas entraver la marche en avant de l'humanité. La COVID-19 finira par être vaincue, tout comme la peste et d'autres épidémies qui avaient sévi dans l'histoire. Dans l'après-COVID-19, nous devons compter sur les divers milieux de la société de nos deux pays pour faire preuve de détermination et de solidarité, afin de redémarrer le développement économique et social et relancer la coopération sino-française. C'est pourquoi je voudrais terminer mes propos en citant une phrase d'Albert Camus, à titre d'encouragement mutuel : « C'est finalement au plus fort de l'hiver que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps. »

Merci à vous tous !

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