Interview accordée par l'Ambassadeur Lu Shaye à l'Opinion
2021/06/18

Le 15 juin, l'Ambassadeur de Chine en France Lu Shaye a accordé une interview exclusive à l'Opinion sur le centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, la COVID-19, la « diplomatie du loup combattant », les relations sino-américaines et sino-européennes, ainsi que les questions liées au Xinjiang et à Taiwan. Voici l'intégralité de l'interview :

Q : Bonjour, Monsieur l'Ambassadeur.

R : Je suis très content de vous revoir.

Q : Dans quelques jours, la Chine va célébrer le centième anniversaire de création du Parti communiste chinois. C'est un moment important dans l'histoire du pays. En même temps, c'est une étape vers l'anniversaire plus important encore qui sera le 100e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Quel message la Chine veut adresser au reste du monde à travers ce premier symbole sur lequel le Président Xi Jinping a beaucoup insisté depuis qu'il est arrivé au pouvoir en novembre 2012 ?

R : Cette année est le 100e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC). Depuis ces 100 ans, le PCC reste toujours fidèle à son engagement initial, à savoir œuvrer au bonheur du peuple chinois et au renouveau de la nation chinoise. Maintenant on peut voir que le PCC a réalisé ses promesses et engagements. Il a dirigé le peuple chinois à transformer une Chine pauvre et démunie en deuxième économie du monde. La puissance globale du pays a été largement renforcée et le niveau de vie de la population a été considérablement amélioré. Maintenant, le PIB par habitant de la Chine a atteint déjà 10 000 dollars en 2019. Nous avons réussi l'éradication de la pauvreté absolue, sorti pendant les quarante dernières années plus de 800 millions de personnes de la pauvreté absolue, et contribué à plus de 70% à la réduction de la pauvreté du monde. Dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, la Chine a aussi observé ses engagements. De 2005 à 2018, elle a réduit de 45,8% son intensité carbone par unité de PIB. L'année dernière, le Président Xi Jinping a proclamé officiellement que la Chine atteindrait le pic d'émissions de CO2 en 2030 et réaliserait la neutralité carbone en 2060. C'est un engagement solennel vis-à-vis de la communauté internationale. Si la Chine le dit, elle va certainement le réaliser.

Q : C'est un défi très très très ambitieux.

R : On doit déployer d'énormes efforts pour atteindre ces objectifs. Depuis l'entrée en fonction en tant que Secrétaire général du Parti, le Président Xi Jinping a préconisé de construire une communauté d'avenir partagée pour l'humanité. C'est une solution chinoise proposée au monde entier pour résoudre les enjeux majeurs actuels de notre temps. Les essences de cette proposition résident dans la construction d'un monde de paix durable, de sécurité universelle, de prospérité commune, ouvert et inclusif, propre et beau. Ce sont les objectifs poursuivis par tous les pays du monde. La Chine s'en tient à poursuivre une voie de développement pacifique. Nous poursuivons une politique étrangère qui consiste au principe de non-confrontation, de non-conflit et de coopération gagnant-gagnant avec tous les pays du monde. Ce sont des messages livrés par le Président Xi Jinping au monde.

Q : Il y a eu 18 mois au cours desquels la situation internationale et notamment sanitaire est très compliquée. Quel bilan tirez-vous de ces 18 mois, notamment sur le rôle que la Chine a eu à la fois dans la gestion sur le plan intérieur et sur le plan extérieur ?

R : Les 18 derniers mois étaient vraiment une période très impressionnante tant pour la Chine que pour le monde. Parce que tous les pays du monde ont passé une période difficile de la pandémie de la COVID-19.

La Chine a été le premier pays à rencontrer et à signaler le nouveau coronavirus. Je me rappelle qu'au début de l'année dernière, la Chine était en épicentre de l'épidémie. À cette époque-là, la Chine était vraiment très difficile. Mais heureusement, le gouvernement chinois a tout de suite pris les mesures les plus complètes, les plus rigoureuses et les plus strictes pour contenir et contrôler ce virus. Le gouvernement a décidé de confiner toute une ville d'une population de 10 millions d'habitants, à savoir Wuhan, et toute la province du Hubei. Le gouvernement chinois a aussi mobilisé toutes les forces du pays pour venir en aide à Wuhan et la province du Hubei. On a au total mobilisé plus de 40 000 personnels soignants dans la province, construit en une dizaine de jours deux hôpitaux standards de maladies infectieuses dotés respectivement de 1 000 lits à Wuhan et construit aussi 16 hôpitaux de fortune munis de 13 000 lits pour recevoir les malades légers. Avec ces mesures très strictes et très rigoureuses, le gouvernement chinois a réussi à contenir et maîtriser cette épidémie en quelque deux mois. On peut dire que maintenant l'épidémie est presque éradiquée en Chine. Chaque mois, il y a seulement quelques cas contaminés sporadiques et quelques dizaines de cas contaminés importés. On a la capacité de les contrôler. Il n'y a pas de problème.

Avec la maîtrise de l'épidémie, l'économie chinoise a été la première à sortir de la crise. Pendant le premier trimestre de l'année dernière, l'économie chinoise a connu une récession de plus de 6%. Mais à partir du deuxième trimestre, la croissance retrouve le positif. L'année dernière, le PIB de la Chine a enregistré quelque 2,3% de croissance. La Chine est la seule économie majeure du monde à enregistrer une croissance positive l'année dernière. Cette année, l'économie chinoise continue la croissance. Pour le premier trimestre de cette année, on a enregistré une croissance de plus de 18%. Pour toute l'année, des institutions internationales prévoient que la Chine va avoir une croissance du PIB de 8,3%.

Donc on peut dire que la situation en Chine est assez bonne. Mais dans la foulée, la Chine rencontre des difficultés de la part des médias. Depuis le début de l'année dernière, lorsque la Chine a été en épicentre de l'épidémie, on a fait l'objet des attaques médiatiques, surtout de la part des pays occidentaux. Ils nous accusaient de ne pas réagir assez vite, de dissimuler les chiffres et de faire du retard. Ils croient que la Chine se trouve à un « moment de Tchernobyl ». Et surtout les dirigeants américains de ce temps-là nous accusaient de « créer le virus » et de « fuite du virus du laboratoire ». Pendant toute l'année, on est en combat contre ce genre de « virus politique ».

Mais en effet, la Chine a fait beaucoup de contributions à la réponse sanitaire du monde contre cette épidémie. La Chine a fourni aux 150 pays du monde des fournitures médicales. L'année dernière, on a fourni plus de 280 milliards de masques, plus de 4 milliards de kits de test et plus de 3,4 milliards de combinaisons de protection aux pays du monde. Quand la Chine a développé et mis au point des vaccins, on a fourni aussi des vaccins aux pays pauvres et pays en développement. Nous avons fait don de vaccins à plus de 80 pays en développement et exporté des vaccins à 43 pays du monde, au nombre total de 350 millions de doses en combinaison.

On est accusé encore de « diplomatie de masques » et de « diplomatie de vaccins ». Mais on s'en fout. Parce que ce que la Chine veut faire, c'est contribuer à la réponse du monde à cette pandémie. La Chine défend le multilatéralisme dans cette lutte contre la pandémie. Nous nous employons toujours à faire la coopération dans la solidarité avec tous les pays du monde, y compris la France. L'année dernière, le Président Xi Jinping restait en contact permanent avec le Président Emmanuel Macron, même s'ils ne pouvaient pas se rencontrer en présentiel. Ils avaient plusieurs conversations téléphoniques. Les deux dirigeants restent en échange stratégique sur tous les sujets majeurs du monde et sur le plan bilatéral. C'est très important pour nos deux pays et pour que les relations bilatérales se développent toujours sur la bonne voie.

Q : Comme vous l'avez dit, la Chine a été beaucoup attaquée sur le virus au début de la pandémie. Ça a continué tout au long de l'année et ça continue - c'était sous la présidence de Donald Trump dans un premier temps et aujourd'hui sous la présidence de Biden - puisqu'il y a quelques jours, lors du sommet du G7, les pays qui en sont membres ont demandé une nouvelle enquête sur l'origine du virus, estimant que la Chine ne faisait pas son travail en termes de transparence. Et quelle solution on peut éventuellement trouver dans une telle situation ?

R : Effectivement, la Chine fait l'objet toujours des attaques gratuites sans fondement. Le fait est que le groupe d'experts conjoint OMS-Chine a fait une visite de recherche d'étude en Chine au début de cette année et que la Chine a fourni le maximum de facilités aux travaux du groupe d'experts et a montré pleinement son attitude d'ouverture, de transparence et de responsabilité. Suite à l'accord conclu en juillet dernier avec l'OMS sur les termes de référence, la Chine a mobilisé des centaines de scientifiques qui ont fait de leur mieux pour collecter et répertorier des données et en faire des analyses préliminaires. Elle a montré aux experts de l'OMS, point par point, toutes les données brutes nécessitant une attention particulière. Les experts internationaux, de leur part, ont dit et redit publiquement qu'ils avaient eu des discussions amples et franches avec la partie chinoise au sujet des données. Les experts de l'OMS ont visité des établissements tels que le CDC provincial du Hubei, le CDC municipal de Wuhan et l'Institut de la virologie de Wuhan (WIV), ainsi que divers laboratoires de biosécurité, et ils ont eu des échanges scientifiques approfondis, sincères et francs avec les experts de ces établissements. Plusieurs experts internationaux de ce groupe ont fait savoir à différentes occasions et à maintes reprises qu'ils « avaient pu se rendre partout où ils voulaient aller et rencontrer tous ceux qu'ils voulaient rencontrer », et ils ont donné une haute appréciation de l'ouverture et de la transparence à la partie chinoise.

Mais pourquoi et comment les Américains font leurs accusations contre la Chine ? C'est quoi leur modus operandi ? La manœuvre des Américains est claire comme le jour : réhabiliter les thèses complotistes et rejeter la responsabilité sur la Chine. En y réfléchissant un peu, on s'aperçoit vite de la frappante similitude de cette manœuvre avec la façon dont les Etats-Unis avaient déclenché la guerre d'Irak en 2003, en s'appuyant comme « preuve » sur un flacon de poudre à lessiver. Aujourd'hui, c'est le même procédé qui se répète. D'abord, imposer une accusation fondée sur la présomption de culpabilité, puis faire pression en instrumentalisant et fourvoyant l'opinion publique. Si jamais la Chine acceptait une « enquête », les Etats-Unis pourraient donc « chercher » les « preuves » de la conclusion qu'ils ont déjà tirée à l'avance, en fabriquant de nouveaux mensonges et rumeurs. C'est la même recette qui est appliquée : s'appuyer sur des « ouï-dires », au mépris des faits et des éclaircissements répétés de la partie chinoise, ils créent des histoires autour des « renseignements ». Par exemple, le Président Biden a demandé aux services de renseignement américains d'enquêter sur la piste du laboratoire en 90 jours. Ce n'est pas une recherche scientifique. Ils créent des histoires autour des « renseignements » , tels que « trois employés du WIV seraient tombés malades et auraient été hospitalisés ». C'est nié, rejeté et éclairci à maintes reprises par la partie chinoise. Et les Américains imaginent toutes sortes de scénarios de « fuite accidentelle de laboratoire », cherchant ainsi à ouvrir une brèche pour « enquêter » sur le WIV. Ces descriptions fictives sur le WIV sont si soigneusement concoctées ! Seraient-elles une « œuvre littéraire dérivée » créée par la partie américaine à partir d'un accident de fuite du laboratoire de Fort Detrick en 2019 ? Ici, on ne parle pas du laboratoire à Fort Detrick. Jamais les médias occidentaux ne soufflent aucun mot sur ce laboratoire.

Quel est le but des Américains de créer ce complotisme ? Il est clair que le but des Américains est de se servir de la pandémie pour contenir la Chine et faire obstacle à son émergence, et en même temps se défausser des responsabilités de son propre échec dans la lutte contre la pandémie à cause de l'incompétence de son administration, qui a causé plus de 30 millions d'infections et plus de 600 000 décès. Ce qui est plus grave, c'est que ses agissements ont gravement perturbé la solidarité contre la pandémie au sein de la communauté internationale.

Qu'est-ce que nous proposons ? Ce que nous demandons, c'est que puisque le groupe d'experts de l'OMS a déjà terminé l'étude conjointe en Chine sur la recherche de l'origine du virus et écarté la possibilité de la fuite d'un laboratoire chinois,étant donné que les hypothèses sur une fuite de laboratoire persistent, il est recommandé que dans ses prochains travaux, l'OMS mette l'accent sur le laboratoire de Fort Detrick, afin de faire toute la lumière sur la corrélation entre l'accident de ce laboratoire et la pneumonie associée aux E-cigarettes, une maladie en propagation aux Etats-Unis en été 2019. Il est espéré que les Etats-Unis feront comme la Chine et coopéreront activement avec l'OMS dans une attitude scientifique, transparente, ouverte et responsable.

Des médias français demandent que les laboratoires de virologie soient « surveillés d'aussi près par la communauté internationale que les arsenaux nucléaires ou chimiques ». La Chine est profondément d'accord avec cela. Surtout, le laboratoire de Fort Detrick et les laboratoires biologiques américains aux quatre coins du monde devraient être placés sous la surveillance de la communauté internationale. Les Etats-Unis devraient également revenir sur leur position d'être le seul à s'opposer à la négociation du protocole de vérification de la Convention sur les armes biologiques et à empêcher la mise en place d'un mécanisme de vérification pour la Convention.

Premier pays à avoir signalé l'épidémie, la Chine a rapidement adopté les mesures de prévention et de contrôle les plus complètes, les plus strictes et les plus rigoureuses, ce qui lui a permis de réduire à zéro les nouvelles infections locales en deux mois. Cela prouve pleinement que la COVID-19 peut être prévenue et qu'elle est contrôlable et curable. Par contraste, les Etats-Unis, un grand pays doté des ressources médicales les plus abondantes et des technologies médicales les plus avancées, pourquoi ils ne peuvent pas encore maîtriser cette pandémie un an et demi après le déclenchement de la COVID-19 ? Si quelqu'un devait être poursuivi en responsabilité, je pense que ce sont ces pays-là qui doivent l'être en premier.

Q : Vous avez évoqué tout à l'heure la « diplomatie du masque » qui avait été beaucoup critiquée par les Occidentaux, puis la « diplomatie du vaccin », etc.. Pendant ces 18 mois, certains ont beaucoup reproché à la diplomatie chinoise d'être « agressive » et ont reproché à vous directement, Monsieur l'Ambassadeur, d'être un « loup combattant ». Qu'est-ce que vous répondez à ces accusations qui ont quand même grandement servi, j'allais dire, la cause de ceux qui critiquent la Chine ?

R : Selon moi, c'est lâche de dire comme ça et de qualifier la diplomatie chinoise de la « diplomatie du loup combattant ». C'est plutôt des agresseurs qui accusent les victimes d'être agressives. La Chine n'a jamais été le provocateur. On n'a jamais provoqué n'importe qui. Ce que nous faisons, c'est de nous défendre. On est sur la défensive pour défendre les intérêts, l'image et la dignité de la Chine, parce que la Chine, comme je l'ai dit tout à l'heure, a été accusée pendant toute l'année de tous bords. Pourquoi on n'a pas le droit de riposter et de se défendre ? Ce n'est pas juste, n'est ce pas ? Pourquoi les médias ici ont cette allégation pour accuser la Chine et la diplomatie de la Chine d'être agressives et de « loup combattant »? Je pense que cela illustre vraiment la condescendance, l'arrogance et l'égocentrisme du monde occidental, parce qu'ils ont l'habitude d'attaquer ou d'accuser les autres sans avoir la peine de payer les prix ou bien sans être contre-attaqués. Mais cette fois-ci, la Chine riposte. Ils se trouvent être agressés. Je pense que ce qu'ils veulent, c'est que comme à l'accoutumée, face aux accusations des médias occidentaux, la Chine reste toujours muette. Si la Chine riposte, ce n'est pas normal. Ils veulent museler la Chine et les diplomates chinois. En effet, le mot « loup combattant » en Chine est un mot positif, parce que c'est un soldat brave et courageux qui défend la patrie. Je suis très honoré d'être qualifié de « loup combattant » parce qu'il y a tant de « hyènes folles » qui attaquent la Chine. Nous sommes les soldats qui défendent la Chine devant la Chine. Nous barrons la voie de ces « hyènes folles » d'attaquer la Chine.

Q : Vous avez raison. Il faut savoir se défendre.

R : On est toujours à la défensive et n'attaque jamais de manière proactive. Le Président Mao Zedong a dit pendant la guerre contre l'agression des militaristes japonais que nous ne provoquons pas les autres tant qu'on ne nous provoque pas. Si les autres nous provoquent, nous ripostons certainement. C'est ce que le Président Mao Zedong a dit il y a des dizaines d'années.

Q : Cela dit, on vous a reproché, Monsieur l'Ambassadeur, et la diplomatie chinoise de manière générale l'an passé d'avoir été peut-être « proactifs » et un peu « agressifs » vis-à-vis de la gestion difficile de la crise sanitaire en France, notamment dans la publication d'un document sur votre site. Est-ce que c'était une riposte à l'époque ou c'était une maladresse ?

R : Nous avons publié beaucoup de tribunes, d'articles, de documents sur notre site pour faire l'éclaircissement sur les faits et démentir les mensonges. Les gens nous accusent d'être maladroits : vous ne devez pas faire la communication comme ça. Mais il faut comment faire ? Selon eux, ce que nous devrons faire, c'est rester muets. Si vous répondez, alors vous êtes agressifs. Il vaut mieux que vous parliez sans mot. Donc selon nous il est nécessaire de faire cette présentation parce qu'on n'a pas d'autres moyens. Les journaux et quotidiens ici ne publient pas notre tribune. Nous n'avons que notre site et notre réseau sociaux. Il faut laisser entendre notre voix. On escompte pas de changer l'opinion de ces médias, mais on veut laisser l'opinion publique entendre notre voix. Tout le monde a la liberté d'expression. Les médias ont certainement leur liberté d'expression, mais il faut observer des principes des médias inscrits dans la Charte de Munich publiée en 1971. Le premier principe est respecter la vérité. Je l'ai appris dans le livre de Maxime Vivas. Il y a une Charte de Munich pour les journalistes. Mais pourquoi maintenant de plus en plus des journalistes ne respectent pas cette déontologie ? Tout à l'heure, j'ai dit qu'on fait la présentation, peut-être quelques présentations qui ne correspondent pas à leurs goûts. Donc ils ne sont pas contents. Pour exprimer leur mécontentement, ils collent l'étiquette dont le « loup combattant ».

Q : Vous dites vous en êtes fier parce que vous défendez votre pays contre des attaques.

R : Pour défendre notre pays, on va tout faire. On a essuyé des accusations, mais on a recueilli aussi des soutiens dans le public français. Au moins avec notre communication, les Français peuvent avoir une alternative d'information, pas seulement les informations fournies par les médias ici qui déforment pour la plupart la situation chinoise. On peut faire la comparaison au moins entre ce que présente l'Ambassade de Chine et ce que présentent les médias ici, quel est vrai et quel est faux. Je pense que c'est bon, c'est aussi une liberté d'expression.

Q : Évidemment, parmi les sujets évoqués tout à l'heure qui ont fait couler beaucoup d'encre dans les médias en France, aux États-Unis et un peu partout le monde occidental, la question du Xinjiang et du traitement de la population ouïghoure. Comment analysez-vous le fait que, effectivement, ces questions sont devenues un sujet extrêmement épineux ? Comment la Chine peut y répondre de manière efficace ?

R : Comment on peut le faire efficace et plus efficace, c'est vraiment une question très difficile pour la Chine. Parce que nous n'avons pas cette machine médiatique si puissante que les Occidentaux. Surtout dans le monde occidental, notre voix ne s'entend pas et a été filtrée par les médias ici. Je dirais même qu'entre la Chine et le monde occidental, il s'érige un mur d'information, mais ce mur n'est pas érigé par la Chine, mais par les Occidentaux.

Sur le Xinjiang, voici quelques faits connus de tous : de 1990 à 2016, les forces séparatistes ethniques, les forces extrémistes religieuses et les forces terroristes violentes ont perpétré des milliers d'attaques terroristes au Xinjiang, causant d'innombrables victimes civiles et des centaines de morts dans la police. Afin d'éliminer définitivement ce fléau du terrorisme violent, tout en combattant les terroristes, le Xinjiang a créé, conformément à la loi, des centres d'enseignement et de formation professionnels, pour aider ceux endoctrinés par les idées terroristes et extrémistes à apprendre les lois, la langue nationale courante et les compétences professionnelles, à se débarrasser des idées extrémistes et à retrouver une vie normale. Ces centres ne diffèrent au fond en rien des centres de déradicalisation ou des systèmes de correction communautaire aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France. Comme les pratiques l'ont prouvé, la politique du gouvernement chinois dans la gouvernance du Xinjiang est bonne. Aucun attentat terroriste n'a eu lieu au Xinjiang depuis plus de quatre ans. La population multiethnique locale ne vit plus dans la peur et mène une vie tranquille et heureuse. On compte au Xinjiang plus de 20 000 mosquées, sept langues utilisées dans l'enseignement primaire et secondaire et cinq langues minoritaires utilisées dans les programmes radio/télévision. L'espérance de vie des habitants du Xinjiang est passée de 30 ans au lendemain de la fondation de la République populaire de Chine à 72 ans aujourd'hui, et la population ouïghoure au Xinjiang est passée de 5,55 millions il y a 40 ans à plus de 11 millions aujourd'hui. Où est cette « campagne systématique de répression » ou le « génocide », le « travail forcé », la « stérilisation forcée » dont parlent les médias occidentaux ?

Chaque fois que des rumeurs et mensonges sortent, on fait des éclaircissements. Le gouvernement de la région autonome du Xinjiang a publié huit livres blancs pour présenter tous les aspects du Xinjiang, tenu plus de quarante conférences de presse, et invité des centaines d'habitants ordinaires du Xinjiang pour présenter leurs propres expériences au Xinjiang aux presses chinoises et étrangères. Mais jamais les médias occidentaux, y compris français, ne rapportent ces informations. Ils préfèrent croire et rapporter ce que disent quelques soi-disant « témoins » choisis par des forces antichinoises des pays occidentaux. J'ai compté : au total peut-être une dizaine de « témoins » et ce sont toujours ces personnes-là. Ce qu'ils racontent est à maintes reprises démenti par les autorités du Xinjiang. Par exemple, récemment dans les journaux ici, ils ont rapporté une femme qui disait qu'elle a été professeure pendant quelques mois dans le centre d'enseignement et de formation professionnels au Xinjiang et qui a raconté toutes sortes de « tortures » qu'elle a subies dans le centre ou bien après. D'après le gouvernement du Xinjiang, elle n'a jamais travaillé dans ce centre-là. Alors comment elle peut subir ces « tortures »? Et elle est sortie du pays illégalement et s'est sauvée depuis très tôt de la Chine. Elle n'était pas en Chine pendant ces dernières années. Mais les gens ou bien certaines personnes ici aiment croire aux récits ou racontars de ces gens-là. Je pense que c'est malheureux, parce que l'opinion publique ne peut pas obtenir des informations authentiques.

Q : En même temps, ce n'est pas si facile de s'y rendre aussi. J'y suis allé en 2018 au Xinjiang.

R : 2018, c'est déjà très récent. Vous pouvez voir déjà la situation rétablie.

Q : Oui, de façon générale, c'est vrai qu'on sentait qu'il y avait une certaine vie normale dans les rues de Ürümqi ou dans d'autres endroits où j'ai pu aller. Et en même temps, on sentait quand même une présence très forte des forces de sécurité. J'ai été très frappé de voir dans beaucoup d'endroits tous les 100 ou 150 mètres des militaires, j'allais dire, aux aguets.

R : C'est pour assurer la sécurité.

Q : Comme vous le dites, il y a plus eu d'attentat, mais la situation semblait quand même malgré tout un peu tendue du fait de cette présence sécuritaire quand même très renforcée. Mais ce qui m'a frappé aussi, c'est quand on prenait la route, on peut voir par exemple les stations-service qui ressemblaient plus à un château fort qu'à une station-service, ce qui laissait entendre qu'il y avait encore une certaine crainte. À titre personnel, je trouve très facile d'avancer beaucoup d'informations comme ça, et ce sont toujours les mêmes sources et les mêmes personnes comme vous le dites. Est-ce que la solution la plus simple serait d'ouvrir en quelque sorte la province justement à la presse étrangère pour qu'elle puisse s'y rendre, visiter des centres et discuter avec des personnes de manière libre ?

R : En effet, avec le retour de la situation à la normale, on ouvre de plus en plus progressivement cette région-là.Comme vous l'avez dit, il y a encore des policiers dans les rues. C'est normal pour assurer la sécurité. On peut constater ici en France aussi,et surtout après des attaques terroristes s'il y en a, qu'il y aura certainement le nouveau déploiement de militaires ou policiers dans la rue. C'est normal. C'est pour assurer à la population la sécurité. Maintenant chaque année il y a environ 200 millions de touristes chinois et étrangers qui visitent le Xinjiang, y compris plus de 2 millions de touristes étrangers. Le gouvernement chinois a invité aussi ces dernières années plus de 1 200 diplomates, journalistes et universitaires de plus de 100 pays à se rendre au Xinjiang pour visiter, contacter la population et voir les marchés. Si un « génocide » ou bien d'autres violations massives des droits de l'homme avaient vraiment eu lieu dans le Xinjiang, comment se fait-il que personne ne les ait jamais révélés sur les réseaux sociaux ? Il y a tant de touristes étrangers, diplomates et journalistes qui visitent le Xinjiang. Bien sûr il y a des journalistes occidentaux. Même s'ils voient des aspects positifs, ils grattent les aspects négatifs pour faire leurs reportages. Par exemple, les journalistes BBC utilisent le « filtre d'enfer » pour présenter l'image de la Chine aux publics occidentaux.

Q : C'est comme ce qu'on dit en français « le chien qui se mord la queue ». C'est un cercle vicieux qui s'est mis en place. Je n'arrive pas à saisir la manière dont la Chine peut réussir à sortir de ce cercle vicieux. Qu'est-ce qui pourrait, d'après vous, faire que la Chine, d'un seul coup, retrouve, j'allais dire, une image pas forcément positive mais enfin une image normale. Aujourd'hui le mot chinois, ça veut dire négatif.

R : Cela dépend des deux côtés, de ce que fait et va faire la Chine et de ce que font et vont faire les Occidentaux et les médias occidentaux. Pourquoi ? Parce que même si la Chine fait le mieux, si les médias occidentaux ne le présentent pas tel quel, ça ne sert à rien au niveau de la communication et de la présentation au public occidental. C'est comme j'ai dit tout à l'heure, il existe un mur d'information entre la Chine et l'Occident. Toutes les informations authentiques ne peuvent pas pénétrer ou bien enfoncer ce mur pour entrer dans le public occidental. C'est vraiment tragique. Je dois faire appel aux médias occidentaux d'observer leurs principes du journalisme de respecter la vérité. Il ne faut pas se coincer dans leur idéologie. La Chine n'est pas un ennemi idéologique pour les Occidentaux. Notre civilisation traditionnelle préconise toujours de rester en bons termes avec les autres. Notre philosophie préconise que si vous voulez vous lever, il faut aider les autres à se lever et qu'il faut aider l'autre à parvenir où vous pouvez aller. C'est notre philosophie. Il faut laisser le public occidental savoir la vraie Chine. Je pense que des médias occidentaux sont influencés par des politiciens américains qui considèrent la Chine comme leur adversaire le plus sérieux ou bien principal et qui veulent utiliser tous les moyens pour contrer la Chine. Ces médias-là jouent le rôle de complice avec ces politiciens.

Q : Est-ce que, d'après vous, c'est le signe que les Occidentaux, les Etats-Unis en premier lieu, ont finalement peur d'être un jour dépassés par une autre civilisation et un autre peuple?

R : Ce que nous préconisons, c'est faire la compétition dans le stade, pas une lutte dans l'arène. La compétition dans le stade, c'est se stimuler l'un l'autre pour être plus fort. La lutte dans l'arène, c'est le problème de la vie et de la mort. Donc nous préconisons cette compétition loyale et positive. La Chine n'a pas l'intention de remplacer quiconque. Quel que soit son niveau de développement, la Chine ne prétendra jamais à l'hégémonie, à l'expansion ou à la conquête des sphères d'influence. La Chine ne veut que se développer mieux et on a le droit de se développer mieux. Récemment le secrétaire général de l'OTAN a dit qu'il faut inhiber ou bien empêcher le développement de la Chine. Ce n'est pas bon, puisque tous les pays ont le droit du développement. Pourquoi vous voulez nous empêcher ? Qui est agressif ? Ce n'est pas les Chinois qui sont agressifs. De ce point de vue, ce sont les Occidentaux qui sont agressifs. La Chine n'a jamais eu l'intention de combattre quiconque, mais on a le droit de se défendre.

Q : Pour en revenir très rapidement sur le Xinjiang. Cette question est devenue en Europe un élément important, à tel point que cela a comme conséquence de retarder la reconnaissance du traité sur les investissements qui a été signé à la fin de l'année dernière. Qu'est ce-que vous en pensez ? De quelle façon on peut sortir encore une fois de cette impasse ? Il semble bien aujourd'hui que Bruxelles veut mettre ça de côté puisque le Parlement européen ne ratifiera pas le traité en tant que tel du fait de la question du Xinjiang.

R : C'est malheureux de politiser une question commerciale. En effet, l'accord d'investissement Chine-Europe est un accord mutuellement bénéfique pour la Chine et l'Europe. On peut dire même qu'il est plus bénéfique à l'Europe qu'à la Chine, parce que selon ce que disent les Européens, la Chine a fait beaucoup de concessions dans les négociations de cet accord-là. Mais maintenant certaines personnes et certains députés européens veulent utiliser ça comme une arme contre la Chine. C'est un peu comme se tirer une balle dans les pieds pour punir la Chine, c'est contre-productif. Nous ne souhaitons pas voir cette situation. Nous souhaitons toujours continuer le processus de ratification de cet accord pour qu'il entre au plus tôt en vigueur et profite aux deux parties. Nous avons la confiance que les dirigeants des pays européens et de l'Union européenne ont cette vision stratégique et à long terme sans être influencés par les cacophonies qui s'opposent à la Chine.

L'application de l'accord d'investissement est dans l'intérêt des deux parties. Selon les statistiques françaises et européennes, maintenant la Chine est le premier partenaire commercial de l'Europe. Entre la Chine et la France, la France a accumulé des investissements en Chine d'un montant de 26 milliards d'euros. Il y a 1 100 entreprises françaises qui font affaires en Chine. En revanche, les investissements chinois en France n'est que de 6 milliards. Il existe en effet un déséquilibre. Mais les Français nous accusent toujours que « le marché n'est pas assez ouvert » et de « difficultés dans l'accès au marché », mais ce n'est pas le cas. En effet, le marché chinois est très ouvert, par exemple aux produits agroalimentaires français. La Chine achète chaque année beaucoup de produits agroalimentaires français. Nous avons aussi la coopération dans divers domaines qui apporte beaucoup d'avantages et de profits à la France, et bien sûr à la Chine aussi. C'est pourquoi je dis que c'est une coopération gagnant-gagnant. Pourquoi on crée encore des obstacles là-dedans ? Je le dis au niveau Chine-Europe.

Et nous apprécions hautement les dirigeants français et allemand, le Président Emmanuel Macron et Madame Merkel. Ils ont vraiment des visions stratégiques et ne sont pas influencés par ces voix d'objection et d'opposition. Récemment j'ai suivi de près les déclarations publiques du Président Macron lors des sommets du G7 et de l'OTAN. Il a très bien parlé sur la position de l'Europe et de la France vis-à-vis de la Chine. Je pense qu'il est objectif et visionnaire. D'ailleurs, entre la Chine et la France, nous avons la tradition d'amitié. La France est le premier pays occidental à avoir établir des relations diplomatiques avec la Chine. Les deux pays respectent depuis l'établissement des relations diplomatiques les principes tels que l'indépendance, la compréhension mutuelle, la clairvoyance et la coopération mutuellement bénéfique. Je pense que si on respecte ces principes-là, les relations bilatérales et la coopération bilatérale peuvent apporter de nouveaux résultats et de nouveaux fruits.

Q : En même temps, la France s'engage de plus en plus dans une stratégie Indo-Pacifique et manifeste de plus en plus son engagement sur les manœuvres militaires entre la France, les Etats-Unis et l'Inde il y a très peu de temps. Disons que la France manifeste une certaine position proche des Etats-Unis dans leur vision stratégique de la Chine. C'est-à-dire que l'Union européenne par exemple a aussi dit que la Chine était un rival systémique. La France fait partie de l'Union européenne et n'a pas rejeté cette vision. Comment voyez-vous justement l'évolution des relations de l'Union européenne avec la Chine dans cette perspective et notamment de la position de la France dans cette perspective?

R : Nous souhaitons que la stratégie Indo-Pacifique de la France ou bien de l'Union européenne soit une stratégie promouvant la coopération avec les partenaires de la région, au lieu d'être une stratégie contre la Chine ou plus précisément une stratégie militaire contre la Chine. Mais malheureusement, jusqu'à aujourd'hui, on ne voit que l'aspect militaire et on n'a pas encore bien vu les aspects de la coopération économique et commerciale. Il faut que la France mette l'accent sur ces aspects de coopération économique et commerciale. Dans ce cas-là, la Chine peut faire parfaitement la coopération avec la France dans la région dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route ». C'est une initiative de coopération profitable à tous les pays concernés. D'après un rapport de la Banque mondiale, cette initiative aidera à sortir dans les pays concernés 7,6 millions de personnes de l'extrême pauvreté et 32 millions de personnes de la pauvreté modérée. C'est une plate forme de coopération. La Chine n'a jamais eu l'intention de l'utiliser comme un instrument stratégique. Si on peut faire la coopération avec la France dans ce cadre, c'est mieux. La France a proposé aussi qu'on peut faire la coopération dans les marchés tiers, par exemple en Afrique. C'est une bonne chose. C'est pourquoi pour la perspective des relations entre la Chine, les Etats-Unis, l'Europe et la France, ce que nous souhaitons, c'est toujours vers un sens de non-conflit, de non-confrontation et de coopération gagnant-gagnant.

Q : Mais en même temps, il y a eu le sommet du G7 ce week-end. Parmi les choses qui ont été mises sur la table par Joe Biden, il y a ce plan B3W « Build Back Better World » qui est clairement exprimé par les Américains comme une réponse à l'initiative chinoise. Et là encore, les membres du G7 ont souscrit à cette initiative. Est-ce que vous ne voyez pas une certaine ambiguïté de la part des Occidentaux ? Je ne parle pas des Etats-Unis parce qu'évidemment ils sont dans cette confrontation, mais des Allemands ou des Français qui finalement vont suivre les directives américaines.

R : Si les pays occidentaux peuvent lancer une initiative d'aider les pays en développement de construire des infrastructures, c'est mieux pour nous. En effet, les pays développés doivent faire des efforts et contributions au développement mondial, surtout au développement des pays en développement. Nous souhaitons bonne chance à l'initiative B3W.

Q : Dans la perspective justement de 2049, prochaine grande étape, la question de Taiwan va se poser avec de plus en plus d'insistance. On voit depuis plusieurs mois les tensions augmenter autour de ce sujet. Je me souviens d'une déclaration du Premier Ministre Zhou Enlai en 1950, qui avait dit « le principal problème de la Chine, c'est le Taiwan ». Est-ce toujours vrai et comment pensez-vous finir par régler cette question ?

R : Le problème de Taiwan est effectivement un problème très sensible et très important de la Chine. La Chine est la seule grande puissance du monde qui n'a pas réalisé la réunification du pays. Taiwan fait partie intégrante de la Chine depuis l'Antiquité. Depuis le quatrième siècle et l'époque des Trois Royaumes en Chine, Taiwan a fait partie d'un de ces trois royaumes de la Chine. Après et surtout à partir des dynasties des Ming et des Qing, le gouvernement central de la Chine a installé des institutions gouvernementales à Taiwan pour faire la gouvernance. Ce n'est qu'à la fin du 19ème siècle, plus précisément en 1894 et 1895 après la guerre sino-japonaise, la Chine a été défaite et Taiwan a été coupée pour le Japon. Après la Seconde Guerre mondiale, Taiwan a été récupérée par la Chine.

Le problème de Taiwan réside toujours dans la souveraineté de la Chine. Sur ce problème-là, la position du gouvernement chinois reste toujours très ferme et constant. On n'a pas de possibilité et d'espace de faire la concession ou le compromis sur ce problème-là. Comment résoudre le problème ? Depuis le début des années 80, le gouvernement chinois a déclaré que nous espérons résoudre la réunification de la patrie de manière pacifique. Le principe d'« un pays, deux systèmes » a été proposé par Monsieur Deng Xiaoping au premier abord pour résoudre le problème de Taiwan. Monsieur Deng Xiaoping dit que après la réunification Taiwan peut continuer à appliquer leur système capitaliste. Mais en effet, c'est Hong Kong qui est le premier à appliquer ce principe. Nous restons toujours sur notre position d'appliquer le principe d'« un pays, deux systèmes » pour résoudre le problème de Taiwan.

Mais malheureusement, ces quelques dernières années, le Parti démocrate progressiste à Taiwan a pris le pouvoir. C'est un parti radicalement indépendantiste. Il renonce à tous les consensus dégagés par les deux parties du détroit de Taiwan, à savoir les deux côtés du détroit de Taiwan reconnaissent tous les deux qu'ils font partie à la seule Chine. Maintenant cette base politique de développement des relations inter-détroit n'existe plus à cause de la politique radicale indépendantiste du Parti démocrate progressiste. La situation tendue n'est pas créée par le gouvernement chinois, mais par le Parti démocrate progressiste à Taiwan. Et surtout, ils sont soutenus par les Américains. Cela a compliqué la situation. Vous devez savoir que ces quelque temps et depuis l'administration de Trump, les Américains ont fait maintes manœuvres ou tours de passe-passe pour franchir la ligne rouge de la Chine et provoquer la Chine. Le gouvernement chinois reste toujours très retenu. On est très ferme sur notre position, mais en même temps on fait preuve de retenue. Sinon, il y aurait eu déjà la guerre. Si on veut maintenir une situation paisible et pacifique dans la zone du détroit de Taiwan, il faut que le Parti démocrate progressiste fasse preuve de leur volonté de paix et que les Américains ne doivent pas s'ingérer dans les affaires de la Chine. Surtout il ne faut pas se servir du problème de Taiwan pour endiguer ou contre la Chine.

Q : Les Européens aussi ont tendance un peu à utiliser Taiwan comme levier de pression sur Beijing. Par exemple, certains pays veulent ouvrir des bureaux de représentation alors qu'ils n'en avaient pas. Dans la déclaration du G7, pour la première fois, Taiwan a été aussi mentionnée clairement. Effectivement, on sent qu'il y a une pression de plus en plus forte qui est exercée sur Beijing via la question taïwanaise. Il y a quand même, j'allais dire, danger à l'utiliser, comme vous le dites, puisque la Chine n'a pas du tout d'espace de compromis ou de céder sur les questions de souveraineté territoriale. Comment voyez-vous à moyen terme l'évolution de cette question ?

R : Ce que certains Européens font, c'est ce à quoi nous nous opposons fermement. Nous pensons que les Européens ne doivent pas emboîter le pas aux Américains pour provoquer la Chine. Sur le problème de Taiwan, la Chine n'a pas d'espace de reculer ou de faire la concession. Il n'est pas question de l'indépendance de Taiwan. Plus on nous fait des pressions, plus notre position est ferme. Si les Européens veulent voir une situation calme au détroit de Taiwan, il ne faut pas faire la pression sur la Chine. Ce que nous espérons au moyen terme, c'est la résolution pacifique du problème de Taiwan. Bien sûr, on ne renonce pas au recours à la force. C'est pour prévenir l'ingérence étrangère et dissuader les tentatives des indépendantistes taïwanais de risquer et de se hasarder. Ce n'est pas pour viser le peuple taïwanais. Vous pouvez imaginer, si la Chine renonce au recours à la force, les indépendantistes et séparatistes de Taiwan déclareront le lendemain l'indépendance. Donc c'est une force dissuasive.

Q : 2049, dans l'esprit du Président Xi Jinping, est-ce que ça signifie qu'il faudra que la réunification de la Chine soit effective, quel que soit le mode, que ce soit sur un mode « un pays, deux systèmes » ou une réunification plus militariste si on n'y parvient pas ? Parce que compte tenu des mois qui sont passés et les mois qui vont sans doute arriver, on voit bien que la place au dialogue n'existe pas. Puisque vous, de votre côté, logiquement, dites « nous n'avons pas de place pour la concession ou le compromis », de l'autre côté, on voit bien que l'administration de Madame Tsai Ing-wen n'est pas non plus disposée à beaucoup discuter. Vous l'avez souligné et on le voit tous les jours, les Etats-Unis mettent beaucoup d'huile sur le feu. Les Européens jouent aussi un rôle qui est parfois tendu. Dans ce contexte-là, est-ce que l'idée est vraiment qu'en 2049, qui sera un moment symboliquement très important, la question de Taiwan devra être réglée à ce moment-là?

R : La réunification de la patrie, je pense que c'est notre objectif inchangé et inchangeable. L'avenir de Taiwan réside dans la rentrée dans le giron de la patrie. Nous souhaitons certainement une solution pacifique et une réunification pacifique. Mais si on jette de l'huile sur le feu, ça sera la guerre.

Q : Merci beaucoup. C'est un plaisir de dialoguer avec vous.

R : Moi aussi, je suis très content de dialoguer avec vous.

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