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Discours de S.E.M. ZHAI Jun devant le Groupe d'Amitié France-Chine de l'Assemblée Nationale
(2017-11-07)

Monsieur le Président du Groupe d’Amitié France-Chine,

Madame la Vice-Présidente de l’Assemblée nationale

Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand plaisir de venir à l’Assemblée nationale pour y retrouver de vieux amis et en rencontrer de nouveaux. Merci d’avoir accepté de prendre sur votre temps de travail parlementaire que je sais si chargé pour vous enquérir avec enthousiasme de la situation de la Chine et de nos relations bilatérales. L’Assemblée Nationale Populaire chinoise et l’Assemblée Nationale française, grâce à un mécanisme de contacts réguliers, communiquent déjà excellemment entre elles et les services de mon Ambassade, tout comme moi-même, sommes tout à fait disposés à multiplier les contacts avec vous, surtout sous cette forme de face à face.

Aujourd’hui, j’aimerais profiter de cette occasion pour vous parler de ce que je retiens du XIXème Congrès du PCC, auquel j’ai assisté lors de mon récent retour à Pékin, mais aussi pour évoquer devant vous la nouvelle ère de la Chine ainsi que nos relations bilatérales.

Comme vous le savez sans doute, tous les 5 ans, le Parti communiste chinois tient sont Congrès national qui constitue l’événement politique majeur de l’année. Ceci, pour deux raisons :

- tout d’abord, parce qu’on y élit la nouvelle équipe dirigeante. Ainsi, cette fois, parmi les membres du Comité Central rassemblés autour du Secrétaire général XI Jinping, sur les 25 élus du Politburo, on compte 15 nouveaux visages et parmi les 7 membres permanents du Politburo, 5 sont de nouveaux entrants.

- deuxièmement, parce que c’est là que sont définis les grands axes politiques et diplomatiques pour la nouvelle législature et que sont tracées les perspectives en matière de développement.

Cette fois, lors de mon retour, ce qui m’a le plus frappé, c’était de constater le niveau d’intérêt exceptionnellement élevé de la population pour ce XIXème Congrès. Pratiquement tous mes amis -et ce, quel que soit leur secteur d’activité- m’ont envoyé des messages pour me dire qu’ils m’avaient vu à la télé. Je peux vous assurer que s’ils étaient devant leur poste, ce n’était pas pour me voir, mais uniquement pour suivre en direct la retransmission des travaux du Congrès. Et c’est à cette occasion qu’ils ont pu m’entrevoir. De retour en France, j’ai pu voir combien la presse française avait également commenté l’événement.

Alors, pourquoi ce XIXème Congrès a autant attiré l’attention ? Qu’avait-t-il de si spécial ?

Pour schématiser, je vais y répondre sur quatre plans :

En premier lieu, on y a proclamé que le Socialisme aux caractéristiques chinoises entrait désormais dans une ère nouvelle, c’est-à-dire, la réalisation d’une société d’aisance moyenne sur l’ensemble du territoire et le tracé d’une voie menant à la construction d’un pays socialiste moderne et puissant. En près de 40 ans de politique de réforme et d’ouverture, la Chine est parvenue à s’industrialiser à un niveau comparable à celui atteint par les pays occidentaux en plusieurs siècles, et aujourd’hui, le niveau de vie de la population avoisine celui d’une société d’aisance modeste. DENG Xiaoping l’aurait évaluée à un niveau de prospérité relativement plus élevé que la majorité des pays en voie de développement. Le peuple chinois, qui a tant travaillé et s’est tant sacrifié, le sait bien. Tel le marathonien, il sait parfaitement que le dernier kilomètre ne peut être celui du relâchement. De fait, bâtir une puissance moderne sur le socle d’un pays en voie de développement avec 1,3 milliards d’habitants est une prouesse inouïe dans l’histoire de l’humanité. En vérité, seule une poignée de pays de plus de 10 millions d’habitants a réussi à échapper au fameux « piège du revenu intermédiaire ». Ces deux éléments déterminent la nature de cette nouvelle ère qui sera à la fois l’héritière du passé et le moteur de sa continuation. Mais elle s’annonce aussi prometteuse que remplie d’embuches.

Deuxièmement, le Congrès a identifié les principaux obstacles qui minent la société chinoise moderne, c’est-à-dire, la contradiction entre les aspirations croissantes de la population au bien-être et les déséquilibres, ou les carences, en matière de développement.

Pendant longtemps en Chine, nous avons eu recours au système des tickets pour nous procurer les produits de première nécessité. Notre idéal se limitait alors à pouvoir manger correctement, sinon bien, à chaque repas et à vivre dans des immeubles avec l’électricité et le téléphone. Mais la Chine a changé de fond en comble. Notre pays est devenu la deuxième économie mondiale. Nous produisons les plus grandes quantités des principaux produits industriels et agricoles, et certaines de nos filières connaissent même d’importants excédents de production. Les Chinois vivent aujourd’hui beaucoup mieux qu’avant. Nos TGV, notre e-commerce, nos systèmes de télé-paiement, nos Vélibs sont devenus pour les résidents étrangers en Chine, les nouvelles « quatre grandes découvertes ». En matière de démocratie, d’Etat de droit, d’égalité, de justice, de sécurité, d’environnement, comme sur d’autres plans, les aspirations de la population augmentent sans cesse. Mais pendant ce temps-là, les inégalités de développement et de revenus restent importantes entre les provinces comme entre les villes et les campagnes. Des régions et des secteurs d’activité demeurent très en retard et constituent des priorités à traiter. En d’autres termes, tout en poursuivant nos efforts de développement économique, nous veillerons davantage à ses aspects qualitatifs afin de le rendre plus équilibré.

Troisièmement, le Congrès a défini une nouvelle feuille de route pour la réalisation du « Rêve chinois » du grand renouveau, qui sera rythmée par trois grandes dates : 2020, 2035 et 2049, soit respectivement : le parachèvement de l’idéal de société d’aisance moyenne à l’échelle nationale, la modernisation du pays et l’élévation de la Chine au rang de puissance moderne.

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de nos deux objectifs du centenaire, à savoir : d’ici à 2021, pour le centenaire de la création du PCC, rehausser encore davantage le niveau de cette société d’aisance moyenne au profit de centaines de millions de nos compatriotes. Et le second, d’ici à 2049, pour le centenaire de la Chine nouvelle, faire de la Chine un grand pays socialiste moderne, fort, prospère, démocratique, hautement civilisé, où règnent l’harmonie et la beauté. Le XIXème Congrès a défini les grands chantiers de l’action du PCC pour atteindre ces objectifs.

Plus précisément, pour réaliser pleinement cette société d’aisance moyenne, il nous faudra maintenir une vigilance particulière pour prévenir les grands risques et livrer un dur combat contre la pauvreté et la pollution. La modernisation signifie que nous parviendrons à nous hisser dans le peloton de tête des pays les plus innovants, à bâtir un Etat, un Gouvernement et une société respectueux du Droit, à élargir la classe moyenne, à réduire significativement les disparités de développement entre villes et campagnes ainsi que les écarts de richesse entre les citoyens, à faciliter pour tous l’accès aux services publics de base, améliorer de façon visible l’environnement afin de créer le socle indispensable à l’avènement d’une Chine moderne.

Quatrièmement, nous proposons un plan chinois en faveur de la paix et du développement dans le monde, en proposant la création d’une communauté de destin entre tous les hommes.

Au sein de cette communauté, les différents pays entretiendront des liens de partenariat dans une relation de respect mutuel et d’égalité. La Chine continuera de poursuivre résolument la voie du développement pacifique. Hors de tout hégémonisme, de tout alignement, de toute logique des blocs, sans opprimer les plus faibles ni vouloir imposer ses vues aux autres. Plus puissante que par le passé, la Chine est désireuse de fournir au monde davantage de biens public et d’intensifier son aide aux pays en développement. En plus des efforts déployés pour échapper au « piège du revenue intermédiaire », nous sommes convaincus que nous pourrons également éviter le « piège de Thucydide », à savoir l’affrontement entre la puissance émergente et la puissance établie.

Au sein de cette communauté, chaque membre acceptera une gouvernance mondiale fondée sur la concertation, la coopération et le partage des bienfaits. Chacun aura voix au chapitre pour les affaires qui le concernent et il ne sera pas question d’égoïsme, d’unilatéralisme ou de jeu à somme nulle. Bien au contraire, c’est ensemble que nous relèverons les défis mondiaux tels que le terrorisme et le changement climatique.

Avec le lancement de l’initiative « Ceinture et Route » (ou Nouvelles Routes de la Soie), la Chine a commencé à mettre en pratique ce nouveau concept. Les résultats sont déjà là. Plus de 100 pays et organisations internationales ont répondu favorablement à cette initiative. Les entreprises chinoises ont investi plus de 50 milliards USD dans les pays riverains, générant pour leurs gouvernements 1,1 milliard USD de recettes fiscales et 180 000 emplois.

Dans cette communauté, chacun devra se montrer ouvert et soucieux des bénéfices des autres. La Chine, en tant que défenseur constant de la libéralisation du commerce et des investissements poursuivra sans faille sa politique d’ouverture qui constitue pour elle un axe politique fondamental. Elle assouplira massivement ses conditions d’accès au marché afin que chaque pays puisse mieux partager les opportunités historiques qu’offre le développement du pays.

Mesdames et Messieurs les députés,

A l’heure actuelle, nos relations bilatérales sont excellentes, la confiance politique mutuelle est solide, nos relations économiques bien ancrées et nos échanges humains excellents. Néanmoins, nous avons encore des marges d’amélioration, qui sont même assez importantes.

Dans cette nouvelle ère qui s’ouvre, les problèmes et les objectifs sont clairement identifiés. Désormais, notre modèle de développement est condamné à emprunter la voie de l’innovation, de l’équilibrage, de l’écologie, de l’ouverture et du partage.

Sur ces aspects précis, nos deux pays ont de grandes complémentarités. Nos perspectives de coopération, que ce soit dans des industries de pointe comme le nucléaire civil, l’aéronautique, l’automobile, dans des filières émergentes, comme l’agroalimentaire, le développement urbain durable, la silver economy, ou encore dans les secteurs de l’éducation, du sport, de la culture et du tourisme, sont immenses.

La France et la Chine peuvent aussi, dans le cadre de l’initiative « Ceinture et Route », approfondir leurs coopérations en pays tiers. La Conférence de Paris sur le changement climatique a été un exemple emblématique de ce que pouvait être une coopération franco-chinoise réussie sur des dossiers internationaux. En tant que membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, nos deux pays doivent intensifier leur coordination et leur coopération pour traiter les crises régionales et faire face aux grandes menaces internationales.

Avant la fin de l’année se tiendront en Chine de nouvelles sessions du Dialogue Stratégique, du Dialogue de haut niveau sur les questions économiques et financières ainsi que la réunion du Mécanisme de haut niveau sur les échanges humains sino-français qui traceront ensemble les étapes de notre coopération dans tous les domaines. Pour l’heure, nous travaillons activement à la première visite d’Etat qu’effectuera bientôt le Président Emmanuel MACRON en Chine.

Mesdames et Messieurs les Députés, vous êtes les représentants élus de Français de toutes origines professionnelles et géographiques. Vous jouez un rôle législatif important, tant sur les dossiers de politique intérieure que de politique étrangère. Vous avez également le pouvoir de renforcer la coopération sino-française dans tous les domaines. Je souhaite vivement que, dans le contexte prochain de nos échanges à haut niveau, vous trouviez de nombreuses occasions de contribuer par vos conseils avisés, et puissiez encourager à l’action autant de régions et d’individus que possible. L’Ambassade de Chine en France sera heureuse de maintenir avec vous des contacts étroits afin de jeter des ponts et renforcer la coopération avec les instances législatives chinoises, nos industriels et nos Autorités locales. Nous serons aussi ravis de vous accueillir en Chine, surtout les jeunes élus, pour vous donner l’occasion de découvrir ou de mieux connaître notre pays.

Comprendre est le commencement d’aimer.

Je vous remercie de votre attention.