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DISCOURS DE M. ZHAO JINJUN,AMBASSADEUR DE CHINE EN FRANCE,A UNE REUNION DU GROUPE INTERPARLEMENTAIRE FRANCE-CHINE DU SENAT(7 décembre 2004)
2004-12-28
Monsieur le Président Jean Besson, Honorables Sénateurs, Chers Amis, Aujourd'hui, je suis très heureux de me trouver réuni avec vous, nos chers amis membres du groupe interparlementaire France-Chine du Sénat. Après mon installation à Paris en tant qu'ambassadeur voilà il y a un an et demi, j'ai été plusieurs fois au Sénat. Chaque visite à cette institution prestigieuse m'a laissé un souvenir profond. Je dois souligner surtout l'accueil chaleureux et solennel que le président Christian Poncelet et des sénateurs ont réservé au président Hu Jintao lors de sa visite en France en janvier dernier, à l'occasion du 40e anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France, ce qui témoigne pleinement de l'amitié étroite entre les peuples chinois et français. Le président Poncelet m'a dit qu'il était fortement marqué par la visite qu'il a eu la chance d'effectuer en Chine, en tant que jeune député, avec M. Alain Peyrefitte au lendemain de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays en 1964. Il m'a affirmé sa volonté de contribuer, toute sa vie durant, à l'amitié sino-française. J'en suis très touché. Je suis convaincu que c'est animé de cette même volonté que vous avez choisi de siéger dans ce groupe interparlementaire. Au cours de l'année écoulée, votre groupe a beaucoup travaillé pour la promotion de nos relations bilatérales. Je voudrais saisir cette occasion pour vous remercier tous, Monsieur le président, Messieurs les vice-Présidents et tous nos amis membres du groupe ici présents, de votre soutien énergique à l'intensification des relations sino-françaises. Je me souviens de la visite en France en mars dernier de Mme Gu Xiulian, vice-présidente du comité permanent de l'Assemblée populaire nationale (APN) de Chine, à l'occasion de la semaine de femme chinoise dans le cadre de l'Année de la Chine. Le vice-président du groupe, M. Jacques Valade, au nom du président Poncelet, lui a réservé un accueil très chaleureux et a présidé avec elle un séminaire. L'APN de Chine et la Fédération nationale des femmes de Chine sont très reconnaissantes au Sénat français. J'ai assisté tout dernièrement au colloque « PME – 2004 objectif implantation en Chine » et à une réunion des collectivités locales sur la préparation de l'Année de la France organisés par le Sénat. Je suis vivement impressionné par l'engagement actif du groupe d'amitié pour la promotion des échanges économiques, commerciaux et culturels entre la France et la Chine. Je me réjouis d'apprendre que le président Jean Besson et le vice-président Jacques Valade se sont rendus en mai dernier dans la Région autonome du Xinjiang. Ce qui a permis au Sénat français de mieux connaître l'Ouest de la Chine. Cette région, où réside 29% de la population totale du pays, couvre 56% du territoire. Riche en ressources naturelles, elle reste relativement sous-développée sur le plan économique. J'espère que le Sénat suivra toujours de près le développement de cette partie de la Chine et contribuera davantage à la coopération économique de nos deux pays dans cette région. Et j'espère que vous viendrez nombreux la découvrir. En octobre dernier, le président Jacques Chirac a commencé sa visite en Chine par Chengdu, une ville dans l'Ouest de la Chine. Ce n'était pas là un choix fortuit. Par son séjour à Chengdu, le président a voulu affirmer la volonté de la France d'accompagner la Chine dans la mise en œuvre de son plan stratégique du développement de l'Ouest du pays. A l'heure actuelle, les relations sino-françaises se trouvent dans la meilleure période de leur histoire. Le président Hu Jintao est très attaché à l'intensification de la coopération avec la France. De novembre 2001, date à laquelle il est venu en France en sa qualité de vice-président, jusqu'à ce jour il a fait trois voyages en trois ans en France. Ce qui est très exceptionnel. Les Chefs d'état de nos deux pays se sont rendu visite dans le courant de l'année 2004. Nos deux pays ont organisé pour la première fois des années croisées. Tout cela a beaucoup contribué à l'approfondissement de la connaissance mutuelle et de l'amitié entre nos deux peuples. Quelque 370 manifestations ont eu lieu partout en France dans le cadre de l'année de la Chine. L'illumination en rouge de la Tour Eiffel, le grand défilé sur l'Avenue des champs-élysées, voilà autant de temps forts qui ont émerveillé les Chinois. Aujourd'hui, de par l'Année de la France, c'est votre pays qui se présente à la Chine. Relayés par la télévision, les vols de la patrouille de France sur la Grande Muraille, Hongkong, Zhuhai et Wuhan, une ville importante sur le cours moyen du yangtsé, le concert de Jean-Michel Jarre devant la Porte du Méridien du Palais impérial, l'exposition des Trésors impressionnistes des collections nationales françaises et le design d'en France ont permis à 1,3 milliard de Chinois de s'imprégner du charme de la culture française. Concernant l'Année de la France, je voudrais souligner ici le rôle important de la télévision chinoise en matière de communication. La Télévision centrale dispose aujourd'hui de 14 chaînes. Chaque province et chaque ville, de leur côté, en disposent d'une dizaine. Les Chinois aiment bien la télévision. Dans les villes, chaque famille a un ou deux téléviseurs en couleur, à grand écran. Depuis le mois d'octobre, toutes ces chaînes se sont lancées activement dans la diffusion en direct ou la retransmission des manifestations de l'Année de la France, dans l'ouverture des rubriques hebdomadaires sur la France. J'ai pu moi-même suivre devant le petit écran, ici à Paris, des reportages sur Paris, la Normandie et des petits hôtels de Bordeaux. Les divers reportages sur la France seront projetés à la télévision jusqu'à la fin de l'Année de la France. Un engouement pour la France est apparu aujourd'hui en Chine. L'exposition « Charles de Gaulle, l'homme des tempêtes » a suscité un grand intérêt parmi les habitants de Beijing et de Shanghai. Les visiteurs étaient tellement nombreux que les organisateurs ont dû reporter chaque jour l'heure de fermeture des salles. Les négociations sont en cours aujourd'hui pour que Wuhan et Chengdu accueillent la même exposition l'année prochaine. Si les Chinois éprouvent un tel intérêt au général de Gaulle, c'est qu'il a pris, en faisant fi des pressions des Etats-Unis, la décision politique de nouer des relations diplomatiques avec la Chine. Aujourd'hui, les Chinois se sentent très proches de la France. Le président Chirac et la délégation qui l'accompagnait, au cours de leur séjour à Chengdu, ont pris un bain de foule dans les rues. Cette scène est rarement vue depuis des années. Elle s'explique notamment par le fait que le président et le peuple de France, dans le nouveau contexte historique d'aujourd'hui, s'en tiennent avec détermination à la politique extérieure d'indépendance et de justice initiée par le général de Gaulle. Dans un monde qui est loin d'être serein et dans un contexte international aussi complexe que changeant, la Chine et la France partagent une large identité de vues sur nombre de dossiers internationaux d'importance majeure. L'excellente coopération de nos deux pays au sein des Nations Unies est une illustration parmi tant d'autres de notre partenariat stratégique global. Tout comme les Chinois, qui sont attirés par la France et l'Année de la France, les Français suivent de près ce qui se passe en Chine. Quel est l'état actuel de la Chine ? A cette question, je dirais qu'elle a fait des progrès considérables, mais elle fait face également à beaucoup d'enjeux. Du côté des progrès, premièrement, la Chine poursuit sa politique de réforme et d'ouverture et sa politique d'économie de marché socialiste, politiques constamment améliorées qui ont mobilisé la créativité et l'initiative des Chinois. Deuxièmement, l'économie chinoise croît de façon soutenue et régulière. Pendant les 25 années écoulées, le PIB chinois, qui a connu une croissance annuelle en moyenne de 9,4%, a été multiplié par 10 pour atteindre 1 400 milliards USD en 2003. Les experts estiment que cette dynamique sera maintenue dans les 10 et 20 ans à venir. Troisièmement, grâce à l'amélioration continue de leur niveau de vie, les 1,3 milliard de Chinois représentent un marché immense avec une demande domestique toujours plus vigoureuse. Quatrièmement, la Chine s'engage activement dans la mondialisation économique. Depuis son adhésion à l'OMC il y a trois ans, la Chine a tenu ses engagements et élargi les champs de sa coopération économique et commerciale avec le reste du monde. A la fin de cette année, le volume du commerce extérieur de la Chine franchira pour la première fois le cap de 1 000 milliards USD, et ses importations dépasseront 500 milliards USD. La Chine est déjà devenue le troisième importateur du monde, derrière les Etats-Unis et l'Allemagne. Elle est aussi la première destination des investissements directs étrangers pour deux années consécutives. Sans aucun doute, les Jeux Olympiques de 2008 de Beijing et l'Exposition universelle de 2010 à Shanghai auront des impacts positifs sur tous les plans, dont l'ampleur serait difficile à mesurer aujourd'hui. Malgré toutes ces performances, il ne faut pas perdre de vue que la Chine reste un pays en développement : le PIB par tête d'habitant atteint à peine 1 000 USD. Elle a encore beaucoup de défis à relever. Premièrement, le développement économique et le progrès social sont marqués par un fort déséquilibre, et un grand écart persiste entre les différentes régions, entre les villes et les campagnes. Deuxièmement, la croissance économique, pour rapide qu'elle soit, manque de rationalité à en juger par la structure économique et le mode d'accroissement. La Chine doit rester toujours vigilante pour éviter tout déséquilibre des investissements et la surchauffe économique. Troisièmement, la protection de l'environnement est devenue un impératif d'actualité et appelle de gros efforts. Quatrièmement, une forte tension démographique existe toujours. D'un côté, la population totale du pays augmente chaque année de 10 millions d'âmes. Et de l'autre côté, le vieillissement de la population point à l'horizon. Pour moderniser le pays, les Chinois doivent travailler dur dans les décennies à venir sur différents plans, y compris en matière de réforme du système politique. Il faut la faire avancer, dans une approche active et prudente. Au cours des vingt dernières années, une série de réformes a touché le système de direction de l'Etat, le système administratif, le système judiciaire, le système de démocratie de base et le système de contrôle et de surveillance. Depuis 1978, l'APN a élaboré plus de 200 lois, et le Conseil des Affaires d'état, plus de 650 règlements administratifs. Les assemblées populaires des collectivités locales ont adopté, de leur côté, plus de 7 500 règlements locaux. Après son adhésion à l'OMC, la Chine a fait un toilettage de plus de 2 300 lois et règlements. Un cadre juridique socialiste, aux couleurs chinoises et axé sur la Constitution, est mis en place dans ses grandes lignes. Dans son processus de développement, la Chine a besoin d'un environnement international de paix durable. Elle souhaite développer avec tous les pays du monde des relations d'amitié et de coopération qui soient stables et qui s'inscrivent dans la continuité. L'Union européenne est une force majeure pour la paix et l'équilibre dans le monde. La Chine accorde une haute importance au développement du partenariat global stratégique sino-européen. Le premier ministre Wen Jiabao rencontrera demain à La Haye des dirigeants de l'Union européenne dans le cadre du 7e Sommet Chine-UE. Nous espérons que ce sommet permettra de lever au plus tôt l'embargo de livraisons d'armes à la Chine et de la reconnaître dans son statut d'économie de marché. Nous remercions la France pour la compréhension et le soutien qu'elle témoigne à la Chine sur ces dossiers. Nous sommes prêts à œuvrer ensemble avec tous nos amis français de différents milieux, notamment les élus, pour rendre plus fructueux le partenariat global stratégique sino-français. C'est dans cet esprit que nous souhaitons que les premiers ministres de nos deux pays puissent se rendre visite dans le courant de 2005. Les échanges de haut niveau entre nos deux pays contribuent à un développement plus rapide de nos relations économiques et commerciales. Il faut surtout inciter les PME/PMI des deux pays à nouer des partenariats. Le président Chirac a annoncé, pour l'année prochaine, l'objectif de 1 000 PME supplémentaires à entrer en Chine. C'est une excellente idée. Par ailleurs, j'espère que des sénateurs toujours plus nombreux saisiront l'opportunité que représente l'Année de la France pour apporter leur contribution à l'intensification de la coopération sino-française sur tous les plans. Je voudrais tout particulièrement souligner l'importance de la coopération éducative. La jeunesse représente l'avenir de nos relations. En 2004, avec l'arrivée de 4 500 personnes en France, le nombre total des étudiants chinois se situe entre 180 000 et 200 000 personnes. Cette année, 1 460 étudiants chinois sont retournés en Chine après avoir fait des études en France, soit une augmentation de 50% par rapport à 2003. Mais, dans l'ensemble, la France se trouve derrière ses voisins européens, puisqu'on dénombre 300 000 étudiants chinois aussi bien en Allemagne qu'en Irlande, et 600 000 au Royaume-Uni. Pour intensifier le partenariat global stratégique entre nos deux pays, nous avons besoin des talents maîtrisant parfaitement nos langues. C'est pourquoi il faut encourager l'apprentissage du chinois en France et du français en Chine. Il s'agit là d'une politique de portée stratégique. J'espère pouvoir toujours bénéficier, à cet égard, du soutien de nos amis sénateurs. Je vous remercie.
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