Discours de Monsieur ZHAO JINJUN, ambassadeur de Chine en France,prononcé à la conférence organisée par la communauté chinoise et le monde industriel et commercial de Tahiti
2005/12/29

Monsieur le Président,

Chers Amis,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de me trouver aujourd'hui parmi les amis de la Polynésie française. Je voudrais tout d'abord vous dire que la délégation chinoise, qui vient de passer un bref séjour ici, a gardé de très beaux souvenirs de la culture multiethnique et du magnifique paysage de l'archipel. Ils sont également très touchés par l'hospitalité exceptionnelle des polynésiens. Je tiens donc à remercier encore une fois tous les amis polynésiens qui, en accueillant chaleureusement cette délégation, ont témoigné une fois de plus leur amitié pour le peuple chinois. Bien entendu, je voudrais en même temps saisir cette occasion pour présenter brièvement la situation économique de la Chine et les relations sino-françaises aux amis ici présents. Je sais que vous vous y intéressez fortement. Après la présentation, je serais très content de discuter avec vous pour voir comment nous pouvons renforcer davantage la coopération économique et commerciale entre la Chine et la Polynésie française.

Mesdames et Messieurs,

Grâce à la politique de réforme et d'ouverture appliquée depuis la fin des années 70, la Chine est entrée dans une période marquée par le développement le plus rapide, le progrès le plus grand et le changement le plus profond de son histoire. Son économie qui se développe de manière soutenue connaît une croissance annuelle de 9,4% en moyenne, et les conditions de la vie de son peuple se sont améliorées considérablement. Aujourd'hui, la Chine est au 6e rang mondial pour le poids économique, au 3e rang pour le volume du commerce extérieur et au 2e rang pour la réserve en devises étrangères. En outre, la Chine a réalisé de grands progrès dans les domaines culturel, éducatif, technologique et scientifique. Le lancement réussi du vaisseau spatial SHENZHOU VI en est un bel exemple.

Pour son développement à long terme, la Chine a fixé l'objectif de doubler son PIB par tête d'habitant en 2010 par rapport à 2000, l'année où son PIB par tête d'habitant était de 800 dollars. En 2020, nous comptons réaliser un PIB de 4 000 milliards USD, c'est à dire 3 000 dollars par tête d'habitant. Ce sont des objectifs ambitieux quand on pense que la Chine compte aujourd'hui 1,3 milliard d'habitants. Mais nous sommes tout à fait confiants. Les raisons en sont les suivantes :

Premièrement, la Chine continuera à appliquer fermement sa politique de réforme et d'ouverture, qui est à l'origine de sa réussite de ces 27 dernières années. La Chine ne changera pas cette politique, bien au contraire, elle s'efforcera d'élargir toujours plus l'ouverture et d'approfondir encore davantage la réforme.

Deuxièmement, la croissance économique chinoise s'appuiera de plus en plus sur la demande domestique, ce qui est fondamental pour le développement durable de la Chine. Avec ses 1,3 milliard d'habitants et actuellement en pleine industrialisation et urbanisation, la Chine possède un potentiel de marché immense. En 2004, la vente de biens de consommation et de production en Chine représente un chiffre d'affaires d'environ 2 000 milliards de dollars américains, tandis que cette année, la consommation domestique accroîtra, selon les prévisions, de 13%. Avec la croissance économique accélérée, l'élévation du niveau de vie de la population, ainsi que le développement des régions rurales et du Centre-Ouest du pays, l'expansion du marché intérieur de la Chine sera encore plus importante. L'économie chinoise peut donc toujours compter très largement sur la demande domestique.

Troisièmement, la Chine s'est engagée dans une voie de développement rationnel, en poursuivant fermement la restructuration de ses secteurs économiques afin d'assurer un développement plus harmonieux. Nous ferons aussi beaucoup d'efforts pour rétablir l'équilibré entre les zones côtières de l'Est et de vastes régions de l'Ouest, tout comme entre ville et campagne. Notre économie devra être une économie peu consommatrice d'énergie, respectueuse de l'environnement, et caractérisée par une croissance durable, harmonieuse et régulière.

Ces deux dernières années, une série de mesures importantes ont été prises en vue de la réforme du système économique : la transformation des grandes et moyennes entreprises d'Etat en sociétés anonymes, la réforme des banques commerciales d'Etat avec l'introduction de l'actionnariat, la réforme du mécanisme du taux de change de la monnaie chinoise, etc. L'année prochaine, la Chine supprimera les impôts agricoles et exonérera les 160 millions d'écoliers, de collégiens et de lycéens de la campagne des frais de scolarité. Ce qui produira sans aucun doute des effets positifs pour stimuler la demande du marché rural que forment 800 millions de paysans chinois.

Quatrièmement, la Chine déploiera tous ses efforts en faveur d'une coopération économique et commerciale internationale renforcée. Il est constaté que les liens économiques entre la Chine et le reste du monde deviennent chaque jour plus étroits. Le volume des imports-exports de la Chine s'est chiffré à 1 150 milliards de dollars américains en 2004, et il poursuit un accroissement rapide cette année. La Chine est à la fois un grand pays exportateur et un grand pays importateur. Ses importations dépasseront 600 milliards de dollars cette année et 1 000 milliards en 2010 selon les prévisions. La Chine souhaite toujours la bienvenue aux investisseurs étrangers. Ces deux dernières années, les investissements étrangers directs ont atteint 60 milliards de dollars par an.

Aujourd'hui, la Chine occupe une place primordiale dans l'économie mondiale. En 2004, son PIB représente 4% du PIB mondial, et son commerce extérieur équivaut à 6% des échanges commerciaux mondiaux. Ainsi, la Chine a contribué à hauteur de 10% à la croissance de l'économie mondiale et du commerce international. Je voudrais souligner que le développement de la Chine profite non seulement au peuple chinois, mais aussi aux hommes d'affaires de tous les pays, en leur offrant d'innombrables opportunités de coopération. Parmi ceux qui travaillent avec la Chine, beaucoup ont réalisé d'importants bénéfices. Par ailleurs, les consommateurs étrangers ont pu également bénéficier des marchandises chinoises qui sont à la fois bon marché et de bonne qualité. Actuellement, la Chine est en train d'ouvrir progressivement aux capitaux étrangers les secteurs comme la distribution, l'automobile, le commerce, l'agriculture, la télécommunication et l'assurance. Nous poursuivrons nos efforts pour améliorer davantage les conditions d'investissement et de commerce, mieux protéger la propriété intellectuelle, et mener toujours plus étroitement notre coopération économique avec tous les pays du monde.

Mesdames et Messieurs,

Après avoir parlé des succès que mon pays a obtenus au cours de ces trois dernières décennies, je dois vous rappeler que la Chine reste encore le plus grand pays en voie de développement du monde. Divisée par 1,3 milliard d'habitants, la richesse que représente l'économie chinoise devient infime. En 2004, la Chine était classée derrière le 100e rang mondial en termes de PIB par tête d'habitant. En dehors de sa population nombreuse, elle doit affronter, sur son chemin de développement, des défis d'ordre environnemental et énergétique, ainsi que des problèmes comme les disparités entre l'Est et l'Ouest et entre ville et campagne. A présent, nous avons à gérer une croissance démographique annuelle supérieure à 10 millions, à aider 26 millions d'habitants ruraux vivant au-dessous du seuil de pauvreté, à créer des emplois à 21 millions de chômeurs en ville et à prendre soin des 60 millions d'handicapés, l'équivalent de la population totale de la France. Tout cela pour vous illustrer que le moindre problème, quand il est multiplié par 1,3 milliard, prendra tout de suite une ampleur gigantesque. Dans ce sens, il nous faut encore des efforts inlassables de plusieurs générations, même d'une dizaine de générations pour rattraper les pays au niveau de développement moyen et assurer à tous les Chinois une vie aisée. En un mot, le chemin qui reste à parcourir est encore très long. Telle est la réalité de la Chine.

Maintenant, Mesdames, Messieurs, j'aimerais bien vous parler des relations sino-françaises.

Comme vous pouvez le constater, nos relations traversent en ce moment la meilleure période de leur histoire. Les visites de haut niveau se multiplient, et la confiance réciproque se renforce sur le plan politique. L'année dernière, nos deux Chefs d'Etat se sont rendu visite. C'était une grande première. Cette année, ce sont nos deux Premiers Ministres qui ont échangé des visites. C'est également jamais vu dans l'histoire des échanges sino-français. Les années croisées Chine-France ont eu beaucoup de succès, contribuant ainsi à l'approfondissement des connaissances mutuelles et au renforcement des liens amicaux entre nos deux peuples. En même temps, elles constituent un très bel exemple à suivre pour les échanges culturels entre l'Orient et l'Occident. Sur le plan économique et commercial, le volume des échanges bilatéraux dépassera très probablement 20 milliards de dollars cette année. La France est d'ores et déjà le 2e partenaire de coopération technologique et le 4e partenaire commercial de la Chine en Europe. Elle est également le 3e investisseur européen en Chine. Si je dois décrire les caractéristiques du partenariat sino-français, je dirai tout simplement qu'il est stratégique, global et durable.

Mesdames et Messieurs,

Les économies chinoise et française sont fort complémentaires, les champs de coopération s'élargissent sans cesse. Dans les secteurs tels que l'aéronautique, l'énergie et le ferroviaire, nous avons déjà une solide base de coopération, tandis que dans les domaines d'agriculture, d'environnement, de télécommunications, et de technologies de pointe, notre coopération réalise aussi des percées vigoureuses. Progressivement, les entreprises françaises, plutôt concentrées dans les régions côtières du Sud-Est de la Chine, vont s'implanter dans le Centre, dans l'Ouest et dans le Nord-Est. La plupart des entreprises françaises opérant en Chine y ont obtenu de belles performances. C'est le cas de Véolia, de Lafarge, de Carrefour, de Snecma et de beaucoup d'autres. En sens inverse, les entreprises chinoises commencent de leur côté à s'intéresser au marché européen. Ainsi, TCL, une puissante firme électronique chinoise a acheté la branche téléviseur couleur de Thomson et la branche téléphone portable d'Alcatel.

 

Il est à souligner que l'année 2005 est aussi marquée par l'essor de la coopération entre les PME-PMI des deux pays. L'objectif fixé par le gouvernement français d'encourager 1 000 entreprises françaises supplémentaires à aller en Chine a été atteint très largement. En effet, 1 400 PME-PMI sont allées explorer le marché chinois. Beaucoup y ont noué des contacts. En plus, cette année est aussi une année de coopération décentralisée. Les maires de Paris, de Marseille et de Lyon ainsi que de nombreux responsables locaux français ont conduit des délégations d'entrepreneurs en visite en Chine. Ces visites ont abouti à des résultats substantiels.

Il y a quelques jours, le Premier Ministre chinois WEN Jiabao a effectué une visite en France. Cette visite a donné une nouvelle impulsion à la coopération économique et commerciale sino-française. Une vingtaine d'accords de coopération ont été signés à cette occasion, couvrant les domaines aussi variés que l'aéronautique, le train à grande vitesse, le transport, l'énergie nucléaire, la finance, l'assurance, l'éducation, la science et la technologie, ainsi que les échanges entre la jeunesse. Parmi tous ces accords, figure celui portant sur l'achat par la Chine de 150 appareils d'Airbus A320, d'une valeur de 9,7 milliards de dollars. Il s'agit de l'accord le plus important que la Chine ait jamais signé en matière d'acquisition d'avions.

L'année prochaine, le Président CHIRAC visitera pour la 4e fois la Chine en tant que Président de la France. Cette visite constituera certainement l'un des événements les plus importants de 2006 pour le partenariat global stratégique sino-français. Elle ouvrira encore plus largement des perspectives de coopération sino-françaises. Dans ce contexte très favorable, les échanges entre la Chine et la Polynésie française devront aussi s'intensifier. Ces dernières années, nos contacts se sont multipliés. Le Président chinois JIANG Zemin, le Président du Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale QIAO Shi, le membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois (CCPCC) LI Changchun et cette fois-ci, Monsieur LUO Gan, Conseiller des Affaires d'Etat, également le membre du Comité permanent du Bureau politique du CCPCC, sont successivement passés par la Polynésie française dans leur voyage officiel à l'étranger. En plus, chaque année, des navires d'exploration scientifique chinois font escale à Papeete pour s'approvisionner. A part cela, nous avons aussi plus d'échanges économiques et culturels.

C'est justement dans ce contexte très favorable que les gouvernements chinois et français ont conclu récemment un accord qui prévoit l'ouverture très prochaine d'un consulat chinois à Papeete. En plus, la Chine a décidé d'accorder à la Polynésie française le statut de destination touristique autorisée (SDA). Tout cela ouvre de nouvelles perspectives à la coopération mutuellement avantageuse entre la Chine et la Polynésie française dans divers domaines. Je pense que le commerce, le tourisme, la pêche, la culture halieutique et la fabrication de bateaux peuvent être les secteurs prioritaires de notre coopération. L'année dernière, 30 millions de touristes chinois ont voyagé à l'étranger, dont plus de 500 mille ont visité la France, d'où un très grand potentiel de coopération dans le domaine touristique.

La Polynésie française dispose d'un atout pour développer ses échanges et sa coopération avec la Chine. Il s'agit de la présence d'une communauté chinoise très dynamique pour laquelle j'ai beaucoup d'admiration. Depuis de nombreuses années, les Chinois de Tahiti, travailleurs et solidaires, bien intégrés dans la société locale, apportent une part de contribution remarquable au progrès économique, social et culturel de la Polynésie française. Dans le même temps, ils sont attachés à leur racine, soucieux de préserver leur tradition et attentif au développement de la Chine. Ils constituent un pont et un trait d'union exceptionnels qui relient la Chine et la Polynésie française. Je suis sûr qu'ils joueront un rôle toujours plus actif dans nos échanges et coopération.

Mesdames et Messieurs,

En tant qu'ambassadeur de Chine en France, j'aimerais bien voir nos amis polynésiens faire plus d'efforts pour mieux connaître la Chine et saisir l'opportunité qui vous est offerte pour promouvoir davantage une coopération fructueuse entre la Chine et la Polynésie française. L'ambassade de Chine en France et le futur consulat de Chine à Papeete sont à votre entière disposition pour vous aider à découvrir la Chine, que ce soit pour le tourisme ou pour faire des affaires.

Pour terminer, je vous souhaite beaucoup de bonheur et de succès.

Je vous remercie.

 

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