Recherchez dans le site Contactez-nous Bienvenue Ambassade Visas Étudiants Investisseurs Topics Touristes
Page d'accueil > La Chine et la France > Relations politiques
Texte intégral de l'interview du président français Nicolas Sarkozy
2007-11-25
   Le président français Nicolas  Sarkozy a accordé vendredi une interview par écrit à l'agence de  presse Xinhua, à la veille de son départ pour une visite d'Etat en Chine, soit son premier déplacement en Asie depuis son élection à  la Présidence française. 

     Voici le texte intégral de cette interview : 

     - - -  

     Question (Q) : Monsieur le Président, ce voyage à Pékin sera  votre première visite en Chine depuis votre élection, ce sera donc un grand événement dans l'histoire des relations entre nos deux  pays. Pourriez-vous nous dire ce que vous attendez de cette visite? Quels messages voulez-vous passer au peuple chinois ? 

     Réponse (R) : Cette visite en Chine est mon premier déplacement en Asie depuis mon élection à la Présidence de la République. Ce  que je veux dire au peuple chinois, c'est que la France est plus  que jamais engagée aux côtés de la Chine. Elle suit une ligne  claire sur l'unité de la Chine.  

     La France a confiance dans le développement de la Chine. Je  veux que ce développement soit une chance pour elle-même et pour  le monde. Face aux défis d'aujourd'hui, la France et la Chine  partagent une même volonté de paix, de prospérité et d'harmonie.  C'est dans cet esprit que j'entends travailler avec mon homologue  chinois, et nous avons beaucoup à faire ensemble, qu'il s'agisse  de l'environnement, des relations économiques ou de notre  contribution à la sécurité dans le monde.  

     En accédant à la puissance, la Chine a naturellement vocation à assumer des responsabilités croissantes. C'est dans cet esprit que j'ai proposé d'élargir le G8 pour y inclure en particulier la  Chine. 

     - - - 

     Q : Vous avez défini le cadre de la politique étrangère de la  France lors de la conférence des ambassadeurs à Paris au mois  d'août de cette année. Comment voyez-vous les relations politiques et économiques entre nos deux pays ?  

     R: La relation franco-chinoise est caractérisée par une amitié  et une confiance exceptionnelles. J'y suis profondément attaché.  Le partenariat stratégique global franco-chinois est une donnée  majeure de la politique étrangère de la France. Il est fondé sur  la coopération et le respect mutuel. Il a vocation à couvrir tous  les champs de coopération économique, scientifique, culturel.  C'est une volonté politique. Mais ce qui est encore plus important, c'est que les Français et les Chinois se rencontrent, travaillent  ensemble. 600.000 Chinois ont visité la France l'année dernière,  et ce courant va croître encore. La création contemporaine  chinoise suscite l'enthousiasme en Europe. Ce sont des signes  forts de la modernité de nos relations. 

     Ce que je souhaite pour les années à venir, c'est que nos  relations prennent un tour concret, avec des résultats tangibles  pour nos deux peuples. Au-delà des secteurs traditionnels, je  propose par exemple un nouveau champ de coopération sur  l'environnement. 

     La croissance chinoise, son émergence comme puissance,  suscitent l'admiration, mais aussi des interrogations. Mon souhait est de transformer ces questions en autant de thèmes de  coopération entre nous.Ces relations doivent naturellement se  développer dans le cadre européen. La France présidera l'Union  européenne en 2008 lors du sommet Union européenne/Chine. 

     - - - 

     Q : Selon vous, quels sont les efforts que nos deux pays  doivent déployer pour parvenir à une coopération gagnant-gagnant ? Comment voyez-vous l'avenir du partenariat global stratégique ? 

     R : La réciprocité et la coopération doivent être au cur de  notre action. Je souhaite que notre partenariat progresse encore  dans ce sens. Nous devons renforcer nos projets en cours ( nucléaire, aéronautique, ferroviaire, par exemple). Dans le  domaine économique, le développement de coopérations gagnant- gagnant suppose que les conditions d'une confiance durable sont  réunies. Je souhaite créer les conditions de relations économiques harmonieuses. En particulier, les entreprises des deux pays  doivent pouvoir compter sur le respect des engagements  contractuels, sur des cadres législatifs, efficaces et impartiaux, ainsi que sur un système performant de protection de la propriété  intellectuelle.  

     C'est à mon sens une priorité commune pour nos deux pays. Il  est essentiel d'encourager les entreprises des deux pays à  travailler ensemble. Cela s'adresse bien sûr aux grands groupes,  mais aussi aux PME, qui offrent des technologies et des savoir- faire de premier plan. Je suis heureux aujourd'hui d'accompagner  quelque 200 PME françaises dans leurs premiers contacts, et je  l'espère, le développement de leurs premiers partenariats, avec la Chine.  

     Enfin, je souhaite que nos échanges scientifiques soient eux  aussi tournés vers l'avenir. Je viens en Chine avec dix jeunes  chercheurs français de grand talent qui travaillent déjà avec la  Chine.

     - - - 

     Q : Monsieur le Président, vous êtes très attentif à la  question de l'environnement. Selon vous, comment un grand pays en  développement comme la Chine, avec une population nombreuse, peut- il résoudre les contradictions entre le développement de son  économie et la protection de l'environnement ? Comment la France  et la Chine peuvent-elles renforcer leur coopération dans ce  domaine ? 

     R : C'est un défi qui concerne tous les pays, qu'ils soient  développés ou en développement. La clé réside dans le  développement durable, c'est-à-dire dans un modèle de croissance  plus respectueux de l'environnement et de l'homme, une croissance  rapide, mais décarbonée. Notre responsabilité pour nos populations et pour les générations futures est d'adapter nos appareils  industriels et de promouvoir un changement des comportements de  chacun. C'est bien sûr très long. La France vient juste de faire  sa révolution verte : après un dialogue avec l'ensemble des  acteurs concernés et de la société civile, nous sommes parvenus à  un consensus : le développement durable sera au cur de nos  stratégies économiques et sociales. Ce qui peut sembler au départ  une contrainte devient une chance de progrès collectif. 

     La Chine se développe à un rythme spectaculaire. Je sais que  les dirigeants chinois veulent trouver les voies d'une croissance  plus respectueuse de l'environnement. L'environnement, c'est à la  fois un sujet pour les Chinois eux-mêmes et une affaire planétaire. La France consacrera au travers de l'AFD plus de 150 millions  d'euros par an à la réalisation de projets d'infrastructures  propres en Chine. Nos entreprises vont contribuer elles aussi par  leurs investissements, par le transfert de leur savoir-faire, par  leur implication dans des projets de développement propre à  l'amélioration de la situation en Chine. Les entreprises  françaises, dont de nombreuses PME, s'engagent dans l'ensemble des provinces de Chine, où elles ont tissé des liens solides. Je  souhaite, au cours de ma visite, établir un grand partenariat avec la Chine dans le domaine de la lutte contre le changement  climatique. C'est l'objet de la déclaration que nous allons  adopter sur ce thème. 

     - - -  

     Q : Depuis votre entrée à l'Élysée, la diplomatie française est très dynamique, et la France fait entendre sa voix sur tous les  points chauds de l'actualité internationale. Selon vous, quelles  sont les questions les plus brûlantes auxquelles le monde doit  faire face, et comment peut-on les résoudre ?  

     R : En ce début de XXIème siècle, la communauté internationale  est confrontée à de nouvelles menaces : prolifération des armes de destruction massive, terrorisme de masse, criminalité organisée.  Il y a aussi un bouleversement des équilibres économiques qui  accroît la méfiance à l'égard de la globalisation, l'apparition de crises financières, qui pourraient se reproduire si les États ne  choisissaient pas de mener une action résolue et concertée en  faveur de la transparence et de la régulation des marchés  internationaux, ou encore la question de l'immigration non  maîtrisée. Nous avons aussi face à nous des risques majeurs  auxquels nous sommes les premiers à être confrontés dans  l'histoire de l'humanité, par exemple le réchauffement climatique, ou la pérennité des approvisionnements énergétiques. 

     La Chine et la France sont membres permanents du Conseil de  sécurité. Ceci nous confère des responsabilités et des devoirs :  agir pour la paix et la sécurité et dépasser nos intérêts  immédiats.Face aux crises, nous devons travailler ensemble. La  Chine s'engage sur la Corée du nord, la Birmanie, l'Iran. C'est un développement positif. Au Moyen Orient, quatre crises simultanées  se développent. S'agissant du conflit israélo-palestinien, la  seule solution satisfaisante est d'établir deux États vivant côte  à côte dans la paix et la sécurité. Il est indispensable de  relancer sans délai une authentique dynamique de paix. C'est ce  que nous essayons de faire à Annapolis, où se rend Bernard  Kouchner. La France est passionnément attachée à la liberté et la  souveraineté du Liban. Nous souhaitons que les Libanais élisent  démocratiquement un Président en qui ils se reconnaîtront. Quant à la tragédie de l'Irak, elle ne peut pas nous laisser indifférents. C'est une nation qui se défait dans une guerre civile sans merci.  Il n'y aura de solution que politique et cette solution passe par  un processus de réconciliation nationale et un horizon clair de  retrait des troupes étrangères. 

     Le dossier capital pour la communauté internationale est celui  de l'Iran. Pour la France, un Iran doté de l'arme nucléaire est  inacceptable. Ce qui se passe est un facteur grave de  déstabilisation. La France est déterminée à poursuivre la  politique décidée à Six, avec la Chine, alliant sanctions  croissantes, mais aussi ouverture si l'Iran choisit de respecter  ses obligations. Nous lui proposons la coopération et la paix. Les solutions qui émergent sur la Corée du Nord conduisent à la  renonciation au nucléaire militaire et la fermeture des  installations de Yongbyon. Ceci montre, après le renoncement de la Libye aux armes de destruction massive, qu'il existe un chemin  s'il y a une volonté. La France compte beaucoup sur l'engagement  et la fermeté de la Chine sur le dossier iranien. 

     Enfin, la Birmanie doit trouver un nouvel avenir après la crise récente. La situation actuelle, faite de répression et de sous  développement est indigne, alors que ce pays devrait suivre ses  voisins dans la voie du progrès. Il faut soutenir la mission de  l'ONU, une démocratisation rapide et la libération des prisonniers politiques. 

     - - - 

     Q : Pour vous, la construction européenne constitue la  priorité des priorités de la diplomatie française, et vous avez  personnellement beaucoup contribué à résoudre la crise  institutionnelle de l'UE. Avec l'approfondissement de la  globalisation, les relations de coopération entre l'UE et la Chine sont de plus en plus étroites. Quelles sont vos vues sur le  développement de ce partenariat ? 

     R : Les relations entre l'UE et la Chine se développent  rapidement. Elles doivent évoluer vers un partenariat stratégique  global. L'Union européenne est déjà le premier partenaire  commercial de la Chine. Il faut aller plus loin. C'est pour cette  raison que l'Union européenne et la Chine ont lancé la négociation d'un nouvel Accord de partenariat et de coopération qui prévoit  une coopération renforcée dans tous les domaines. Le sommet Union  européenne/Chine se tiendra dans les prochains jours à Pékin. J'ai confiance dans la présidence portugaise de l'Union européenne,  dans la Commission et dans Javier Solana pour faire progresser ce  grand projet. Nous devons aussi faire progresser notre dialogue  sur les questions de change. Je souhaite des relations  harmonieuses et justes entre les grandes devises, l'Euro et le  dollar, le Yuan et le Yen. C'est une condition de l'équilibre des  relations internationales. Le premier dialogue entre la Chine et  les Européens sur cette question, mardi prochain, est fondamental  pour progresser. 

     En 2008, la France présidera l'Union européenne. Mon ambition  est de faire de 2008 une grande année euro-chinoise, et, au-delà,  entre l'Europe et l'Asie, grâce au sommet de l'ASEM, qui se  tiendra à Pékin.

Suggest To A Friend
  Print