L'Ambassadeur KONG Quan accorde une interview à « La Tribune »
2009/12/20

 

A la veille de la visite du premier ministre français François FILLON en Chine, M. KONG Quan, ambassadeur de Chine en France a accordé une interview à « La Tribune».

 

François Fillon se rend en Chine. Quel est le but de ce voyage ?

Il s'agit de définir les grandes orientations de notre coopération. Il rencontrera les dirigeants chinois, s'entretiendra avec son homologue et assistera à la signature des accords ou contrats de coopération. Ce sera une nouvelle impulsion pour le partenariat global et stratégique entre la Chine et la France.

La visite de Monsieur Fillon sera suivie des autres visites de haut niveau durant l'annee prochaine, cellee du président Nicolas Sarkozy l'an prochain à l'occasion de l'exposition universelle de Shanghai est en projet. Il y aura 70 millions de visiteurs pour l'expo.

Comment vont-elles les relations sino-françaises depuis la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Dalai Lama il y a un an ?

Cette année marque le 45e anniversaire de nos relations diplomatiques. Les liens bilatéraux se sont resserres toujours davantage. Il y a 45 ans, nos deux pays réalisaient 100 millions de dollars d'échanges commerciaux par an. Aujourd'hui, ce montant est atteint chaque jour. Il y a 45 ans, 3000 personnes faisaient la navette chaque année entre la France et la Chine. Aujourd'hui on en compte 4.000 chaque jour et sans doute davantage. Entre 700.000 et 1.000000 de touristes chinois visitent la France chaque année. Le nombre d'entreprises ou d'implantations françaises sur le sol chinois s'élève à 3.900. Inversement, une centaine d'investisseurs chinois sont en France, qui couvrent banque, transport, IT etc.. Ces chiffres montrent bien la vitalité de nos relations, et je suis confiant dans son avenir.

Quant aux difficultés auxquelles vous faites allusion, le communiqué de presse sino-français publié le 1e avril dernier a dit tout.

Le Tibet a cessé d'être un sujet de tension?

« La France et la Chine ont des points de divergence sur certaines questions. Mais à travers le dialogue, on peut mieux se comprendre. Le Tibet ne reste pas un sujet de tension. La Chine et la France ont publié une déclaration conjointe qui a marqué la volonté de part et d'autre de travailler ensemble. Nos chefs d'Etat respectifs se sont rencontrés très souvent lors des G20 de Londres le premier avril dernier, et à New York en septembre. »

Lors du G20, pour que la Chine assouplisse sa position sur le projet de liste des paradis fiscaux dont HongKong et Macau, la France n'a-t-elle pas dû reconnaître la souveraineté de Pékin sur le Tibet ?

Non, il n'y a pas eu de marchandage entre la question du Tibet et celle des paradis fiscaux. La Chine n'a pas peur des critiques. Nous ne prétendons pas être parfaits. Mais nous sommes contre l'ingérence dans les affaires intérieures.

La Chine veut-elle devenir une superpuissance ?

Ce n'est pas une façon appropriée de nous qualifier. Notre économie se développe très vite, 10% en moyenne depuis une trentaine d'années. Cela est une realite. Mais quand on examine avec attention le revenu par habitant, qui est de l'ordre de 3000 dollars, représente 1/14 de celui d'un Américain et 1/12 de celui d'un Européen, on apprend quelque chose. Cela nous place au-delà du 100e rang du monde. Par ailleurs, nous connaissons de fortes inégalités entre les villes et les campagnes, entre les régions, entre couches sociales. Le gouvernement en est conscient. Il a pris des mesures importantes pour y remédier. Notre objectif n'est pas de devenir une superpuissance, mais d'améliorer sans cesse le niveau de vie de la population, réaliser un développement durable et sauvegarder la paix et la stabilité du monde. Nous sommes toujours un monde multipolaire, une politique determinée depuis le debut de l'avènement de la Chine nouvelle.

Et pour ce qui concerne les réformes en faveur de davantage de démocratie ?

Le sujet est très important. Nous respectons les valeurs universelles. S'agissant des droits de l'homme, nous avons introduit il y a trois ans une clause spécifique dans notre constitution sur le respect des droits de l'homme. D'un point de vue philosophique, il n'y a pas un seul modèle démocratique. La Chine est toujours en mouvement sur ce chapitre. Je pense qu'aujourd'hui dans le monde, aucun pays ne peut se prétendre le paradis des droits de l'homme. Chacun a quelque chose à améliorer. La Chine ne fait pas exception. Tout en nous développant, nous souhaitons la protection des droits de l'homme. Ils constituent une notion large qui inclut le droit à l'existence, à la nourriture et à l'éducation. Tout cela doit être assuré aux Chinois. 16 millions de bébés naissent chaque année, 30 par minute en Chine. A tous ces enfants, il faut non seulement garantir le droit à l'existence, mais aussi le droit à l'éducation, les droits sociaux, bref assurer les besoins élémentaires. Selon le critère de l'ONU, la Chine a encore 150 millions de gens qui vivent au seuil de la pauvreteé La mission de développement pour tout le pays et tout le peuple reste lourde. Nous améliorons notre réflexion tous les jours. C'est un processus. En relançant l'économie, nous espérons étendre la protection sociale. Dans le plan de relance de 400 milliards d'euros sur deux ans que nous avons mis en œuvre fin 2008, il y a une enveloppe importante pour les allocations familiales et l'éducation dans les campagnes. Il s'agit de renforcer la consommation car aujourd'hui le taux d'épargne des ménages chinois atteint 40% du revenu disponible. L'économie chinoise redémarre grâce à la consommation et à l'investissement public.

 

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