Lettre adressée par le porte-parole de l'ambassade de Chine en France au journal Le Monde au sujet d'un article écrit par certains eurodéputés et chercheurs européens relatif à Taiwan
2020/09/18

L’Ambassade de Chine en France a pris note d’un article paru dans le journal Le Monde le 15 septembre intitulé L’Union européenne doit soutenir Taiwan, co-signé par des députés et chercheurs, dont l’eurodéputée Nathalie Loiseau et François Godement, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne. Cet article comprend de graves erreurs de faits. En application des dispositions de l’article 13 de la Loi du 29 juillet 1881 sur le droit de la presse, l’Ambassade de Chine exige d’exercer son droit de réponse et demande de publier de manière intégrale ce qui suit dans la prochaine édition du Monde :

L’Ambassade de Chine en France a pris note de la publication d’un article intitulé L’Union européenne doit soutenir Taiwan co-signé par certains députés et chercheurs dans la rubrique « Idées » du journal Le Monde le 15 septembre. Cet article comprend des opinions insoutenables et de graves erreurs de faits.

Premièrement, l’article accuse la Chine de mettre à mal le principe de « réunification pacifique, un pays, deux systèmes ». Le principe de « réunification pacifique, un pays, deux systèmes » constitue un principe fondamental du gouvernement chinois pour résoudre la question de Taiwan. La « réunification pacifique » est l’objectif recherché, et « un pays, deux systèmes » est le moyen pour y parvenir. Le 1er janvier 1979, le comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine a publié le Message aux compatriotes de Taiwan, dans lequel il a déclaré la politique fondamentale de la Chine sur le retour de Taiwan à la mère-patrie et la réunification nationale. La partie continentale de la Chine a adopté successivement 31 et 26 mesures favorables à l’égard de Taiwan pour montrer pleinement sa bonne volonté. Depuis des dizaines d’années, la partie continentale est devenue le partenaire avec qui Taiwan réalise le plus grand excédent commercial, le plus grand marché d’exportation de Taiwan et la plus grande destination des investissements taiwanais.

Pourtant, les autorités du Parti démocrate-progressiste (PDP), après avoir accédé au pouvoir, refuse de reconnaître le Consensus de 1992 incarnant le principe d’une seule Chine, torpille unilatéralement le fondement politique du développement pacifique des relations inter-détroit et cherche à transformer la « réunification pacifique » en une « sécession pacifique ». Nous sommes prêts à œuvrer pour la perspective d’une réunification pacifique avec la plus grande sincérité et en déployant tous les efforts possibles, car réaliser la réunification par des moyens pacifiques est la façon la plus bénéfique pour nos compatriotes des deux côtés du détroit de Taiwan et pour la nation toute entière. Mais nous n’avons jamais promis de renoncer au recours à la force. Cette position cible l’ingérence des forces extérieures et le très petit nombre de séparatistes recherchant l’« indépendance de Taiwan » et leurs activités sécessionnistes. En réalité, ce sont les autorités du PDP qui cherchent à changer le statut quo. Accuser le gouvernement chinois de changer sa politique, c’est dire tout le contraire de la réalité.

Le principe d’« un pays, deux systèmes » est un concept avancé en premier par Monsieur Deng Xiaoping. Initialement conçu pour résoudre la question de Taiwan, il a été mis en pratique d’abord à Hong Kong. Le gouvernement central chinois, avec la plus grande bienveillance, demande au gouvernement de la Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong de mettre en œuvre le principe d’« un pays, deux systèmes », la « gouvernance de Hong Kong par les Hongkongais » et l’autonomie de haut degré, conformément aux dispositions de la Loi fondamentale. Mais 23 ans après la rétrocession de Hong Kong, les organisations sécessionnistes de Hong Kong et les forces séparatistes radicales locales, soutenues par des forces étrangères et sous le couvert de la démocratie et de la liberté, bravent violemment la Loi fondamentale et sapent la souveraineté et l’unité nationales, cherchant à séparer Hong Kong de la mère-patrie et à faire de Hong Kong une « tête de pont » pour introduire la « révolution de couleur » en Chine. C’est ça le fond de la question sur Hong Kong.

Certains Occidentaux disent que la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a mis à mal le principe d’« un pays, deux systèmes » et l’autonomie de haut degré à Hong Kong et compromis les droits et la liberté des Hongkongais. A cet égard, l’Ambassade de Chine en France a publié à maintes reprises des déclarations pour présenter la situation réelle et exposer notre position de principe. En réalité, l’élaboration par le gouvernement central de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a justement pour objectif de combler les lacunes juridiques en matière de sécurité nationale à Hong Kong. Cette loi ne vise que quatre catégories d’actes criminels, à savoir la sécession, la subversion du pouvoir d’État, les activités terroristes et la collusion avec des forces étrangères ou extérieures au détriment de la sécurité nationale. Aucun de ces actes ne relève des droits et libertés des habitants de Hong Kong. Aucun pays au monde ne donne à ses citoyens le droit ou la liberté d’entreprendre ces actes. En tant que pays souverain, la Chine a le droit d’élaborer une loi de la sécurité nationale couvrant son propre territoire. La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong ne nuit pas au principe d’« un pays, deux systèmes », bien au contraire, elle contribue à son application à long terme.

Certains craignent que la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong ne porte atteinte aux intérêts des investisseurs. Cette crainte n’a pas lieu d’être. La Loi sur la sécurité nationale à Hong Kong n’implique pas les questions d’affaires ou d’investissement et n’affecte pas l’environnement d’investissement de Hong Kong ni les droits et intérêts légitimes des investisseurs étrangers à Hong Kong. Au contraire, elle permet à Hong Kong d’avoir un système juridique plus complet, un ordre social plus stable et un environnement commercial plus sûr pour les investisseurs étrangers.

L’article prétend que la population de Taiwan rejette « un pays, deux systèmes ». En fait, le gouvernement chinois a toujours souhaité résoudre la question de Taiwan selon le principe d’« un pays, deux systèmes ». Cela montre notre plus haute bienveillance à l’égard de nos compatriotes de Taiwan. Si les autorités de Tsai Ing-wen incitent la population taiwanaise à s’opposer au principe d’« un pays, deux systèmes », c’est pour chercher l’« indépendance de Taiwan », prendre en otage l’opinion publique pour des considérations politiques égoïstes, et servir les intérêts stratégiques des Etats-Unis au détriment des intérêts de la nation chinoise, ce qui finira par nuire aux intérêts des Taiwanais. Réfléchissons un instant, si certains refusent « un pays, deux systèmes », veulent-ils donc « un pays, un système » ?

Deuxièmement, l’article prétend que « Le PCC se proclame l’incarnation de l’Etat chinois, fixant lui-même les bornes du territoire national et décidant par lui-même de qui est chinois ». La République populaire de Chine est un pays dirigé par le Parti communiste chinois. La résolution 2758 des Nations Unies stipule clairement que « les représentants du Gouvernement de la République populaire de Chine sont les seuls représentants légitimes de la Chine à l’Organisation des Nations Unies ». C’est une clause du droit international. Ces députés européens et chercheurs défient publiquement une résolution des Nations Unies, cela déroge à leur rang.

Troisièmement, l’article prétend que « l’APL (Armée populaire de la Libération, NDLR) pratique l’escalade dans ses manœuvres militaires autour de Taiwan ». C’est une accusation totalement infondée. Taiwan fait partie du territoire chinois. L’organisation des manœuvres militaires sur son propre territoire, dans ses eaux territoriales et dans son espace aérien relève de l’exercice du droit souverain par la Chine, qu’aucun ne pourrait critiquer à tort et à travers. En fait, à propos de l’escalade militaire, il faut reprocher à un certain grand pays hors la région. Ce pays envoie fréquemment des navires et avions en Mer de Chine méridionale au nom de la « libérté de navigation » pour provoquer et créer des tensions, organise des exercices militaires conjoints de grande envergure pour vanter sa force, et même fait intrusion dans la mer territoriale d’autres pays. Selon des statistiques, rien que pendant les six premiers mois de cette année, les avions militaires de ce grand pays hors la région ont réalisé environ 3 000 vols en Mer de Chine méridionale. Si ces députés et chercheurs européens souhaitent défendre la justice internationale, ils devront critiquer et condamner ce grand pays.

Quatrièmement, l’article estime que « La stratégie de l’Europe ne doit pas être révisionniste. Nous soutenons la préservation du statu quo. Puisque la RPC a gravement mis en danger ce statu quo par ses actions récentes, l’Europe doit également modifier sa politique sur la question de Taïwan ». C’est de l’hypocrisie. Comme nous l’avons indiqué au début de cette lettre, la politique chinoise sur Taiwan n’a jamais changé. Si l’Europe veut modifier sa politique sur la question de Taiwan, qu’elle n’utilise pas la Chine comme un prétexte. Ce n’est pas le gouvernement chinois mais l’autorité du PDP à Taiwan qui a changé le statu quo qu’est le Consensus de 1992 incarnant le principe d’une seule Chine. Si les pays européens changent de politique sur Taiwan en suivant les conseils de ces parlementaires et chercheurs et développent des relations officielles avec Taiwan, cela nuira gravement à la souveraineté de la Chine, trahira la promesse de ces pays de respecter l’unicité de la Chine, et aura certainement de lourdes conséquences.

Cinquièmement, l’article vante également les succès de Taiwan dans la lutte contre l’épidémie en le qualifiant de « pays » affichant « l’une des meilleures performances au monde ». Tout d’abord, Taiwan n’est pas un « pays », mais une « province » de la Chine. Ensuite, en termes de performance des provinces chinoises dans la lutte contre la COVID-19, Taiwan n’est pas vraiment l’une des meilleures. Il suffit de le comparer avec le Fujian, la province située à l’autre côté du détroit de Taiwan. Le 13 septembre, Taiwan, avec une population de 23,78 millions d’habitants, comptait 499 cas confirmés et 7 décès, soit 20,98 infections et 0,3 décès par million de personnes. Alors que la province du Fujian, avec une population de 38,56 millions, comptait 390 cas confirmés et 1 seul décès, soit 10,11 infections et 0,02 décès par million de personnes.

Sixièmement, à la fin de l’article, les auteurs écrivent que « L’Europe doit signifier clairement à la Chine que si cette dernière s’oriente vers le recours à la force, elle encourt de graves risques, notamment, celui d’une rupture politique et économique avec les démocraties européennes, qui ne se soumettront pas à son diktat ». Cela nous rappelle que récemment, lorsque le Conseiller d’Etat et Ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a condamné la visite du Président du Sénat tchèque à Taiwan, des médias et hommes politiques européens se sont écriés que « le Ministre chinois des Affaires étrangères a menacé un pays européen ». Alors, l’allégation citée au début du paragraphe n’est-elle pas une menace plus grave ?

Nous tenons à réaffirmer que la détermination du peuple chinois à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale est inébranlable. Pour tout ce qui est du territoire chinois, nous ne cédons pas un pouce ; pour ce qui n’est pas du territoire chinois, nous ne voulons pas un pouce. Aucune menace ne peut empêcher la marche de la nation chinoise vers la réunification nationale !

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