Xinjiang : La Chine rejette catégoriquement toutes les accusations
Mission d'information sur le Xinjiang, par Christine Bierre
2019/08/08

A peine les percées du Sommet du G20 à Osaka avaient vu le jour, lors des négociations commerciales entre Donald Trump et Xi Jinping, que déjà Londres et ses alliés néo-conservateurs, au sein et en dehors de l'Administration Trump, ouvraient un nouveau flanc dans la guerre des nerfs qu'ils mènent contre la Chine. Après avoir diabolisé l'Initiative une Ceinture une Route (ICR), hystérisé la guerre commerciale, montré du doigt la menace de Huawei, et soufflé sur les braises de la révolte anti Chinoise à Hong Kong, voici maintenant que la Chine est accusée de tortures de masse dans le Xinjiang !

La rumeur enflait depuis quelques temps concernant la stratégie de lutte contre le terrorisme adoptée par la Chine dans cette région du Xinjiang qui est celle qui a le plus souffert de l'impact du terrorisme Moyen Oriental, du fait notamment du gros contingent de Ouïghours qui est allé combattre avec DAECH et Al Qaeda dans ces guerres. La Chine est littéralement accusée d'avoir emprisonné illégalement 1 à 3 millions de Ouïghours et de les soumettre à la torture, au lavage de cerveau et même au trafic d'organes.

Ces accusations ont connu un pic le 10 juillet lorsqu'un groupe de 22 pays, proches pour la plupart des puissances occidentales, avait adressé une lettre à Michelle Bachelet, Haut Commissaire au Droits de l'Homme de l'ONU, faisant état « des rapports perturbants de détentions arbitraires de masse de Ouïghours, et autres Musulmans et minorités ethniques. » Le 13 juillet cependant 37 nations ripostaient avec leur propre lettre, adressée elle aussi aux autorités onusiennes, soutenant la Chine et faisant son éloge pour avoir invité des diplomates, des instituts stratégiques et des médias, à visiter le Xinjiang notant que « ce qu'ils ont vu et entendu au Xinjiang était en contradiction totale avec ce qui avait été rapporté par certains médias occidentaux ». Parmi les signataires, une dizaine d'état musulmans.

Le gouvernement chinois est, pour ce qui le concerne, soulagé d'avoir obtenu de bons résultats dans son offensive contre le terrorisme, et organise, en effet, des visites au Xinjiang pour que les gens puissent s'en apercevoir par eux mêmes. En tant que chargée de la Chine à l'Institut Schiller France et journaliste sur des questions stratégiques et de défense, j'ai eu l'opportunité de participer à l'une de ces visites, du 7 au 14 juillet, avec un groupe d'analystes, journalistes et d'associations d'amitié avec la Chine, venant de Russie, Italie, Pologne, Pakistan, Thaïlande et Nouvelle Zélande (voir conclusions). C'était une « Mission d'information » touchant aux politiques de la Chine à l'égard des minorités ethniques et minorités religieuses en général, ainsi que sur ses politiques de contre-terrorisme dans la province autonome du Xinjiang.

Le Tibet et les provinces aux frontières de la Chine.

Notre tour démarre avec des séminaires à Beijing aux Instituts de Tibétologie et des Provinces aux frontières, qui nous présentent les politiques de la Chine à l'égard des minorités. (2 – 3)

 Fig. 2 et 3. Institut de Tibétologie à Beijing/Institut des États aux Frontières. Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Remontant à son histoire ancienne de plus de 5000 ans, la Chine se définie elle-même comme un Etat unifié multiethnique et multi-religieux, abritant 56 groupes ethniques différents ayant des droits égaux à ceux de la majorité Han (92%). A cette fin elle a créé 5 régions et 30 préfectures autonomes, où ces minorités bénéficient des avantages par rapport aux Han, tels que des quotas favorables pour accéder à l'école et aux emplois publics et d'une exemption par rapport à la politique de limitation de naissances à un enfant unique appliquée jusqu'à récemment à la majorité Han.

La pratique religieuse est fortement protégée aujourd'hui tant qu'elle ne dérive pas vers des idées séparatistes ou extrémistes. Le Coran, la Bible et d'autres ouvrages religieux sont publiés par l'Etat et rendus accessibles dans toutes les libraires et via Internet. Il y a 39 000 mosquées en Chine, dont 25 000 au Xinjiang, et le pays compte quelques 20 millions de musulmans, 100 millions de chrétiens et un nombre proche des bouddhistes pratiquants. L'interdiction de l'étrange secte du Falun Gong est utilisée par les ennemis de la Chine pour prétendre qu'elle interdit toute pratique religieuse.

Bien que la contribution des minorités ethniques à la richesse culturelle et religieuse soit pleinement reconnue, l'éloignement de ces provinces (Mongolie, Tibet, Xinjiang), du centre du pays et leurs climats et géographies très ardus, font que ces peuples ont été presque toujours très pauvres, une faiblesse que les ennemis de la Chine ont su toujours exploiter.

Le Xinjiang a fait parti de la Chine depuis les Han, sous le nom de « Territoires de l'Ouest ». Mais, profitant son affaiblissement à la fin du XIXe et au début du XXeme siècle cette province a été au cœur de la lutte pour le contrôle de l'Asie centrale, entre Britanniques, Russes et Japonais. C'était la politique du « Grand Jeu ». Les idéologies du pan-turkisme et du pan-islamisme diffusées par les différents camps, donnèrent alors naissance à un mouvement en faveur d'un « Turkestan oriental », revendiquant soit une nation indépendante au Xinjiang actuel, soit un état islamique s'étendant depuis la Turquie au Xinjiang.

Les héritiers de l'Empire britannique aujourd'hui poursuivent ces mêmes politiques envers les Ouïghours et les Tibétains. Est-ce un hasard si les mouvements pour un Tibet Libre et pour un Xinjiang Libre sont financés par les réseaux de changement de régime américains, tels que la National Endowment for Democracy et sont tous deux basés à la même adresse, à Washington ? Leur principal organe de diffusion reste Radio Free Asia recrée et dirigé par le gouvernement américain depuis 1996.

Lutte contre le terrorisme

Aux instituts de Beijing, nous apprenons que pour le gouvernement chinois, la clé des politiques contre le terrorisme, l'extrémisme religieux et le séparatisme, est le développement économique : « Nous devons éliminer le terreau qui permet aux groupes extrémistes de recruter des gens, et ce terreau est la misère », insiste le Président de l'Institut des Etats aux Frontières lors de notre séminaire à Beijing. Le développement économique et une approche pénale fondée sur un équilibre entre une punition « sévère » à l'égard des ceux qui ont commis des crimes majeurs et une politique « indulgente » de réhabilitation, envers ceux coupables des crimes mineurs, sont la clé de la politique préventive de lutte contre le terrorisme de la Chine.

Les minorités au Gansu et au Xinjiang

Après Beijing, nous partons vers deux des provinces les plus pauvres en Chine aujourd'hui, le Gansu et le Xinjiang, bien qu'elles remontent la pente rapidement grâce au développement des infrastructures routières et ferroviaires modernes, dont l'autoroute reliant Beijing à Urumqi (4-5) ouverte en 2017 et le TGV Lanzhou-Urumqi,nous expliquent les représentants des Académies d'études en sciences sociales de ces régions. Ces deux provinces ont joué un rôle clé dans les anciennes Routes de la soie, et sont totalement stratégiques au succès de l'ICR aujourd'hui.

 

Fig. 4 et 5. Tronçon de l'autoroute Beijing-Xinjiang à Hami, terminée en 2017 (à gauche) et tracé de l'autoroute Beijing-Urumqi (à droite)

Le Gansu a une petite minorité tibétaine (2%) et le Xinjiang, une forte minorité d'Ouighours (45%). Dans ces régions nous avons pu constater les efforts en cours pour réduire la pauvreté, qui remontent au lancement par le gouvernement de sa Stratégie de développement occidentale (1999) et à l'Initiative une Ceinture et une Route adoptée en 2013. Nous avons constaté également le soutien apporté par l'État aux cultures et aux pratiques religieuses des minorités.

Fig. 6. District de Xiahe dans le Gansu (3 000 m. d'altitude). Crédit : Christine Bierre bierrechristine@gmail.com

Le Gansu est une province qui connaît de grandes disparités, avec un sol très riche en minerais d'un côté, mais très montagneux et devenu désertique depuis l'ancienne route de la soie, qui en fait l'un des territoires les plus inhospitaliers de la Chine. La Préfecture autonome du Tibet au Gannan que nous avons visité, au Sud-est, est l'exception à la règle avec un sol très riche, alimenté par le fleuve jaune parmi d'autres et des lacs, et des paysages montagneux somptueux à une altitude de 3000 m tels que celui du village de Xiahe (6). C'est un pays d'élevage (yacks notamment), de forêts et de tourisme jouant sur ses paysages et sa culture tibétaine. Le gouvernement compte sur ce potentiel touristique pour réduire rapidement l'écart de développement dans ses provinces.

Peuplé à 50% par des Tibétains, cette préfecture abrite pas moins de 137 temples bouddhistes, en particulier le Monastère de Labrang (7) de l'école Gelugpa de Bouddhisme tibétain où 500 moines se forment aujourd'hui. Ici, notre visite est conduite par un moine engagé dans un curriculum de philosophie qui dure 20 ans. Hautement socratique, notre guide nous dit que « l'homme n'est pas une bête ; il a accès à la lumière de la raison. L'homme doit s'engager dans la voie de la vérité ; mais pour le faire, il doit d'abord se connaître soi-même. »

 

Fig. 7 et 9. Monastère de Labrang à la Préfecture tibétaine autonome de Gannan (à gauche) et pain spécial préparé pour le groupe par un habitant du village modèle de Gaxiu (à droite). Crédit : Christine Bierre

Fig. 8. Village modele de Gaxiu, pour mettre fin à la pauvreté extrême dans la région

Nous y avons également visité un village modèle à Gaxiu (8) qui remplacera prochainement 95 villages bien plus pauvres, peuplés par 1 800 âmes. Cela fait parti de l'effort engagé par le président Xi Jinping pour éliminer toute la pauvreté extrême d'ici 2021. Cinq nouveaux villages, équipés d'une clinique, d'une école primaire, et d'une zone pour faire pousser des légumes, ont déjà été construits. Les villages sont financés par le gouvernement, mais construits par les populations qui en deviennent propriétaires. Des provinces plus riches y contribuent 0,1% de leurs ressources.

Aujourd'hui, dans cette région, 100% ont accès à l'eau potable et à une éducation gratuite durant 15 ans. Et avec les dernières orientations de l'Etat (industrie, écologie et tourisme) un éleveur de yaks tibétain peut espérer passer de 9 000 yuans par an de revenu, à 30 000. Ici toute la population, rétive par idéologie au progrès, est désormais connectée, et grâce au E-commerce et aux infrastructures routières, ces régions jadis enclavées ont un accès aux marchés de la Chine et d'ailleurs.

Le Xinjiang, en voie de pacification

Le 12 juillet nous prenons la direction du Xinjiang dans un car traversant des zones montagneuses sur d'excellentes routes équipées de stations de service avec des sanitaires. Nous visitons d'abord la ville très ancienne de Turpan avec ses célèbres ruines de Jiaohe (10), puis la capitale, Urumqi.

Fig. 10. Ruines de Jiaohe, près de Turpan. Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Ce sont ces régions qui seraient concernées par les arrestations massives menées par le gouvernement chinois. La province autonome du Xinjiang est un enjeu capital pour la Chine. Elle représente 1/6è de son territoire et un sol particulièrement riche en ressources naturelles ; elle est aussi la porte de sortie de la route de la soie terrestre qui conduit vers l'Europe. Sans elle, pas d'ICR !

Or, avec une large minorité ouïghoure et des frontières partagées avec huit Etats (Mongolie, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Afghanistan, Pakistan et Cachemire), où la pauvreté et l'extrémisme religieux sont parfois endémiques, elle est la province la plus exposée au terrorisme. (voir la carte au début)

Cependant, la directrice adjointe du Ministère des Affaires étrangères chinois qui conduisait notre délégation le dit haut et fort : « Le gouvernement chinois n'est pas en guerre contre les musulmans ou contre les Ouïgours ; il lutte contre le terrorisme qui pénètre le pays à travers ces frontières. Le Xinjiang est le lieu de passage des terroristes qui font le va et vient vers le Moyen Orient, et qui, au retour peuvent aller jusqu'en Indonésie. » Ils seraient 8 à 15 000 Ouighours à avoir rejoint DAECH et Al Qaeda dans la guerre contre Bachar al-Assad, dans le but de poursuivre ensuite la guerre sainte contre le gouvernement chinois.

Fig. 11. Exposition internationale sur le terrorisme à Urumqi (quelques armes saisies). Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Une visite à l'Exposition internationale sur le terrorisme, à Urumqi, (Fig. 11) révèle avec un matériel photo et vidéo, l'extension du problème. Pas moins de 14 000 attaques sanglantes ont eu lieu au Xinjiang entre 1992 et 2015 : attentats suicides, véhicules lancés contre les populations, attaques à la machette, à la hache, au couteau. Le point culminant fut sans doute les émeutes de 2009 à Urumqi qui ont laissé 197 morts et plus de 1600 blessés.

Une politique préventive contre le terrorisme

Voilà l'arrière-plan de ce que le gouvernement chinois appelle une politique de prévention du terrorisme. La première décision prise a été celle d'améliorer drastiquement le niveau de vie de la population locale, en y construisant des infrastructures. Et ça marche ! Les infrastructures ont beaucoup favorisé le tourisme à Turpan, avec un nombre de visiteurs qui est passé de 8 à 10 millions, entre 2016 et 2017, et qui avait atteint 6 millions dans les premiers six mois de l'année 2019.

Dans le Livre blanc sur le Xinjiang publié par le Bureau de l'information du Conseil des affaires d'État chinois en mars 2019, le gouvernement liste les efforts en cours pour « assurer et améliorer le bien-être public » dans cette région. Parmi eux, le transfert de 100 000 emplois vers le sud du Xinjiang (2018-2020) ; la création de 1 400 000 nouveaux emplois dans des industries à main d'œuvre intensives ; l'adoption d'une assurance universelle santé et des assurances spécifiques concernant 15 maladies sérieuses ; l'amélioration du système de sécurité sociale et une augmentation de la prime aux populations les plus appauvries.

La politique préventive est aussi basée sur une distinction claire entre le traitement infligé à ceux qui ont commis des crimes majeurs, qui sont punis avec « sévérité », comme le prévoit la Loi, et ceux qui ont commis des crimes mineurs, pouvant aller de la diffusion des vidéos extrémistes à la participation à des actions violentes visant telle ou telle ethnie ou institution publique, qui ont le choix de s'engager dans un programme de réhabilitation porté vers le futur.

Ceux qui acceptent rejoignent ensuite des centres de réhabilitation où ils suivent une stratégie bien étudiée, dont la durée peut aller de quelques mois à plusieurs années. La première phase consiste à maîtriser le Mandarin parlé et écrit couramment, allant de paire avec leur propre langue ; en deuxième lieu, viennent des cours sur la Loi constitutionnelle qui aident les élèves à distinguer entre ce qui est un comportement criminel et ce qui ne l'est pas. Éducation civique, dirait-t-on en France. Dans une troisième phase, les stagiaires choisissent entre plusieurs activités professionnelles celle qu'ils veulent apprendre pour améliorer leurs chances d'avoir un emploi. Ce choix est dépendant des possibilités du marché de travail local.

Selon le Livre Blanc de l'Etat déjà cité, ces centres de réhabilitation vocationnels fonctionnent sous un régime d'internat où « les étudiants peuvent, cependant, faire des visites régulières chez eux et demander des permissions de sorties pour des affaires privées. Lorsqu'ils ont atteint leurs objectifs, ils reçoivent des certificats de fin d'études et sont assistés pour trouver un emploi. »Il est précisé, également, dans ce document, que le nombre de stagiaires est « important ».

Les centres de formation professionnelle

Nous arrivons à Turpan, sous une température de 40°, un climat qui peut s'installer ici pendant une centaine de jours ! Nous y visitons le Centre vocationnel de Gaochang qui peut accueillir jusqu'à 600 stagiaires. Les politiques de contre-terrorisme ont été bien réfléchies. Le Xinjiang est connu pour son folklore particulièrement riche. Quelle meilleure façon de contrer l'enfermement imposé par le wahhabisme à ses croyants qu'au travers d'une musique belle et gaie et de la danse ? Nous avons d'abord été invités à un spectacle de danse hautement professionnel où un film projetait, en même temps, sur les murs, des images des réalités locales et de la Chine moderne, autoroutes, aéroports.

 

Fig. 12 et 13. Magnifiques danses folkloriques au Centre vocationnel de Gaochang (Turpan) sur des films montrant les réalités locales et la Chine moderne. Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Nous avons ensuite suivi les formations fournies : dans une première classe, le groupe lisait à voix haute, en Mandarin, un texte composé par la classe, sur un thème des valeurs locales. Plus tard nous nous rendîmes aux cours de loi constitutionnelle, avant de découvrir les formations elles-mêmes : dans une première, un groupe d'une vingtaine apprenait à se servir d'une machine à coudre (14) pour travailler dans l'habillement ; un deuxième groupe apprenait le secourisme (15), un autre formait les stagiaires à devenir des guides touristiques.

 

Fig. 14 et 15. Atelier secourisme et formation couture au Centre vocationnel de Gaochang (Turpan). Crédit : Christine Bierre

En dernier, nous arrivons aux formations artistiques, très importantes pour toute stratégie de réhabilitation. Entre 8 et 10 personnes suivaient des cours d'art. Elles apprenaient à copier la figure humaine et la peinture à l'aquarelle (16 – 17) ; dans une autre pièce, d'autres faisaient de la calligraphie, copiant des caractères en Mandarin, traduisant parfois entre l'Ouïghour et le Mandarin (18) ; d'autres encore, chantaient en chœur avec grand plaisir, des chansons locales, accompagnées par des musiciens avec des instruments à cordes, du genre des balalaïkas.

 

 

Fig. 16 et 17. Atelier dessin et atelier aquarelle au Centre vocationnel de Gaochang (Turpan). Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Fig. 18. Atelier Calligraphie et traduction Mandarin et Ouïghour. Crédit : Christine Bierre bierrechristine@gmail.com

Parmi les « stagiaires » un très grand nombre sont des jeunes, et en particulier de jeunes femmes. Dans les cours d'expression artistique, ces jeunes ne boudaient pas leur plaisir et s'exprimaient en grande liberté (19). Or, nous le savons à l'Institut Schiller, c'est précisément ce sentiment de jeu et de liberté suscité par la création artistique qui est la clé à pouvoir sortir les gens d'une impasse qui, de négative peut devenir rapidement criminelle, pour les amener à découvrir le rôle productif qu'ils peuvent jouer dans la société.

Fig. 19. Atelier chant au Centre vocationnel de Gaochang (Turpan). Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

L'ambiance que nous avons trouvée dans ces « classes », était tout à fait cohérente avec la volonté annoncée par l'Etat chinois d'arriver à créer un Xinjiang, non seulement productif, mais aussi un « Beau Xinjiang ». A travers ces efforts et d'autres, se met en place une volonté de mixité entre les différents groupes qui constituent la Chine, cohérents avec sa volonté nationale d'être un État multiethnique, où l'harmonie transcende les différences sans les gommer.

Urumqi, capitale du Xinjiang

Fig. 20. TGV Lanzhou-Urumqi

Cap ensuite sur Urumqi dans un TGV depuis Turpan (20). Nous avons d'abord visité un centre communal de mixité ethnique, créé en 2001, où différentes minorités ethniques s'assemblent librement pour pratiquer la danse, le chant, la cuisine et d'autres activités, afin de mieux se connaître entre elles. Là aussi, l'ambiance était libre et joyeuse, les enfants se livrant à la danse avec grâce et enthousiasme (21).

Fig. 21. Atelier dance au Centre communal pour la mixité à Urumqi. Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

 Fig. 22. Mosquée Blanche à Urumqi. Crédit : Christine Bierre bierrechristine@gmail.com

Nous avons ensuite visité la Mosquée Blanche d'Urumqi, fermée en 2009 suite aux émeutes (22). Aujourd'hui elle est, selon son Imam que nous avons rencontré, à nouveau en pleine activité, au rythme de 2 à 300 personnes au cours de la journée, de 1000 à 2000 les vendredis et 5000 pour le Ramadan. En même temps que le gouvernement s'attaque à l'extrémisme et au terrorisme, il renforce les activités religieuses authentiques. Le gouvernement a investi pour améliorer les conditions de ces Mosquées fournissant de l'eau, de l'électricité, des toilettes modernes, des équipements de Radio et de Télévision, librairies, ventilos, air conditionné, etc.

Nous avons aussi visité le Musée ainsi que des zones passantes, où l'on a constaté la disparition de nombreux postes des contrôles de police présents dans toute la ville il y a encore un an. Nous nous sommes ensuite baladés dans son parc central très grand doté d'un lac artificiel en son centre, où 10 000 personnes s'amusaient au tomber de l'après midi. Des groupes spontanés d'une vingtaine de personnes se formaient pour danser au rythme des différentes musiques, alors que d'autres s'entrainaient au taïchi (23) (24). Les forces de sécurité ont du y être présentes mais très peu visibles. Tout comme au Grand Bazar International où nous avons pu nous balader le dimanche et faire, comme beaucoup d'autres, joyeusement nos emplettes.(25)

 

Fig. 23 et 24. Parc central d'Urumqi. Après le travail, des milliers de personnes s'y retrouvent pour pratiquer la danse et le Taï Chi ! Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

Fig. 25. Bazar International très animé à Urumqi. Crédit : Adam Ludwiczak magicznytybet.pl

La Chine dénonce les "deux poids, deux mesures"

Dans ce type de mission, la crainte est que le pays visité nous présente un genre de vitrine très éloigné de la réalité. La composition de notre groupe d'experts a été très utile de ce point de vue, car beaucoup ont travaillé avec la Chine depuis longtemps, et sont des vieux routiers du Xinjiang, parlant même pour certains d'entre-eux un Mandarin allant de rudimentaire à bon. Parmi eux notamment, des membres de l'Institut de l'Extrême-Orient, de l'Académie russe des Sciences, dont les visites remontent à plus de 15 ans ; un ancien membre Pakistanais des forces aériennes, reconverti dans le journalisme et l'animation télé, et le président d'une association sino-néo-zélandaise qui organise des tours de la Chine depuis des années et qui participe à des projets de réduction de la pauvreté en Chine durant 6 mois de l'année. Outre le fait que certains ont pu poser des questions aux « stagiaires », tous ont été unanimes pour confirmer que le niveau de vie dans le Gansu et le Xinjiang s'était nettement amélioré. Quand à notre ami Pakistanais, un musulman très pratiquant , il a confirmé , une fois de plus, que la pratique de l'Islam se porte bien en Chine.

Ce que nous avons vu donc, au cours de cet intense voyage, est un modèle qui a permis de faire face à une situation de sécurité très dégradée, en donnant a beaucoup de ces ouïghours pauvres et délaissés, la possibilité de s'éduquer et d'entrevoir un futur meilleur et un bon vouloir vivre en commun.

Le problème n'est donc pas la Chine, qui a réussi de façon admirable à sortir quelque 800 millions de gens de l'extrême pauvreté dans les derniers 30 ans. Le problème sont les puissances occidentales qui depuis, notamment la fin des années 1990 – une date relevée aussi par le Livre Blanc – ont joué avec du feu, en utilisant l'extrémisme wahhabite comme la chair à canon contre leurs ennemis, d'abord en Afghanistan, puis en Libye et en Syrie, créant ainsi de multiples foyers d'extrémisme religieux qui se sont répandus dans le monde.

C'est pourquoi les responsables des Affaires Étrangères rencontrés au cours du voyage, à Beijing, et à l'intérieur du pays, ne cachent pas leur agacement contre ce qu'ils appellent le « deux poids deux mesures » de certains pays occidentaux qui font la différence entre des « extrémistes », utiles à leur cause, qu'ils laissent agir en toute impunité à partir des États-Unis et de l'Europe, pour nuire à leurs "adversaires" dans le reste du monde : au Moyen Orient, mais aussi en Russie et en Chine.

C'est pourquoi, je suis persuadée qu'on ne mettra pas un terme final au terrorisme que si un engagement est obtenu, au sein de l'ONU et notamment du Conseil de sécurité de l'ONU, comme cela a été fait très efficacement lors de la guerre contre la Syrie. Cette proposition est aussi soutenue par la Chine, comme il a été dit au cours de ce voyage.

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