Visite diplomatique chinoise en Europe : Entretien avec Lu Shaye, ambassadeur de Chine en France
2020/08/28

Nouvelles d’Europe : Dans quel contexte intervient la visite dans cinq pays européens, dont la France, de Monsieur Wang Yi, conseiller d'État et ministre des Affaires étrangères de Chine ?

Lu Shaye : Il s’agit de sa première visite depuis que l'épidémie de Covid-19 en Chine s’est apaisée. Avec un bilan global qui s’élève à plus de 23 millions de personnes touchées dans le monde, la situation sanitaire d’aujourd’hui nous donne peu de raisons d’être optimistes. L’économie mondiale, frappée de plein fouet, a enregistré une récession record depuis la Seconde Guerre mondiale. À l’ère post-épidémique, les spectres de l’incertitude et de l’instabilité planent sur les relations internationales : les États-Unis ont adopté une stratégie d'unilatéralisme et d'intimidation, portant lourdement préjudice à l’ordre international et à un environnement équitable pour le commerce international. Cela n’aide ni à s’unir dans la lutte commune contre la Covid-19, ni à faire face à la crise économique post-épidémique. Certains hommes politiques américains, ne pensant qu’à leurs propres intérêts personnels, tentent en vain de lancer une « nouvelle guerre froide », attisant sciemment les tensions géopolitiques et prônant un « découplage » entre les pays. Cela ne correspond pas aux intérêts fondamentaux des peuples de différents pays dans le monde, dont des Européens et des Chinois.

Nouvelles d’Europe : Quels sont les objectifs et la vocation de cette visite ?

Lu Shaye : Dans le contexte actuel, la Chine voudrait renforcer le dialogue et la coordination des politiques avec ses partenaires européens, afin de faire face ensemble aux enjeux mondiaux. Il n’existe pas de conflits de fond entre la Chine et l’Europe, pour qui la coopération et le consensus l’emportent sur la concurrence et la divergence. La Chine, qui a toujours soutenu l'intégration européenne, se réjouit de l’unité et de la prospérité de l’UE. Loin d’être des rivaux systémiques, nous sommes des partenaires stratégiques de long terme. La Chine et l’Europe, deux forces mondiales, deux grands marchés, deux grandes civilisations, assument des responsabilités importantes pour amener la communauté internationale dans la lutte solidaire contre la Covid-19, et dans la préservation du multilatéralisme, dans la construction d’un ordre international dans l’ère post-épidémique, et dans la relance de la coopération économique mondiale.

La France, grand pays au cœur de l’UE, a la capacité et les conditions de jouer un rôle moteur dans les relations sino-européennes. Unies par des liens d’amitié forts et des intérêts partagés, face à la crise sanitaire, la Chine et la France se sont témoignées mutuellement de soutien et aide dans un esprit de solidarité pour surmonter les difficultés. Les échanges fréquents entre dirigeants français et chinois s’incarnent dans un partenariat stratégique de haut niveau. Depuis le début de l’épidémie, les deux chefs d’État se sont entretenus pas moins de quatre fois par téléphone, à cela s’ajoutent aussi les cinq entretiens téléphoniques entre les deux ministres des Affaires étrangères. En dehors de ces soutiens mutuels durant les moments difficiles, la Chine et la France n’ont cessé de travailler en étroite coopération dans les organisations internationales : à l’ONU, à l’OMS, au G20, etc., et nous avons initié une coopération tripartite dans la lutte contre la Covid-19 en Afrique. Cette visite est une nouvelle marque de confiance politique mutuelle. La Chine est prête à travailler ensemble avec la France pour faire accéder le partenariat global stratégique sino-français à un nouveau palier, espérant qu’il entraîne les relations sino-européennes dans sa montée.

Nouvelles d’Europe : Qu’attendez-vous de cette visite en termes de consensus à bâtir et de résultats ?

Lu Shaye : Il y a de nombreux sujets importants à traiter pour la Chine et l’Europe. Dans le domaine politique, la Chine et l’Europe échangent étroitement pour préparer le premier sommet Chine-Europe, qui donnera une impulsion politique au développement futur des relations sino-européennes. Dans le domaine économique, elles devraient renforcer leur coordination en matière de politiques macroéconomiques, en assurant la stabilité des chaînes de valeurs et d’approvisionnement sino-européennes et mondiales, pour donner une impulsion à la relance de l’économie mondiale. La Chine et l’Europe devraient assurer l’ouverture de leur marché l’une à l’autre, accélérer les négociations sur un accord d’investissement Chine-UE, renforcer la coopération sino-européenne dans l’économie verte et le numérique, et établir un partenariat du développement vert. Dans la lutte contre la Covid-19, la Chine et l’Europe devraient continuer à soutenir l’OMS dans son leadership dans la lutte contre l’épidémie, à approfondir la coopération dans la recherche et le développement de vaccins et de médicaments, pour sortir le plus tôt possible de la crise sanitaire. Enfin, les deux parties devraient également continuer à défendre le multilatéralisme, améliorer la gouvernance mondiale et renforcer les échanges sur les enjeux internationaux tels que le changement climatique, la biodiversité, le nucléaire iranien, la réduction des dettes africaines, afin de contribuer à la paix, à la stabilité, au développement et à la prospérité mondiale.

La France et la Chine, tous deux membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, et incarnant à leur façon les civilisations occidentale et orientale, devraient renforcer leurs échanges stratégiques, assumer plus de responsabilités en tant que grands pays. Nous devons suivre les consensus dégagés par nos deux chefs d’État, pour bien préparer l’arrivée de l’ère post-épidémique tout en assurant le contrôle et la prévention de la Covid-19, renforcer la confiance mutuelle stratégique, défendre le multilatéralisme, assurer l’ouverture et la coopération, préserver la paix mondiale, guider l’échange entre les cultures, consolider les caractères stratégique, planétaire et pionnier du partenariat global stratégique sino-français pour qu’il continue à être l’avant-garde des relations entre grands pays.

Suggest To A Friend
  Print