Lettre adressée par le porte-parole de l'Ambassade de Chine en France à la rédaction du Figaro au sujet des articles concernant la COVID-19
2020/12/17

L'Ambassade de Chine en France a pris note de deux articles dans le journal Le Figaro du 10 décembre intitulés Pour Pékin, le virus vient de l'étranger et Le virus serait déjà sorti plusieurs fois de Chine avant le début officiel de l'épidémie, respectivement rédigés par le correspondant du Figaro à Beijing Sébastien Falletti et le journaliste Vincent Bordenave. Certains éléments dans ces articles ne sont pas conformes à la réalité et peuvent induire en erreur les lecteurs. En application des dispositions de l'article 13 de la Loi du 29 juillet 1881 sur le droit de la presse, l'Ambassade de Chine exerce son droit de réponse et demande au Figaro de publier l'intégralité de ce qui suit dans sa prochaine édition :

Le Figaro du 10 décembre a consacré trois pages à la question de l'origine du nouveau coronavirus. Il est réconfortant qu'enfin des médias français parlent avec une attitude relativement sérieuse de l'origine du virus. Si le contenu des articles concernés est pour la plupart objectif, ce qui mérite d'être reconnu, il est à souligner que deux points de vue des auteurs relèvent d'une extrapolation subjective et sont dénudés de fondement. L'Ambassade de Chine en France estime qu'elle se doit d'en faire des remarques.

I. Dans l'article Pour Pékin, le virus vient de l'étranger, le correspondant du Figaro à Beijing Sébastien Falletti a relancé la vieille chanson du prétendu « retard de la réaction chinoise à la COVID-19 » pour fourvoyer le public en jouant le jeu des insinuations et de l'amalgame. L'article prétend que « l'hypothèse d'une origine étrangère du Covid est relayée à l'envi par la presse, et permet d'éclipser les faux pas initiaux du régime qui a muselé les médecins lanceurs d'alerte fin décembre dernier, et déclenché des mesures de blocus à Wuhan le 23 janvier, plus de deux mois après le premier cas détecté. »

Passons en revue la chronologie de la lutte chinoise contre l'épidémie : le premier cas de COVID-19 en Chine a été détecté et signalé le 27 décembre 2019 par Dr Zhang Jixian, cheffe du Service des maladies respiratoires et des soins intensifs de l'Hôpital de Médecine chinoise et occidentale du Hubei. La municipalité de Wuhan a ensuite immédiatement édicté une circulaire au sein des établissements sanitaires et alerté les autorités supérieures jusqu'à la Commission nationale de la Santé. Le gouvernement chinois en a informé l'OMS le 31 décembre 2019 et lui communique régulièrement les mises à jour de la situation à partir du 3 janvier 2020. Le 7 janvier 2020, la Chine a isolé la souche du virus. Le 12 janvier, elle a achevé le séquençage du génome du virus. Tous ces résultats de recherche, la Chine les ont communiqués dans les premières heures à l'OMS et partagés avec le reste du monde. Le 23 janvier 2020, donc moins d'un mois après le premier cas détecté, la Chine a annoncé le confinement de la ville de Wuhan.

Il semble que Monsieur Sébastien Falletti serait arrivé à la conclusion selon laquelle la Chine a « déclenché des mesures de blocus...plus de deux mois après le premier cas détecté » en s'appuyant sur un reportage du South China Morning Post qui supposait que le premier cas en Chine « serait remonté » au 17 novembre 2019. Néanmoins, ce qu'a dit South China Morning Post n'a été confirmé par aucune institution faisant autorité. Même si ce qu'a dit le journal était vrai, il se base sur des recherches rétrospectives des scientifiques. Or, « les résultats des recherches rétrospectives » et « la détection des cas » sont deux choses de nature totalement différente. Il ne faut pas les confondre. Le nouveau coronarivus est un « adversaire inconnu » et il n'est pas facile de le détecter et identifier. Des récentes recherches des scientifiques américains et européens montrent que des semaines, même des mois avant l'éclatement de l'épidemie en Chine, il y avait déjà des patients positifs à la COVID-19 dans leurs pays. Seulement, les symptômes étant proches de ceux de la grippe, les médecins les ont diagnostiqués à tort comme une grippe. Bien sûr, cela relève des études rétrospectives, tout comme ce que rapportait le South China Morning Post. Pourrions-nous ainsi accuser les gouvernements des pays européens et des Etats-Unis d'avoir dissimulé l'épidémie et tardé à y réagir ?

Regardons en arrière, le fait que le gouvernement chinois a décidé résolument, moins d'un mois après le signalement des premiers cas, de mettre la ville entière de Wuhan sous confinement, illustre en effet parfaitement la célérité de sa réaction et la sagesse de son anticipation : tout au contraire des accusations de dissimulation et de lenteur. Les mesures prises par la Chine ont procuré une période tampon de deux mois aux autres pays pour se préparer à la COVID-19. Au mépris de ces faits clairs et évidents, les accusations gratuites contre le gouvernement chinois confinent à la malhonnêteté.

II. Nonobstant que ce qu'écrit Monsieur Vincent Bordenave dans son article intitulé Le virus serait déjà sorti plusieurs fois de Chine avant le début officiel de l'épidémie est pour la plupart relativement objectif, le titre et la conclusion de l'article relèvent purement et simplement de la présomption de culpabilité et tentent de désorienter les lecteurs. Voici ce que l'on peut lire à la fin de l'article : « Une autre question se pose : le virus circulait-il déjà en Chine lors des jeux militaires mondiaux organisés à Wuhan en octobre 2019 ? Plusieurs athlètes français se sont en effet rappelés avoir développé des symptômes proches de la grippe à cette occasion. Mais le lien éventuel avec le Covid n'a jamais pu être établi. Quelques semaines plus tard, la province de Hubei enregistrait un nombre anormalement élevé de cas de grippe pour la saison (+ 2059 % par rapport à l'année précédente), d'après des documents chinois révélés par CNN. Pourrait-il s'agir de cas de Covid-19 qui n'étaient pas encore identifiés comme tels ? Avec les 24,5 millions de passagers annuels transitant par l'aéroport de la ville et les vols internationaux réguliers assurés à destination des villes comme New York, Londres, Tokyo, Rome, Paris ou Sydney, on imagine aisément comment le virus aurait alors pu se répandre précocement dans le monde avant le début officiel de l'épidémie. »

On voit très clairement que le journaliste veut faire croire aux lecteurs que les Jeux militaires mondiaux de Wuhan étaient le point de départ de la propagation mondiale du virus. Pourtant, il s'est fait gifler par les éléments qu'il fournissait lui-même. Supposons que, comme le prétend le journaliste, des athlètes venus de différents pays du monde ont été contaminés pendant les Jeux militaires mondiaux de Wuhan, alors le virus aurait dû déjà circuler en grande envergure à Wuhan avant les Jeux. Or c'est bien le contraire. Selon le journaliste, ce n'était pas avant les Jeux militaires mondiaux mais « quelques semaines plus tard » que Wuhan « enregistrait un nombre anormalement élevé de cas de grippe pour la saison ». Qui plus est, la contamination du coronavirus compte une période d'incubation de cinq à dix jours. Si des athlètes étrangers avaient des symptômes pendant les Jeux militaires mondiaux, ils auraient dû attraper le virus bien avant d'être arrivés à Wuhan. Dans le droit fil de cette déduction logique, pourrait-on « imaginer aisément » que le virus aurait été introduit en Chine par des athlètes étrangers ? De nombreuses recherches scientifiques montrent que des cas de COVID-19 existaient déjà aux Etats-Unis et en Europe pendant la période été-automne 2019.

III. L'identification de l'origine du virus est une question d'ordre scientifique complexe et sérieuse. Il revient aux scientifiques de mener des recherches et des coopérations à l'échelle mondiale. Les médias et les professionnels de la presse se doivent de respecter la déontologie et de couvrir les études scientifiques dans un esprit objectif et scrupuleux, au lieu de défigurer les faits, de déformer les résultats des recherches, de concocter des fake news et de désinformer le public en partant des préjugés idéologiques ou des visées politiques.

Le traçage de l'origine du virus est un processus continu et impliquerait plusieurs pays et régions. Nous espérons que tous les pays pourrons renforcer leur coopération avec l'OMS dans un esprit constructif pour faire avancer ce travail dans le monde. La Chine continuera de participer activement aux recherches scientifiques mondiales sur l'origine du virus et les modes de transmission et de travailler avec l'ensemble de la communauté internationale pour venir à bout de la COVID-19.

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