PERSÉVÉRER DANS NOTRE AMITIÉ POUR CRÉER ENSEMBLE UN MEILLEUR AVENIR
2021/04/29

Wang Yi

Conseiller d’État et Ministre des Affaires étrangères

de la République populaire de Chine

En cette belle saison du renouveau qui porte l’espoir, je tiens à exprimer mes chaleureuses félicitations pour la publication du 2 000e numéro de l’Opinion, et je suis très heureux de m’adresser à travers cette tribune aux lecteurs de cette édition spéciale Le monde en 2025 sur l’invitation de l’éditeur.

Le monde d’aujourd’hui traverse une épidémie sans précédent et des changements jamais connus depuis un siècle. La situation internationale est en profonde mutation et la société humaine fait face à de nouveaux menaces et défis inédits. Les nombreux rapports et analyses sur la situation internationale d’ici 2025 et au-delà que j’ai lus décrivent tous un monde marqué par des changements, sources de crises mais aussi d’opportunités. Pour le Président Xi Jinping, il s’agit des « transformations jamais vues depuis un siècle ».

La Chine et la France ont vécu l’une comme l’autre de nombreuses épreuves de l’histoire, ce qui est à l’origine des valeurs fondamentales de leurs traditions diplomatiques d’indépendance, de compréhension mutuelle, de clairvoyance et de coopération gagnant-gagnant. Une des belles illustrations de ces valeurs, c’est l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises, décision prise avec détermination par le Président Mao Zedong et le Général de Gaulle en transcendant les barrières de la guerre froide dans les années 1960. Cet événement nous indique, au moment où l’humanité fait face à une situation complexe rarement vue dans l’histoire, que la Chine et la France, membres permanents du Conseil de Sécurité, doivent faire des choix et décisions qui soient dans l’intéret des deux pays, des deux peuples et du monde entier.

Plus la situation est complexe, plus nous avons besoin de préserver notre indépendance. Nous voyons trop de rumeurs, de mensonges, de dénigrement et de diffamation dans le monde d’aujourd’hui. La Chine et la France, toutes les deux dotées d’une tradition d’indépendance, doivent faire preuve de lucidité et de discernement et déterminer leurs positions et politiques selon la réalité des faits et non suivre aveuglément les autres. L’autonomie stratégique de l’Union européenne, une vision portée par le Président Macron, a démontré une fois de plus la hauteur d’esprit de la France en tant que grand pays. C’est seulement dans cet esprit que la Chine et l’Europe, en tant que deux forces, deux marchés et deux civilisations majeurs dans le monde, peuvent jouer leur rôle de stabilisateur dans un monde toujours plus instable et incertain.

Plus la situation est complexe, plus nous avons besoin de renforcer notre compréhension mutuelle. Pour nous, les Chinois, « C’est dans la nature des choses qu’elles soient différentes. » Le Général de Gaulle ne s’est-il pas lui aussi demandé comment gouverner un pays où il existe plus de 300 variétés de fromages ? Aussi serait-il illusoire de penser pouvoir gouverner le monde par une voie, un système et une théorie uniques, qui s’adaptent à plus de 200 pays et régions avec plus de 2 000 ethnies et 5 651 langues différentes. Juger les autres par ses propres critères et recourir aux frictions et confrontations style guerre froide ne feront qu’enliser le monde dans le chaos. De ce point de vue, la Chine et l’Europe ont mille raisons de consolider leur partenariat global stratégique et n’en ont aucune de devenir rivaux. C’est dans la compréhension, la tolérance et l’admiration mutuelles que tous les pays rayonnent de toute leur beauté.

Plus la situation est complexe, plus nous avons besoin de viser haut et de voir loin. La tendance à la multipolarisation, à la mondialisation économique et à la diversité culturelle ne changera absolument pas pour la simple raison qu’elle ne plaît pas à certains. Pour relever les défis planétaires comme climat extrême, sécurité biologique, cyberattaques et terrorisme, nos deux pays doivent agir en solidarité. Depuis le début de la COVID-19, nos deux Chefs d’État ont eu successivement six entretiens téléphoniques, et organisé récemment avec succès le Sommet virtuel Chine-France-Allemagne. Ils ont dégagé un large consensus sur la coopération dans les dossiers majeurs pour l’avenir de l’humanité, et se sont mis avec clairvoyance du bon côté de l’histoire. À l’avenir, il revient à nos deux pays de poursuivre leurs efforts pour porter haut l’étendard du multilatéralisme. La priorité pour les mois à venir, c’est de travailler de concert à assurer la réussite de la COP 15 de Kunming, de la COP 26 de Glasgow et du 7e Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille, en vue d’ouvrir de nouveaux horizons pour la gouvernance environnementale mondiale et de laisser aux générations futures une planète Terre bien protégée pour leur développement durable.

Plus la situation est complexe, plus nous avons besoin de mener la coopération gagnant-gagnant. L’épidémie de la COVID-19, jamais connue depuis un siècle, a porté un coup dur à l’économie de tous les pays et au bien-être de leurs peuples. Une coopération gagnant-gagnant peut apporter de l’espoir, cher aux entreprises et populations tombées en difficultés. En mars dernier, l’Accord Chine-UE sur les indications géographiques est entré officiellement en vigueur. Les 100 premières indications chinoises et les 100 premières indications européennes sont désormais protégées. Sur la liste, on trouve des vins et des fromages français. Il s’agit du premier accord global de haut niveau sur les indications géographiques que la Chine a signé avec l’extérieur, lequel contribuera à l’élargissement du commerce des produits de qualité entre la Chine et l’UE et entre la Chine et la France. La conclusion des négociations sur l’Accord d’investissement Chine-UE est une autre bonne nouvelle pour la coopération sino-européenne. Dans le contexte actuel, nous avons besoin plus que jamais d’offrir aux entreprises d’une partie un accès élargi et meilleur au marché de l’autre, d’insuffler une nouvelle dynamique à la coopération économique et commerciale sino-européenne, et de contribuer par une coopération exemplaire à la préservation d’un environnement international libre et ouvert pour le commerce et l’investissement.

D’ici 2025, la Chine et la France ont devant elles des tâches importantes pour réaliser leur développement respectif et faire progresser leurs relations bilatérales. La Chine mettra en œuvre son 14e Plan quinquennal, accélérera ses efforts pour créer une nouvelle dynamique de développement et favorisera un développement économique de meilleure qualité par une ouverture élargie et approfondie. La France, quant à elle, travaillera à réaliser la reprise forte, la transition écologique et d’autres objectifs ambitieux de développement. La Chine et la France organiseront respectivement les JO d’hiver à Beijing en 2022 et les JO d’été à Paris en 2024. Et le 60e anniversaire des relations diplomatiques sino-françaises sera célébré en 2024. Nous sommes appelés à garder à l’esprit les valeurs d’indépendance, de compréhension mutuelle, de clairvoyance et de bénéfice mutuel qui avaient conduit à l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises et à éclairer le chemin de l’avenir par le flambeau de l’histoire, en vue de plus belles perspectives pour nos deux pays, pour la relation sino-européenne et pour le monde entier.

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