Visioconférence-débat "L'écologie et l'environnement d'après-COVID : quels rôles pour la Chine et l'Europe ?"
2020/09/29

Le 28 septembre 2020, l'Ambassade de Chine en France a organisé une visioconférence-débat au thème de « L'écologie et l'environnement d'après-COVID : quels rôles pour la Chine et l'Europe ? » au Château du Rivau, dans la région Centre-Val de Loire. L'Ambassadeur Lu Shaye, l'ancien Ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine, le directeur de l'IRIS Pascal Boniface, l'Ambassadeur délégué à l'environnement du Ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères Yann Wehrling y ont participé sur place. L'eurodéputé Hervé Juvin et le chercheur de l'Académie des sciences de Chine Li Zhengqiang y ont participé en ligne. Plus de 200 personnalités des milieux gouvernemental, académique, environnemental et des médias chinois et européens y ont assisté par visioconférence. Voici le discours de l'Ambassadeur Lu Shaye en répondant aux questions posées :

1. Quelle place occupe la protection de l'environnement dans la politique et le développement de la Chine ? Comment la Chine envisage-t-elle le rapport entre la protection de l'environnement et le développement économique, surtout le rapport entre elle et la lutte contre la pauvreté ?

La protection écologique et environnementale et la poursuite du développement vert sont des choix stratégiques déterminés de la Chine. La Chine poursuit une stratégie de développement privilégiant l'harmonie entre l'homme et la nature, en intégrant l'édification de la civilisation écologique dans tous les aspects et tout le processus du développement économique, politique, culturel et social. Nous travaillons à réaliser un développement économique et social de haute qualité grâce à une protection de haut niveau de l'environnement écologique, pour créer des modes de développement et de vie respectueux de l'environnement.

Notre perception du rapport entre le développement économique et la protection de l'environnement est incarnée avec brio par une idée avancée par le Président Xi Jinping, à savoir, « les rivières limpides et les montagnes verdoyantes valent de l'or ». Développer l'économie et protéger l'environnement sont tous les deux pour améliorer le bien-être de la population, les deux sont complémentaires et non contradictoires. Protéger et améliorer l'environnement écologique, c'est protéger et améliorer les forces productives. Les rivières limpides et les montagnes verdoyantes sont une richesse tant naturelle qu'économique. Un bon environnement écologique est le bien public le plus équitable et le bien-être qui profite le plus largement à la population.

L'approche chinoise de lutter contre la pauvreté par l'écologie est un bel exemple de la symbiose entre la protection écologique et le développement économique. Au cours des cinq dernières années, nous avons activement mis en œuvre de grands projets d'aménagement écologique, renforcé les mécanismes de compensation écologique, et développé vigoureusement des industries écologiques. Des résultats remarquables ont été obtenus. La surface des forêts et prairies dans les zones sous-développées du Centre et de l'Ouest du pays continue d'augmenter, avec une croissance moyenne de couverture forestière de plus de 4 %. Grâce aux forêts, des régions chinoises ont développé des industries écologiques comme le tourisme rural, les stations de cure forestière et la transformation des fruits forestiers, ce qui a permis de sortir 3 millions de personnes de la pauvreté.

2. Quelles actions ont été prises par la Chine dans la protection de l'environnement ? Quels résultats ont été obtenus ? Quelles difficultés existent encore ?

Ces dernières années, la Chine a poursuivi un développement vert accordant la priorité à la protection écologique. Des progrès encourageants ont été réalisés dans l'amélioration de l'environnement écologique. En termes de protection écologique, de 2009 à 2019, la Chine a reboisé 70,39 millions d'hectares de territoire, soit environ 700 000 kilomètres carrés, une superficie plus grande la France. Elle a reboisé ou remis en herbe 17,76 millions d'hectares de terres ensablées. Elle a ainsi connu la plus forte augmentation de ressources forestières au monde au cours de 2009 à 2019. En termes de lutte contre la pollution, la Chine a successivement mis en œuvre trois plans d'action de lutte contre la pollution de l'air, de l'eau et du sol. En 2019, la concentration moyenne des particules fines PM2,5 dans les principales villes chinoises a chuté de 43 % par rapport à 2013, et la qualité des eaux côtières et des eaux de surface s'est considérablement améliorée. En termes de lutte contre le changement climatique, déjà en 2018, la Chine a honoré plus tôt que prévu son engagement international de réduire les émissions de CO2 par unité de PIB de 45 % en 2020 par rapport au niveau de 2005. Depuis de nombreuses années, la Chine se classe à la première place mondiale en matière d'investissement dans les énergies renouvelables. Nous disposons de 30 % des capacités mondiales de production d'électricité d'énergie renouvelable et de plus de la moitié du parc mondial des véhicules à énergie nouvelle. La Chine a apporté une contribution importante à la réponse mondiale au changement climatique.

Toutes ces réalisations sont le résultat des efforts inlassables de longue haleine, au prix de sacrifices énormes. Nous sommes lucides et savons que les objectifs de protection écologique de la Chine ne peuvent être atteints du jour au lendemain, d'autant plus qu'il a fallu un à deux siècles aux pays développés pour résoudre progressivement les problèmes environnementaux causés par l'industrialisation. Aujourd'hui, la Chine est toujours confrontée à une situation sérieuse de pollution environnementale et a beaucoup de défis à relever dans la protection écologique. Nous avons encore un long chemin à parcourir en ce qui concerne la restructuration industrielle, la transition énergétique, l'amélioration de la qualité de l'air, de l'eau et du sol ainsi que la protection et la restauration des écosystèmes fragiles.

La COVID-19 a posé de nouveaux défis au développement économique et social de la Chine. Mais nous ne ralentirons pas nos efforts de protection écologique. Dans l'après-COVID-19, nous maintiendrons le cap et les mêmes niveaux d'engagement et d'exigence pour accélérer l'évolution du développement dans un sens plus vert et plus durable.

3. Dans l'après-COVID-19, la gouvernance environnementale mondiale sera confrontée à de multiples difficultés et défis. Dans ce contexte, comment renforcer la coopération internationale en la matière ? La Chine a-t-elle un rôle particulier à jouer là-dessus, surtout dans lutte contre le changement climatique ?

Effectivement, l'impact de la pandémie sur la gouvernance environnementale mondiale doit attirer toute notre attention. La lutte mondiale contre la COVID-19 a prouvé une fois de plus que l'humanité vit dans une communauté de destin. Ce n'est que par la solidarité et la coopération que nous pourrons relever efficacement les défis planétaires tels que les grandes maladies infectieuses, la dégradation de l'environnement et le changement climatique. La COVID-19 est en train de réveiller la prise de conscience des peuples du monde quant à la protection écologique. Le retrait d'une certaine grande puissance de traités et d'organisations internationaux ne sauront pas changer la volonté commune de la communauté internationale, ni inverser la tendance historique de la coopération internationale. Nous devons porter haut levé le flambeau du multilatéralisme, poursuivre fermement le développement vert, durable et sobre en carbone, sauvegarder résolument les acquis de la coopération internationale, notamment l'Accord de Paris sur le climat, et travailler à l'amélioration continue du système de gouvernance mondiale et des mécanismes de coopération sur le climat.

Tous les pays doivent honorer effectivement leurs engagements de réduction des émissions de carbone conformément à l'Accord de Paris et saisir l'opportunité de la reconstruction économique post-COVID-19 pour accélérer le rythme de la transition verte et bas carbone. Il convient de souligner que la gouvernance environnementale internationale doit suivre les principes d'équité, de responsabilités communes mais différenciées et de capacités respectives. Il faut respecter les réalités nationales et les besoins de développement des pays en développement, chercher une « croissance écologique » plutôt qu'une « décroissance verte » et veiller à ce que leur droit au développement ne soit pas lésé. Les pays développés devront prendre l'initiative de réduire les émissions et honorer leurs engagements de financement le plus rapidement possible, afin d'aider les pays en développement à améliorer leurs capacités d'adaptation et d'atténuation face au changement climatique.

Dans la lutte contre le changement climatique, par son attitude sans ambiguïté et ses actions déterminées, la Chine a répandu aux attentes de la communauté internationale. Notre objectif de réduction des émissions de carbone pour 2020 est atteint avec deux ans d'avance, la part d'énergie non fossile dans notre consommation totale d'énergie a augmenté à 15 %, les nouvelles capacités de production d'électricité d'énergie renouvelable en Chine représentent 44 % de la croissance mondiale, et un quart des terres reboisées mondiales depuis 20 ans se trouvent en Chine. Nous avons ainsi apporté une contribution importante à la préservation de l'efficacité de l'Accord de Paris.

Dans l'après-COVID-19, la Chine continuera à mettre inébranlablement en œuvre notre stratégie nationale de lutte contre le changement climatique. Elle augmentera ses contributions déterminées au niveau national, s'efforcera d'atteindre le pic de ses émissions de CO2 avant 2030 et de réaliser la neutralité carbone d'ici 2060. Nous sommes prêts à travailler avec toutes les autres parties pour continuer à promouvoir la mise en œuvre globale, équilibrée et efficace de l'Accord de Paris.

4. La Chine accueillera la COP15 à la Convention sur la diversité biologique. Quelles influences aura la COP15 sur la protection de la biodiversité en Chine et dans le monde ? Quels résultats peut-on attendre de la COP15 ?

La Chine considère la conservation de la biodiversité comme un élément essentiel de la civilisation écologique. Nous avons pris une série de mesures importantes ces dernières années, notamment la création d'un Comité national pour la conservation de la biodiversité, la mise en œuvre de la stratégie et du plan d'action nationaux pour la conservation de la biodiversité, de nombreuses actions dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour la biodiversité, ainsi que la mise en place d'un réseau de surveillance de la biodiversité. Aujourd'hui, on compte 11 800 réserves naturelles en Chine qui couvrent une superficie totale de plus de 1,7 million de kilomètres carrés, soit environ 18 % du territoire national. Plus de 90 % des catégories d'écosystèmes naturels terrestres et 89 % des espèces de faune et de flore sauvages classées au niveau national sont protégées dans des réserves nationales. Les populations sauvages d'espèces rares et menacées telles que les pandas géants, les ibis nippons, les éléphants d'Asie et les antilopes tibétaines se sont progressivement rétablies. 72 % des eaux maritimes de la Chine appliquent le système de moratoire sur la pêche. A partir de l'année prochaine, la Chine interdira la pêche dans le bassin du fleuve Changjiang pour une période de dix ans.

La Chine participe activement et en profondeur à la coopération mondiale en matière de conservation de la biodiversité et figure parmi les premiers pays à adhérer à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Le choix de la Chine comme pays hôte de la COP15 montre que la communauté internationale reconnait les réalisations de la Chine en matière de conservation de la biodiversité. La COP15 aura pour thème « Civilisation écologique : construire un avenir commun pour toutes les vies sur terre ». C'est la première fois qu'une COP est placée sous le signe de la « civilisation écologique », aspect essentiel du concept de la communauté de destin pour l'humanité. La COP 15 sera l'occasion de dresser le bilan de la conservation de la biodiversité des 10 dernières années, d'examiner le cadre mondial de la biodiversité pour l'après-2020 et de définir les nouveaux objectifs de protection de la biodiversité à l'horizon 2030. Ce sera une conférence qui posera un jalon dans l'histoire.

A cause de la pandémie, la COP15 est reportée à mai 2021. Actuellement, les travaux préparatifs sont en cours. En tant qu'hôte, la Chine travaillera avec toutes les autres parties à la Convention pour prendre pleinement en compte les préoccupations des uns et des autres, coordonner les intérêts des différentes parties et faire en sorte qu'un cadre mondial de la biodiversité pour l'après-2020 ambitieux et réaliste soit conclu. Premièrement, nous estimons qu'il faut assurer que la mise en œuvre du « nouveau cadre » soit à la hauteur de l'ambition des objectifs, renforcer les mécanismes de rapport, de suivi et d'examen, et surtout améliorer l'applicabilité du « nouveau cadre ». Deuxièmement, nous appelons les pays qui en ont les capacités à fournir du soutien financier et technique, de l'assistance en matière de capacités et du partage de savoir en vue de la mise en œuvre du « nouveau cadre », et à appuyer pleinement les pays à court de capacités. Troisièmement, nous sommes prêts à partager nos expériences en matière de conservation de la biodiversité et à inclure ces expériences dans le « nouveau cadre », afin de fournir des propositions et des pistes de solution aux pays ayant des situations similaires à celles de la Chine.

5. Les dirigeants chinois, français et européens ont rappelé à de nombreuses occasions leur volonté de coopérer davantage dans la protection de l'environnement. Quelles pistes de réflexion et quelles propositions ?

Ces dernières années, la coopération en matière de protection de l'environnement est devenue l'une des priorités et l'un des domaines phares de la coopération Chine-France et Chine-UE. La Chine et la France ont publié des déclarations communes sur le changement climatique lors des visites d'Etat. Nos deux pays ont lancé en 2018 l'Année sino-française de l'environnement. Notre coopération pragmatique bilatérale dans les domaines de la transition énergétique, des technologies bas carbone et du développement durable a donné des résultats fructueux. EDF, Suez, Veolia et d'autres entreprises françaises participent en profondeur aux grands projets de protection écologique en Chine. La ville durable de Wuhan, fruit de la coopération sino-française, est devenue un projet modèle de la promotion et de l'application des philosophies et des technologies de pointe en matière d'économie d'énergie, de réduction des émissions, de développement vert et bas carbone. Le groupe chinois CGN a également investi dans plusieurs projets à énergies nouvelles en France, notamment des projets éoliens et solaires. La Chine et l'UE ont signé plusieurs documents de coopération, s'engageant à renforcer la coopération politique, technologique, économique et scientifique dans les domaines du changement climatique et des énergies propres. Lors de la récente visioconférence des dirigeants chinois, allemand et européens, la Chine et l'UE ont décidé d'établir un dialogue de haut niveau sur l'environnement et le climat et de bâtir un partenariat vert sino-européen.

En tant que forces majeures ayant une influence mondiale, la Chine, la France et l'Europe assument des responsabilités plus grandes dans la gouvernance environnementale mondiale et la lutte contre le changement climatique dans l'après-COVID-19. Il est donc nécessaire pour nous de renforcer davantage notre coopération.

Premièrement, poursuivre le dialogue et les consultations pour intensifier la coordination stratégique. Nous devons bien valoriser les plates-formes institutionnelles telles que le dialogue de haut niveau sino-européen sur l'environnement et le climat, les dialogues stratégiques sino-européen et sino-français, le groupe de travail sino-français sur l'économie verte et sobre en carbone pour renforcer la communication et la coordination des politiques, accroître davantage la confiance mutuelle, consolider les convergences, résoudre adéquatement les préoccupations légitimes des deux parties et gérer efficacement les divergences.

Deuxièmement, poursuivre l'ouverture et la coopération pour obtenir des résultats gagnant-gagnant. La Chine et l'Europe devront saisir les précieuses opportunités offertes par la transition verte de l'économie de l'autre partie, capitaliser pleinement sur des atouts complémentaires des deux parties en termes d'industrie, de technologie et de marché écologiques, mobiliser davantage les entreprises chinoises et européennes en offrant un environnement commercial ouvert, équitable, juste et non discriminatoire, les encourager à explorer activement les possibilités de coopération sur les marchés tiers, afin de faire de la protection écologique un nouveau pilier de la coopération pragmatique entre la Chine et l'Europe.

Troisièmement, défendre le multilatéralisme pour guider la coopération internationale. La Chine et l'Europe devront avoir un sens aigu de responsabilité, défendre le multilatéralisme et s'opposer sans équivoque à l'unilatéralisme. Nous devons maintenir une communication et une coordination étroites sur la COP15 à Kunming, la 26e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow et le Congrès mondial de la nature de l'UICN 2020 à Marseille, et faire en sorte que ces grands événements aboutissent à des résultats positifs, afin d'injecter des énergies positives dans la gouvernance environnementale internationale.

6. Quel est l'état du développement du charbon en Chine et où en est la transition écologique ?

Les ressources énergétiques en Chine se caractérisent par l'abondance du charbon, la rareté du pétrole et le manque du gaz naturel. Le charbon représente la part la plus importante dans la consomation des énergies en Chine, mais avec une tendance à la baisse. Le pourcentage du charbon dans la consommation d'énergie primaire est passé de 94.4% en 1953 à 57.7% en 2019.

Ces dernières années, la Chine a vigoureusement encouragé l'utilisation propre du charbon pour réduire les émissions de polluants émanant du charbon. De 2016 à 2018, la Chine a éliminé des capacités de production de charbon obsolètes à hauteur de 810 millions de tonnes, et fermé des centrales au charbon obsolètes d'une capacité totale de plus de 20 milles mégawatts. En 2019, la capacité des centrales au charbon à très faibles émissions totalisait environ 890 milles mégawatts, soit 86% des capacités totales installées d'énergie au charbon. Tout en modernisant la production d'électricité d'énergies traditionnelles, la Chine a augmenté rapidement sa production d'énergie hydroélectrique, éolienne et photovoltaïque, avec une capacité installée cumulée se classant à la première place mondiale. Fin 2019, les capacités installées d'énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydraulique, biomasse, géothermique et océanique) de la Chine atteignaient 794 mille mégawatts, soit 39,5% du total des capacités de production électrique installées en Chine, et la production d'électricité à base d'énergies renouvelables atteignait de 2,04 milliards de mégawattheures, soit 27,9% de la production totale d'électricité du pays. Dans une vision d'ensemble, la part des énergies propres (gaz naturel, énergie nucléaire, énergies renouvelables etc) dans le mix énergétique de la Chine augmente rapidement pour s'établir à 23,4% en 2019, soit une augmentation de 8,9 points de pourcentage par rapport à 2012. )

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